À quelques heures de l’ouverture de la 6ᵉ édition du Grand Salon de l’Agribusiness et du Digital (GSAD), son président et fondateur, Teddy Kolly Ngoy, défend une vision qui dépasse celle d’un simple rendez-vous consacré à l’agriculture. Lors de la conférence de presse organisée en amont de l’événement, il a retracé l’évolution du GSAD, de sa conception en 2017 à son déploiement dans plusieurs provinces, tout en présentant Kinshasa comme une nouvelle étape d’une démarche destinée à transformer le potentiel agricole de la RDC en opportunités concrètes pour les jeunes, les producteurs et les investisseurs.
À l’origine du GSAD, il y a la conviction selon laquelle la République démocratique du Congo ne pourra pleinement exploiter son potentiel économique sans reprendre le contrôle de sa production agricole et des chaînes de valeur qui en découlent.
Pour Teddy Kolly, cette conviction est aujourd’hui au cœur d’une initiative qui, après plusieurs éditions organisées dans différentes provinces, s’installe pour la première fois dans la capitale congolaise. La 6ᵉ édition du GSAD se tiendra les 2 et 3 septembre 2026 au Chapiteau du Palais du Peuple, autour du thème : « De l’idée à la terre : Un jeune, un projet sur un hectare ».
Mais pour son fondateur, le GSAD ne se résume pas à deux journées de conférences, de panels et d’exposition. Il constitue l’aboutissement d’un processus entamé plusieurs années auparavant.
« On a juste porté la grossesse du GSAD, mais si elle est parvenue à voir le jour, c’est parce qu’on a eu à travailler en amont avec non seulement des partenaires stratégiques ou des partenaires financiers, mais aussi avec des partenaires qui ont donné des orientations pour que ce concept puisse exister », a expliqué Teddy Kolly Ngoy.
Parmi ces personnes, il cite notamment son cofondateur Jonathan Muyumb Ditend ainsi que le Dr Mitima Djuma, qui ont contribué, selon lui, à faire évoluer le concept au-delà d’un salon classique.
D’un salon d’information à une plateforme d’opportunités
Le parcours du GSAD s’est construit progressivement. Teddy Kolly a rappelé que la conception du concept remonte à 2017, avant le lancement de la première édition en 2022.
« On va faire un premier salon en 2022, avant que le concept ne soit lancé, après sa transition des conceptions depuis 2017 », a-t-il rappelé.
Les premières éditions avaient principalement pour objectif de donner la parole aux acteurs du secteur afin d’identifier les difficultés auxquelles ils étaient confrontés.
« Depuis 2022 jusqu’à aujourd’hui, nous sommes partis d’un salon d’information, où nous avons réuni les acteurs du secteur agricole pour recueillir toutes les difficultés qu’ils ont rencontrées au niveau de la production jusqu’à l’écoulement », a-t-il expliqué.
Une première étape qui a progressivement laissé place à une logique de mise en relation et d’opportunités.
« Nous sommes partis d’un salon informateur vers un salon de présentation. Ça veut dire un salon de présentation qui est réellement arrivé à regrouper les vrais acteurs locaux, ceux qui sont dans les secteurs agriculture et élevage. Aujourd’hui, nous sommes transformés en un salon d’opportunité », a-t-il souligné.
Pour le fondateur du GSAD, cette évolution traduit la volonté de construire un véritable écosystème autour de l’agriculture, en associant entreprises, banques, experts, institutions, startups, producteurs et partenaires techniques.

« Aujourd’hui, nous avons besoin d’un système, et le GSAD, c’est un système qui a la partie technique, la partie équipement, la partie expertise pour aller de l’information à la formation jusqu’à la transformation », a-t-il insisté.
« Nous ne sommes pas un événement pour un autre événement »
Teddy Kolly a ainsi revendiqué une ambition beaucoup plus large pour le GSAD.
« Nous ne sommes pas un événement pour un autre événement. Avant d’être un événement, nous sommes une révolution en fonction du potentiel que la RDC détient », a-t-il lancé.
Cette révolution consiste notamment à faire évoluer la perception de l’agriculture en RDC, afin qu’elle soit considérée comme un secteur économique capable de créer de la richesse, des emplois et des entreprises.
