La maladie à virus Ebola continue de gagner du terrain en Afrique centrale. Selon le dernier bilan communiqué par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’épidémie en cours a franchi le seuil de 1 001 décès en République démocratique du Congo et en Ouganda, un chiffre qui illustre la gravité de la situation sanitaire actuelle.
En République démocratique du Congo, épicentre de cette nouvelle flambée, 2 473 cas confirmés et 999 décès ont été recensés depuis la déclaration officielle de l’épidémie à la mi-mai 2026. En Ouganda voisin, les autorités sanitaires rapportent 20 cas confirmés et 2 décès, avec une situation qui semble progressivement sous contrôle, même si le pays doit encore observer une période sans nouveau cas avant d’être déclaré débarrassé du virus.
La province de l’Ituri demeure la zone la plus touchée par cette épidémie. Située dans le nord-est de la RDC, à la frontière avec l’Ouganda et le Soudan du Sud, elle concentre 89,1 % des cas et 83,9 % des décès, selon les données de l’OMS.
Dans cette région fragilisée par des années de conflits armés, la riposte sanitaire fait face à plusieurs obstacles majeurs : accès difficile à certaines zones, déplacements des populations, méfiance communautaire, difficultés de traçage des contacts et exposition permanente des équipes engagées sur le terrain.
À Bunia, capitale provinciale de l’Ituri, l’inquiétude gagne progressivement les habitants. Les témoignages de familles touchées par la maladie rappellent la rapidité avec laquelle le virus peut se propager lorsqu’un diagnostic ou une prise en charge intervient tardivement.
« L’épidémie conserve une longueur d’avance sur nous et nous sommes encore dans une phase où nous tentons de rattraper son évolution », a reconnu Thierno Baldé, responsable de la gestion de l’incident à l’OMS en RDC.
Selon lui, certaines zones, notamment Bunia et ses environs, connaissent encore une transmission particulièrement intense, nécessitant une mobilisation accrue des équipes de surveillance et de prise en charge.
Cette dix-septième épidémie d’Ebola déclarée en RDC présente une particularité scientifique importante : elle est causée par le virus Ebola de type Bundibugyo, une souche rare pour laquelle les solutions thérapeutiques restent limitées.
Contrairement aux précédentes flambées où certains vaccins et traitements avaient démontré leur efficacité, cette souche représente un nouveau défi pour la communauté scientifique.
Face à cette situation, des recherches sont en cours. Un essai clinique portant sur deux traitements contre cette variante a débuté en juillet, tandis que l’OMS a autorisé l’utilisation d’urgence d’un premier test de diagnostic moléculaire adapté au virus.
Un essai de sécurité concernant le vaccin ChAdOx1, développé sous la direction de l’Université d’Oxford, a également été annoncé afin d’évaluer de nouvelles possibilités de prévention.
Pour tenter de freiner la progression du virus, les autorités congolaises, avec l’appui des partenaires internationaux, renforcent plusieurs axes d’intervention : surveillance épidémiologique, installation de centres de traitement, capacités des laboratoires, déploiement d’ambulances, prise en charge des patients et sensibilisation communautaire.
La Première ministre Judith Suminwa Tuluka doit d’ailleurs conduire une mission conjointe de haut niveau à Kisangani, dans la Tshopo, puis à Bunia, Mungwalu et Rwampara en Ituri, afin d’évaluer la situation sur le terrain et renforcer la coordination entre le Gouvernement et les partenaires engagés dans la riposte.
Cette mission réunira notamment des représentants des États-Unis, du système des Nations Unies et d’autres acteurs internationaux mobilisés contre l’épidémie.
Cette crise Ebola intervient dans un environnement marqué par de fortes tensions sécuritaires dans l’Est de la RDC.
Le virus est également signalé dans d’autres provinces, notamment au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, où certaines zones sont affectées par l’activisme des groupes armés, compliquant davantage l’accès des équipes sanitaires aux populations vulnérables.
Dans plusieurs territoires ruraux, les pratiques funéraires traditionnelles représentent également un facteur de risque important. Les enterrements non sécurisés peuvent accélérer la transmission, alors qu’un seul décès peut entraîner plusieurs contaminations lorsqu’il n’est pas détecté rapidement.
Avec plus de 15 000 décès causés par Ebola en Afrique au cours des cinq dernières décennies, la maladie demeure l’une des menaces sanitaires les plus redoutées du continent.
La RDC, qui a déjà connu l’une des épidémies les plus meurtrières de son histoire entre 2018 et 2020 avec près de 2 300 morts, fait aujourd’hui face à une nouvelle épreuve.
Le franchissement du cap des 1 000 décès sonne comme un rappel de l’urgence : contenir Ebola ne dépend pas uniquement des moyens médicaux disponibles, mais aussi de la confiance des communautés, de l’accès aux zones affectées, de la coordination entre acteurs et de la rapidité de la réponse.
Alors que l’épidémie continue de progresser, la bataille contre Ebola se joue désormais autant dans les centres de traitement que dans les communautés, où la prévention, l’information et la mobilisation collective restent les premières lignes de défense.
Lydia Mangala


