Une forte audience ne garantit pas automatiquement des ventes. Pour MKadima, nom sous lequel est connu l’artiste congolais Moyengo Kadima, la transformation des abonnés en clients repose d’abord sur la capacité à créer de la valeur, comprendre son public et proposer des produits cohérents avec ce qu’il apprécie. Lors du panel « Transformer ses abonnés en clients », organisé samedi 19 septembre dans le cadre de la première édition de Creators Bomoko, l’artiste a partagé son expérience autour de la création artistique, de la fidélisation d’une communauté et de la commercialisation de ses œuvres.
Créer de la valeur avant de chercher à vendre
Pour MKadima, l’attention du public ne se commande pas. Elle se construit à partir d’un contenu qui apporte quelque chose à ceux qui le regardent. Dans son cas, ce sont ses œuvres qui ont d’abord attiré les internautes.
« Ce n’est pas pour mon visage qu’ils m’ont suivi. Ils ont suivi mes œuvres. Au départ, ils ne me connaissaient pas », a-t-il expliqué.

L’artiste s’est notamment fait connaître par des créations inspirées de l’actualité. Cette approche lui a permis de faire circuler son travail sur les réseaux sociaux et de construire progressivement une communauté autour de son univers artistique.
Mais cette visibilité n’est devenue intéressante commercialement qu’à partir du moment où il a cherché à comprendre ce que son public pouvait réellement vouloir acheter.
De l’œuvre virale au produit qui répond à un besoin
MKadima distingue ainsi la création de contenu destinée à capter l’attention et la création d’un produit destiné à générer des revenus.
« Tu peux créer du contenu, ça a du buzz, les gens partagent, mais les gens n’achètent pas. Acheter, ça devient maintenant autre chose », a-t-il relevé.

L’artiste explique avoir constaté que certaines œuvres pouvaient devenir virales sans pour autant susciter des achats. Il a alors réfléchi à une offre davantage liée aux habitudes et aux événements de son public, des portraits personnalisés pour des anniversaires, mariages ou occasions particulières.
« Je dois personnaliser ça. En portrait. Chaque semaine, il y a des anniversaires, chaque mois, il y a des mariages, il y a des gens qui sont touchés par le travail que tu fais et qui disent : non, je dois avoir ta signature dans ma maison », a-t-il expliqué.
Cette réflexion a conduit à la mise en place de sa structure, qui, selon son témoignage, compte aujourd’hui plus de mille portraits et œuvres réalisés sur une période d’une dizaine d’années.
Tous les abonnés ne sont pas des clients
L’un des enseignements majeurs de son intervention concerne la différence entre communauté et clientèle. Pour l’artiste, un like, un abonnement ou un partage ne constitue pas nécessairement une intention d’achat.
« Tout le monde qui te suit, tout le monde qui te like ne sont pas des clients. Il faut que ça soit vrai », a-t-il insisté.
Cette distinction l’amène également à adapter sa présence selon les plateformes. Il explique ne pas publier exactement les mêmes contenus sur Facebook, TikTok ou X, car chacune de ces plateformes rassemble des publics et des usages différents.
Son approche consiste donc à identifier ce que chaque communauté vient chercher et à lui proposer un contenu adapté, tout en conservant une même identité artistique.
Chaque plateforme, un public différent
Pour MKadima, la stratégie numérique ne consiste pas à être présent partout de la même manière. X lui sert notamment à diffuser son travail lié aux questions politiques et institutionnelles, tandis que TikTok lui permet de toucher une audience plus large et plus jeune. Facebook rassemble, selon lui, un public plus transversal.
« J’aime subdiviser cette histoire. Et toujours, je ramène mes œuvres parce que c’est grâce à mes œuvres que je vis », a-t-il précisé.
Cette segmentation lui permet de préserver son positionnement tout en utilisant les spécificités de chaque réseau pour atteindre différents publics.
La valeur d’une œuvre dépend aussi du travail qui l’accompagne
La commercialisation d’une création artistique ne se limite pas à publier une image et attendre une commande. MKadima insiste également sur le travail de recherche, de documentation et de production qui peut se trouver derrière une œuvre.
Il cite notamment ses recherches autour du royaume Kuba, qui l’ont conduit à se déplacer, rencontrer des artistes et documenter certains éléments de cette histoire.

Pour lui, ce travail doit être pris en compte dans la valeur finale de l’œuvre.
« Je ne veux pas, au final, après avoir fait un tel travail, aller les vendre à 10 dollars », a-t-il fait remarquer.
L’artiste distingue ainsi plusieurs catégories de créations, selon les techniques utilisées, le temps de production, la recherche nécessaire et le public auquel elles s’adressent. Certaines œuvres peuvent rester accessibles au grand public, tandis que d’autres sont destinées à des collectionneurs capables d’en apprécier la dimension artistique et patrimoniale.
Faire grandir la communauté pour élargir les opportunités
MKadima considère enfin les réseaux sociaux comme un outil permettant à un créateur de dépasser les frontières de son marché immédiat. Un artiste, un journaliste, un couturier ou encore un artisan peut montrer son processus de travail, développer une communauté et toucher des personnes susceptibles de devenir clientes.
« Plus tu vas faire grandir ta communauté, plus tu vas intéresser plus de gens, et plus tu auras des chances d’avoir plus de clients qui vont acheter tes produits », a-t-il expliqué.

Mais cette croissance doit rester liée à la qualité du travail proposé. Pour l’artiste, la communauté se construit dans la durée, notamment grâce à la constance et à la capacité à continuer de produire malgré les difficultés.
Son expérience résume ainsi la logique d’attirer l’attention par la création, de construire une relation avec son public, de comprendre ses attentes, puis de transformer cette attention en une offre qui répond réellement à ses besoins.
Lydia Mangala


