Le président de la République, Félix Tshisekedi, a officiellement lancé, jeudi 27 août 2026, le processus du dialogue national pour la paix, la cohésion nationale et la refondation de l’État. Dans une adresse à la Nation, le chef de l’État a dressé un bilan sans concession des décennies de crises qu’a traversées la République démocratique du Congo, tout en présentant ce nouveau dialogue comme une initiative souveraine destinée à s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité du pays.
Pendant plusieurs dizaines de minutes, le président congolais a revisité les épisodes majeurs de l’histoire récente de la RDC, des sécessions et crises politiques post-indépendance aux guerres qui ravagent particulièrement l’Est depuis plus de trois décennies. Il a notamment insisté sur le lourd tribut payé par les populations civiles.
« Des enfants sont nés sous le bruit des armes, ont grandi dans l’insécurité et sont devenus à leur tour les parents d’enfants qui n’ont jamais connu une paix véritable », a déploré Félix Tshisekedi.
Pour le chef de l’État, cette réalité ne peut plus être considérée comme une succession de crises passagères.
« Trente ans, ce n’est plus une crise passagère, c’est une génération entière qui est décimée », a-t-il souligné.
Tshisekedi reconnaît les fragilités internes de l’État
Dans son intervention, Félix Tshisekedi a également reconnu les faiblesses structurelles qui ont contribué à la répétition des crises. Selon lui, les différents processus de paix organisés au fil des années ont souvent privilégié le partage du pouvoir au détriment de la construction d’institutions solides.
« Nous avons trop souvent répondu aux crises par le partage du pouvoir plutôt que par la consolidation de l’État », a constaté le président de la République.
Il a également pointé les limites de plusieurs accords politiques, estimant que leur signature n’a pas toujours été suivie d’une véritable obligation de résultat.
« Trop souvent, la signature a été confondue avec l’action », a-t-il regretté.
Pour Félix Tshisekedi, les responsabilités, les calendriers, les moyens et les mécanismes de suivi doivent désormais être clairement définis afin que les engagements pris ne restent pas au stade des déclarations.
Le président a aussi insisté sur la nécessité de traiter les causes profondes des conflits plutôt que de chercher uniquement à faire taire les armes.
« Nous avons voulu tourner la page sans toujours l’avoir lue jusqu’au bout. Nous avons voulu reconstruire sans assainir suffisamment les fondations », a-t-il affirmé.
Le chef de l’État maintient sa ligne rouge face à l’agression
Tout en reconnaissant les responsabilités et fragilités internes de la RDC, Félix Tshisekedi a tenu à dissocier cette autocritique de toute relativisation de l’agression dont le pays est victime.
« Reconnaître nos faiblesses, ce n’est pas absoudre ceux qui agressent notre pays », a martelé le président congolais.
Il a ainsi réaffirmé l’exigence de Kinshasa concernant le retrait des forces étrangères non invitées, la fin du soutien aux groupes armés, le démantèlement des administrations parallèles et la restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.
« Notre position est claire et demeure inflexible. Nous exigeons le retrait complet, effectif et vérifiable de toutes les forces étrangères non invitées », a déclaré Félix Tshisekedi.
Le président a également rendu hommage aux Forces armées de la RDC, à la Police nationale congolaise et aux résistants patriotes Wazalendo engagés dans la défense du territoire.
« Leur courage et leur sacrifice donnent tout son sens à notre combat pour la souveraineté », a-t-il reconnu.
Washington et Doha restent des cadres essentiels pour la sortie de crise
Dans sa lecture de la situation sécuritaire, Félix Tshisekedi a évoqué les différents processus diplomatiques actuellement engagés, notamment ceux de Washington et de Doha, ainsi que les initiatives conduites sous l’égide de l’Union africaine avec l’appui de la CIRGL, de la SADC, de l’Union européenne et des Nations unies.
Il a expliqué que le processus de Washington traite principalement de la dimension interétatique du conflit et des relations entre la RDC et le Rwanda, tandis que le processus de Doha porte notamment sur la cessation des hostilités avec l’AFC/M23, les mécanismes de vérification, l’accès humanitaire et les conditions de stabilisation de l’Est.
« Ces processus sont indispensables. Ils doivent être poursuivis avec constance et leurs engagements pleinement exécutés », a estimé le chef de l’État.
Mais pour Félix Tshisekedi, aucun accord international ne pourra à lui seul reconstruire la cohésion nationale.
« Aucun accord diplomatique ne peut définir à la place des Congolais la République que nous voulons bâtir, ni réconcilier durablement nos communautés sans leur pleine participation », a-t-il affirmé.
Le dialogue national sera organisé à partir des 26 provinces
C’est dans cette perspective que le président de la République annonce la convocation d’un dialogue national consacré à la paix, à la cohésion et à la refondation de l’État.
Contrairement aux précédents processus, Félix Tshisekedi promet un dialogue dont le point de départ ne sera pas Kinshasa, mais les provinces.
« Il ne commencera pas à Kinshasa, mais au cœur de nos 26 provinces, de nos territoires et de nos communautés », a annoncé le président.