« La mission reste la même, elle est simple : pouvoir faire du secteur agribusiness, de l’agriculture et de l’élevage, un secteur qui crée de la richesse et qui crée de l’emploi », a-t-il déclaré.
Une ambition qui s’appuie également sur l’engagement d’entreprises et de partenaires financiers qui ont rejoint progressivement le mouvement.
Teddy Kolly a notamment cité Vodacom, TMB, Ecobank, AALI, IDEA, Enabel, IITA, ainsi que plusieurs entreprises du secteur agricole. Il salue particulièrement l’arrivée de nouveaux acteurs industriels qui, selon lui, ne doivent pas être considérés uniquement comme des entreprises d’exploitation, mais comme des partenaires susceptibles de contribuer à la transformation de l’écosystème.
Le digital comme accélérateur de la transformation agricole
La particularité du GSAD repose également sur l’intégration du numérique dans les problématiques agricoles.
Pour Teddy Kolly, les nouvelles technologies peuvent permettre aux producteurs, particulièrement ceux des zones rurales, d’accéder à davantage d’informations, d’expertise et de services.
« Le but et la particularité du GSAD, c’est de parler de l’inclusion des nouvelles technologies numériques dans le secteur agribusiness pour des pratiques intelligentes, durables et de précision », a-t-il expliqué.
Cette approche se veut concrète. Le fondateur du salon évoque notamment une récente édition spéciale organisée à Bochimay, où les échanges ne se sont pas limités aux conférences.
« Au mois de mai, on était à Mbuji mayi, où on a fait une édition spéciale. On a eu une journée où on a parlé de conférences et de panels, et le deuxième jour, on était sur terrain », a-t-il raconté.
Sur place, l’équipe du GSAD a pu échanger directement avec les agriculteurs afin de recueillir leurs besoins.
« Sur terrain, on a eu des échanges directement avec des paysans. Nous, GSAD, on était là, on a pris vraiment le besoin, le réel besoin, de pouvoir inclure les nouvelles technologies numériques, pour que ça soit au bénéfice de tous ceux qui sont acteurs du secteur agricole », a-t-il poursuivi.
Cette expérience explique notamment l’intérêt porté aux solutions de connectivité et aux outils numériques qui seront présentés durant cette édition.
« Vous allez voir aujourd’hui qu’il y a Starlink, il y a vraiment des perspectives de développement du numérique, réellement, pour être beaucoup plus au bénéfice de tous ceux qui sont acteurs du secteur agribusiness dans le milieu rural », a annoncé le président du GSAD.
Les banques doivent financer l’expertise autant que les projets
Pour Teddy Kolly, le financement reste indispensable, mais il ne doit pas être dissocié de l’accompagnement technique.
« Les banques ne soutiennent pas forcément le projet, mais les banques soutiennent l’expertise dans le projet », a-t-il relevé.
Une approche qui rejoint la nécessité de professionnaliser les producteurs et les entrepreneurs agricoles avant même de rechercher des financements importants.
Le GSAD entend ainsi mettre l’accent sur l’information et la formation, avant d’arriver à la phase de financement.
Des startups agricoles mises en avant
La jeunesse occupe une place centrale dans cette édition. Teddy Kolly a annoncé un programme élaboré avec AALI destiné à identifier et accompagner de jeunes entrepreneurs et startups.
« Avec AALI, on a travaillé sur un programme spécial qui va se présenter demain par ses pitchs, par ses challenges. Il y a des jeunes startups qui vont présenter leurs projets afin de pouvoir être financés », a-t-il annoncé.
Mais le financement ne constitue, selon lui, qu’une partie de la réponse.
« Bien avant le financement, je pense qu’ils seront très bien formés, parce que le but, c’est d’informer, former, afin que ces jeunes soient transformés en entrepreneurs », a-t-il ajouté.
Le GSAD prévoit également un mécanisme de suivi au-delà des deux jours du salon, avec l’objectif de ne pas abandonner les jeunes entrepreneurs après leur passage sur scène.
Transformer la démographie agricole en opportunité pour la jeunesse
Le besoin de renouvellement des compétences dans le secteur agricole est également ressorti des échanges avec les entreprises présentes au GSAD.
