« Des voix aux décisions : les femmes au cœur du développement ». Plus qu’un simple thème, cette formule a résonné comme un véritable appel à l’action lors de la deuxième édition d’Impact’Elles 2026, organisée jeudi 13 août à Kinshasa. À la tribune, Grâce Shako, initiatrice du projet, a livré un discours engagé, appelant les femmes congolaises à dépasser les discours sur l’autonomisation pour prendre une place réelle dans les espaces de décision.
Pour Grâce Shako, le temps des forums où l’on se contente de parler du leadership féminin doit désormais laisser place aux résultats.

« Nous voulons passer des mots aux actes. Nous voulons passer des voix aux décisions », a-t-elle résumé dans son intervention.
Au cœur de son message figure l’entrepreneuriat féminin. L’initiatrice d’Impact’Elles estime que la RDC ne manque ni de femmes talentueuses, ni d’idées ou de projets. Le véritable défi réside souvent dans le fossé qui sépare une bonne idée de sa concrétisation.
Accès difficile au financement, absence de réseaux professionnels, difficultés d’accès aux marchés, manque d’accompagnement ou encore isolement : autant d’obstacles qui, selon elle, empêchent de nombreuses femmes de transformer leur potentiel en entreprises, en emplois et en véritables leviers de développement.
L’ambition affichée par Grâce Shako va donc au-delà de l’organisation d’un événement ponctuel. Impact’Elles se veut une plateforme capable de transformer les rencontres en opportunités, les opportunités en projets et les projets en entreprises.
« Nous ne voulons pas seulement inspirer les femmes, nous voulons les mettre en mouvement », a-t-elle lancé devant les participants.

Un message particulièrement adressé aux femmes présentes dans la salle. Grâce Shako les a invitées à ne pas être de simples spectatrices des échanges, mais à repartir de cette rencontre avec une décision concrète d’identifier une personne à rencontrer, une compétence à développer, une peur à dépasser ou encore un projet à lancer.
Pour l’initiatrice d’Impact’Elles, la véritable réussite de l’événement ne se mesurera donc pas au nombre de photos prises ou de certificats distribués, mais à ce qui changera dans la vie des participantes après leur sortie de la salle.
Dans son plaidoyer, Grâce Shako a également insisté sur la nécessité de revoir la place accordée aux femmes dans la société congolaise.
Pour elle, le développement de la RDC ne peut être construit avec une partie de sa population confinée dans les gradins. Les femmes doivent être présentes dans les entreprises, les administrations, les médias, les institutions, les conseils d’administration, les laboratoires, les startups et dans tous les autres espaces où se prennent les grandes décisions.
Mais leur présence ne doit surtout pas servir à embellir les statistiques.
« Elles doivent être là pour décider », a-t-elle martelé.
Impact’Elles veut faire évoluer le débat du simple accès des femmes aux espaces de responsabilité vers leur capacité réelle à y exercer une influence et à prendre des décisions.

Dans la dernière partie de son discours, Grâce Shako a livré une vision plus personnelle de l’avenir du leadership féminin en RDC.
Elle dit rêver d’une génération de femmes congolaises qui ne se perçoivent plus comme des concurrentes, mais comme des alliées. Des femmes capables de se recommander, de se transmettre des opportunités, de se soutenir et de construire ensemble.
Elle rêve également d’une femme qui, après avoir réussi, choisit à son tour de tendre la main à une autre.
Cette solidarité, elle la considère comme indispensable pour bâtir une économie dans laquelle les femmes auront davantage accès au financement, aux marchés, à l’information, à la technologie et aux réseaux professionnels.
Cette deuxième édition d’Impact’Elles avait également une dimension particulière pour Leadership de la Femme des Médias (LFM), organisation portée par Grâce Shako.
Dans son discours, l’initiatrice est revenue sur le parcours de cette structure, née en septembre 2021 à l’IFASIC autour d’une petite initiative portée par beaucoup de volonté.
Cinq années plus tard, elle revendique un parcours fait de travail, de rencontres, de difficultés et parfois de doutes, mais surtout de persévérance.
Grâce Shako a ainsi tenu à saluer publiquement son équipe et les partenaires qui ont accompagné l’initiative. Certains ont choisi de soutenir le projet malgré des moyens limités, simplement parce qu’ils croient en sa cause.
Au terme de son intervention, Grâce Shako a voulu transformer le thème d’Impact’Elles en un engagement collectif.
« Des voix aux décisions » ne devrait donc pas rester une simple formule de circonstance. Pour l’initiatrice, elle doit devenir une ligne directrice d’une femme qui ne demande plus seulement à être entendue, mais qui entend désormais participer, influencer et décider.
Grâce Shako pose ainsi une question essentielle : combien de temps encore faudra-t-il parler du leadership féminin sans donner aux femmes les moyens réels d’exercer ce leadership ?
Une question qui dépasse les murs de la salle et renvoie directement aux défis économiques, sociaux et institutionnels auxquels sont confrontées les femmes congolaises.

Pour Grâce Shako, les femmes ne veulent plus seulement être des voix dans les débats. Elles veulent être présentes à la table où se prennent les décisions.
Ben Mandjolo