Des consultations politiques et techniques seront ainsi organisées dans chaque province. Elles devraient réunir les autorités locales, les élus, les partis politiques de la majorité comme de l’opposition, la société civile, les autorités coutumières, les confessions religieuses, les universitaires, les acteurs économiques, les organisations de femmes et de jeunes ainsi que plusieurs autres composantes de la société.
Chaque province sera appelée à établir son propre diagnostic sur les causes de l’insécurité, les conflits fonciers et coutumiers, les tensions communautaires, les insuffisances administratives et les obstacles au développement.
Les différentes contributions devront ensuite être consolidées dans un document de synthèse nationale destiné à servir de base aux assises nationales qui se tiendront à Kinshasa.
« Le peuple congolais ne sera pas appelé à entériner les conclusions d’une négociation menée sans lui. Il sera la source, la conscience et le véritable auteur de ce processus », a assuré Félix Tshisekedi.
Les groupes armés ne participeront pas au dialogue comme composantes politiques
Le président de la République a toutefois posé une limite claire à l’inclusivité annoncée. Selon lui, les groupes armés qui combattent l’État ne pourront pas participer au dialogue en qualité de composantes politiques.
« Nul ne peut prétendre s’asseoir à la table de la nation tout en prenant les armes contre elle », a prévenu le chef de l’État.
Il a précisé que le processus de Doha demeurera le cadre destiné à traiter avec l’AFC/M23 des questions liées à la cessation des hostilités, au désengagement, au cantonnement et au désarmement.
Une voie de réintégration restera toutefois ouverte aux combattants qui renonceront individuellement et de manière vérifiable à la violence, notamment à travers les mécanismes de désarmement, démobilisation, réintégration et stabilisation.
Félix Tshisekedi a parallèlement exclu toute impunité pour les crimes les plus graves.
« La paix ne saurait signifier l’impunité », a-t-il averti, en citant notamment les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité, les actes de génocide et les violences sexuelles graves.
Un pacte national devra traduire les conclusions en actions
Pour éviter que le dialogue ne reproduise les limites des précédents processus, le chef de l’État entend mettre en place des mécanismes précis de suivi.
Le processus sera limité à une durée maximale de trois mois et devra déboucher sur l’adoption d’un pacte national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État.
Chaque engagement devra être associé à une institution responsable, à un calendrier d’exécution et à des résultats attendus. Un mécanisme national de suivi devra également permettre la publication périodique de rapports sur l’état d’avancement des engagements.
« C’est par la transparence que nous reconstruirons la confiance. C’est par l’exécution que nous distinguerons ce dialogue de tous ceux qui l’ont précédé », a déclaré Félix Tshisekedi.
Dans les prochains jours, le président prévoit de prendre une ordonnance instituant le Comité d’organisation du dialogue national. Une seconde ordonnance devra ensuite convoquer officiellement les assises et préciser leurs principes, les modalités de représentation ainsi que les mécanismes de suivi.
Tshisekedi appelle à une décrispation politique
Le chef de l’État a également plaidé pour un climat politique plus apaisé. Il a annoncé des mesures de confiance et de décrispation, tout en rappelant qu’elles devront respecter la séparation des pouvoirs, l’indépendance de la justice et les droits des victimes.
Aux acteurs politiques, sociaux, religieux et communautaires, il a demandé de renoncer aux discours de haine et aux appels à la violence.
« L’heure n’est plus aux postures stériles. L’heure n’est plus aux querelles de préséance ni aux fractures entretenues au détriment du peuple. L’heure est au sursaut, à l’unité et à l’action », a lancé Félix Tshisekedi.
Au cœur de son message, le président a placé la cohésion nationale au-dessus des clivages politiques, communautaires et idéologiques.
« La République nous précède, nous dépasse et nous survivra », a-t-il rappelé.
Et dans une formule qui résume l’esprit qu’il souhaite donner à ce processus, il a ajouté :
« Car si la démocratie nous autorise à nous opposer, la patrie, elle, nous interdit de nous déchirer », a conclu Félix Tshisekedi.
La jeunesse appelée à prendre part au processus
Dans la dernière partie de son adresse, le président de la République s’est particulièrement adressé à la jeunesse congolaise, qu’il considère comme l’une des principales actrices de la refondation du pays.
« Ne laissez personne décider de votre avenir sans vous. Prenez toute votre place dans ce processus », a exhorté Félix Tshisekedi.
Il a invité les jeunes à porter leurs idées et leurs propositions tout en rejetant les manipulations identitaires, les discours de haine et les appels à la violence.
Le chef de l’État a finalement déclaré officiellement lancé le processus du dialogue national pour la paix, la cohésion nationale et la refondation de l’État.
« Nous avons hérité d’un pays immense, mais d’un État encore fragile. Nous n’avons pas choisi cet héritage, mais nous pouvons choisir ce que nous en ferons », a déclaré Félix Tshisekedi.
Le défi sera désormais de transformer cette volonté politique en un processus réellement inclusif, suivi d’engagements exécutés et de réformes capables de renforcer durablement l’État congolais.
Lydia Mangala