Teddy Kolly a notamment évoqué les discussions menées avec GBE Agri et sa représentante Miss Bangala autour de la formation des jeunes.
« Ils ont peur parce que toute leur main-d’œuvre est en train d’atteindre la fin de leur carrière. Donc, ils ont tant besoin de pouvoir vraiment travailler avec les jeunes, pour qu’ils soient soit fournisseurs, soit travailleurs dans leurs installations », a-t-il expliqué.
Pour lui, ce type de besoin illustre la nécessité de rapprocher les jeunes des entreprises agricoles, mais également de créer des passerelles entre formation, entrepreneuriat et emploi.
« Tous ceux qui ont faim sont attendus au GSAD »
Interrogé sur le nombre de participants attendus, Teddy Kolly a préféré élargir la notion de public cible.
« Moi, je dirais, d’une manière publique, tous ceux qui ont faim sont attendus au GSAD », a-t-il lancé, dans une formule qui résume sa conception du salon que l’agriculture concerne l’ensemble de la société.
Il estime que l’intérêt pour le GSAD dépasse déjà le cercle des professionnels du secteur.
« Quand on a lancé nos installations, tous ceux qui passaient venaient déjà se renseigner pour savoir ce qui va se passer », a-t-il relevé.
Pour lui, la réussite de l’événement ne doit donc pas seulement se mesurer au nombre de visiteurs, mais surtout à la capacité de créer des connexions utiles entre les différents acteurs.
Reprendre le contrôle de ce que les Congolais consomment
Dans son intervention, Teddy Kolly est également revenu sur ce qu’il considère comme l’élément déclencheur de cette démarche.
Sa réflexion part du constat sur la dépendance du pays vis-à-vis des produits importés ne concerne pas uniquement l’alimentation.
« Le secteur agricole, c’est au-delà de tout ce que nous pouvons voir avec nos propres yeux. Quel que soit le secteur dans lequel nous devons nous lancer, nous devons pouvoir être un pied-à-pied pour notre pays », a-t-il déclaré.
« Sans le secteur agricole, je ne pense pas qu’un pays a sa dignité », a-t-il affirmé, établissant un lien direct entre agriculture, souveraineté et développement national.
Pour le fondateur du GSAD, les jeunes doivent notamment être capables de reprendre progressivement le contrôle de la production et de la transformation des biens consommés en RDC.
« Aujourd’hui, nous parlons peut-être de l’Est, où il y a une partie qui est vraiment intimidée par des guerres, mais sans pour autant penser à tous ces produits qui sont dans les supermarchés, les boîtes, les médicaments qui ne viennent pas de nous », a-t-il fait remarquer.
C’est cette dépendance qu’il décrit comme une forme de « révolte » ayant contribué à faire naître le concept du GSAD.
« Ce qui nous a vraiment révoltés, c’est de comprendre que ce qui nous tue de manière silencieuse, au-delà de tout ce que tu entends, c’est très dangereux », a-t-il déclaré.
De la terre à une ambition africaine

Pour Teddy Kolly, l’enjeu dépasse finalement les frontières congolaises. La RDC doit pouvoir transformer son immense potentiel agricole en avantage économique pour elle-même, mais également devenir un acteur majeur à l’échelle continentale.
« Nous voulons réellement exploiter le potentiel de la RDC au-delà de son potentiel dans les secteurs privés », a-t-il indiqué.
« Ils doivent être non seulement des modèles, mais des acteurs de la transformation du secteur agribusiness, pour que la RDC ne soit pas seulement son propre pilier, mais tout un pilier pour l’Afrique », a-t-il ajouté, à propos des nouveaux partenaires qui rejoignent le GSAD.
À travers cette 6ᵉ édition, Teddy Kolly veut faire du GSAD un espace où l’on ne parle plus seulement des problèmes de l’agriculture congolaise, mais où l’on connecte directement idées, terres, compétences, technologies, financements, marchés et emplois.
Deux jours durant, les 2 et 3 septembre à Kinshasa, le pari sera de montrer qu’entre l’idée d’un jeune entrepreneur et la terre qu’il peut exploiter, il existe désormais un écosystème à construire, et surtout, des opportunités à saisir.
Lydia Mangala


