La volonté de la Coalition Article 64 (C64) de rencontrer l’ancien président Joseph Kabila à Goma se heurte déjà à une mise en garde du gouvernement congolais. Le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, prévient que tout responsable politique qui effectuerait ce déplacement pour rencontrer l’ancien chef de l’État s’exposerait à des poursuites judiciaires. Cette position a été rapportée dans un entretien publié ce mercredi 4 novembre 2026 par le magazine Jeune Afrique.
À l’origine de cette tension, une annonce faite par Moïse Katumbi, membre du présidium de la C64 et président du parti Ensemble pour la République. Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, l’opposant a confirmé que la coalition envisageait une tournée politique en deux étapes majeures : une première rencontre avec le président Félix Tshisekedi à Kinshasa, suivie d’un déplacement à Goma pour échanger avec Joseph Kabila.
Moïse Katumbi a précisé que ces démarches se dérouleraient publiquement, « au vu et au su de tous ». Il a également indiqué que lui-même et Augustin Matata Ponyo, actuellement en exil, ne prendraient pas part à la rencontre prévue avec Félix Tshisekedi à Kinshasa.
Cette initiative s’inscrit dans la continuité du conclave organisé par la C64 à Rome, du 25 au 27 octobre dernier. À l’issue de ces assises, cinq figures de l’opposition, notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga, avaient annoncé leur volonté de rencontrer séparément le chef de l’État et son prédécesseur afin de rechercher une issue politique à la crise congolaise.
La coalition plaide notamment pour un dialogue national inclusif, censé réunir les différentes forces politiques et les autres parties prenantes à la crise. Elle estime qu’aucune solution militaire ne peut, à elle seule, mettre fin aux difficultés que traverse le pays. Elle réaffirme également son opposition à toute modification de la Constitution susceptible de remettre en cause l’alternance démocratique et le calendrier électoral de 2028.
Cependant, le choix de Goma comme lieu de rencontre soulève une question particulièrement sensible. La ville du Nord-Kivu est sous le contrôle de l’AFC/M23 depuis janvier 2025. Joseph Kabila, qui s’y est rendu en mai 2025 selon plusieurs sources, fait par ailleurs l’objet de poursuites judiciaires engagées par les autorités congolaises pour sa participation présumée à l’agression menée par le Rwanda à travers l’AFC/M23. L’ancien président conteste les accusations portées contre lui. (Reuters)
La mise en garde de Jacquemain Shabani vient ainsi compliquer les perspectives de cette initiative politique. Elle soulève notamment la question des conditions dans lesquelles des responsables de l’opposition pourraient se rendre dans une zone échappant au contrôle des institutions de Kinshasa pour rencontrer une personnalité visée par des procédures judiciaires.
Entre la volonté affichée par la C64 de favoriser un dialogue national et les avertissements du gouvernement, cette affaire met en évidence les difficultés auxquelles pourrait se heurter toute tentative de concertation politique dans le contexte actuel.
Reste à savoir si la coalition maintiendra son projet de déplacement à Goma et quelle sera la réaction des autorités en cas de concrétisation de cette rencontre.
Ben Mandjolo


