Dans le cadre de la formation des Ambassadeurs 2250 organisée par la Dynamique Jeunesse Responsable (DYJERES), Bénédicte Waula, spécialiste senior en plaidoyer et communication à VillageReach RDC, a animé le module 2 consacré au plaidoyer communautaire et à la mobilisation citoyenne. Pendant son intervention, elle a invité les jeunes participants à dépasser la simple dénonciation des problèmes pour construire des démarches structurées, capables d’influencer les décideurs et de produire des changements concrets dans leurs communautés.
D’entrée de jeu, Bénédicte Waula a établi une distinction essentielle entre sensibilisation, mobilisation communautaire et plaidoyer. Pour elle, la sensibilisation cherche principalement à informer, éduquer et favoriser une prise de conscience, tandis que la mobilisation consiste à rassembler les membres d’une communauté autour d’un problème commun afin de les amener à agir.
Le plaidoyer, en revanche, poursuit un objectif davantage orienté vers la décision publique.
« Le plaidoyer est un processus qui vise les autorités et les décideurs afin d’obtenir un changement à travers une cause ou un objectif », a-t-elle expliqué.
Une démarche de plaidoyer commence par une bonne compréhension du problème
Pour la spécialiste, aucune stratégie de plaidoyer ne peut être efficace sans une analyse préalable du problème à défendre. Les jeunes doivent notamment se demander ce qui se passe, qui est touché, depuis quand et pourquoi.
Cette analyse doit aller au-delà des symptômes pour identifier les causes immédiates, structurelles ou encore institutionnelles du problème. C’est dans cette logique qu’elle a présenté l’arbre à problèmes, un outil permettant de partir d’un problème central pour remonter à ses différentes causes et comprendre ensuite ses conséquences.
Une fois le problème clairement défini, l’étape suivante consiste à déterminer le changement recherché. La formatrice encourage ainsi les participants à formuler des objectifs précis autour de trois questions : qui doit faire quoi et d’ici quand ?
Cette approche permet, selon elle, de passer d’une préoccupation générale à une revendication concrète et mesurable.
La stratégie doit s’appuyer sur les bons acteurs et les bons décideurs
Bénédicte Waula a également insisté sur l’importance de la cartographie des acteurs et des décideurs. Un plaidoyer efficace ne consiste pas à s’adresser indistinctement à tout le monde. Chaque cible possède son niveau d’influence, ses intérêts et ses leviers d’action.
Les jeunes doivent donc identifier les personnes capables de contribuer directement au changement recherché, mais aussi celles qui peuvent les aider à atteindre les décideurs. Ces personnes peuvent devenir de véritables champions de la cause.
La spécialiste recommande également de ne pas limiter le plaidoyer à une seule personnalité politique.
Elle a partagé son expérience pour montrer qu’il est plus durable de rechercher un engagement institutionnel plutôt qu’un engagement personnel.

« La meilleure stratégie, c’est d’engager l’institution et pas seulement la personne », a-t-elle expliqué, soulignant que les responsables politiques peuvent changer, tandis que les institutions demeurent.
Cette approche permet ainsi de préserver les acquis d’une démarche de plaidoyer même lorsqu’un ministre, un responsable administratif ou un décideur quitte ses fonctions.
La mobilisation communautaire repose d’abord sur l’écoute Bénédicte Waula a consacré une partie importante de son intervention à la mobilisation communautaire. Celle-ci, a-t-elle expliqué, ne peut être imposée de l’extérieur.
Elle doit commencer par une immersion dans la communauté, une écoute de ses besoins et une compréhension de ses normes, priorités et réalités.
« Il faut comprendre la communauté, construire et co-construire une solution », a-t-elle insisté.
La mobilisation devient alors un processus dans lequel les membres de la communauté analysent ensemble leurs problèmes, s’organisent, prennent des décisions et passent à l’action.
Pour réussir, les responsabilités doivent également être réparties entre les différents acteurs. Chacun doit savoir ce qu’il doit faire, avec quelles ressources et dans quel délai.
Les jeunes doivent devenir eux-mêmes des acteurs de la mobilisation
L’un des enseignements majeurs de cette session réside dans la nécessité de faire de la communauté le moteur de sa propre mobilisation.
Pour Bénédicte Waula, l’acteur extérieur ne doit pas chercher à tout faire à la place des bénéficiaires. Il doit plutôt identifier et renforcer les personnes déjà engagées au sein de la communauté afin qu’elles deviennent des relais et des champions du changement.
Cette approche favorise une mobilisation plus durable, parce qu’elle repose sur les capacités et les dynamiques existantes au sein de la communauté.
Elle ouvre également la voie à une collaboration avec différents acteurs entre autres médias, autorités locales, associations, leaders communautaires, jeunes, agents communautaires et autres organisations susceptibles d’influencer positivement la cause défendue.
Les données et les récits renforcent la crédibilité du plaidoyer
Elle a également abordé la construction du message de plaidoyer.
La spécialiste a rappelé qu’un message efficace doit être adapté à la cible et soutenu par des éléments crédibles. Les jeunes sont ainsi encouragés à utiliser des données, des évidences, des témoignages et des récits pour démontrer l’ampleur du problème et défendre les solutions proposées.
« Il ne suffit pas d’avoir un problème », a-t-elle expliqué en substance.
Le plaidoyer doit également être capable de proposer des solutions et de formuler clairement la demande adressée au décideur.
Les participants ont ainsi été invités à toujours se poser trois questions fondamentales : qu’est-ce que je dis, à qui je le dis et comment je le dis ?
Le plaidoyer doit être suivi, évalué et adapté

Pour transformer une mobilisation en véritable stratégie d’influence, Bénédicte Waula recommande enfin l’élaboration d’un plan d’action précis.
Celui-ci doit définir les activités à mener, les responsables, les échéances, les ressources nécessaires et les indicateurs permettant de mesurer les progrès accomplis.
La spécialiste met ainsi en garde contre un activisme qui se limite à multiplier les actions sans mesurer leur impact. Une mobilisation, aussi visible soit-elle, doit pouvoir répondre à une question essentielle : qu’est-ce qui a réellement changé à l’issue de nos actions ?
À travers ce module, Bénédicte Waula a donc invité les jeunes à passer d’un engagement spontané à un engagement stratégique, fondé sur l’analyse, l’organisation, la preuve, le dialogue et la capacité à influencer les décideurs.
Dans la mise en œuvre de l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité, la mobilisation citoyenne et la participation des jeunes ne doivent plus seulement se traduire par leur présence dans les espaces de discussion, mais par leur capacité à faire entendre leurs préoccupations, construire des solutions et obtenir des changements concrets au sein de leurs communautés et des institutions.
Lydia Mangala


