Le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, donnera, le 25 août 2026, le coup d’envoi de la Campagne permanente de solidarité nationale, une initiative destinée à mobiliser des ressources en faveur des déplacés internes, des victimes de catastrophes naturelles et des autres personnes vulnérables à travers la République démocratique du Congo.
L’annonce a été faite jeudi 13 août par la ministre d’État, ministre des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, Ève Bazaiba Masudi, lors d’un briefing presse tenu au Studio Maman Angebi de la RTNC1, aux côtés du ministre de la Communication et Médias, porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya.
Placée sous le haut patronage du Chef de l’État, la campagne sera officiellement lancée le 25 août, conformément aux termes de référence élaborés par le ministère des Affaires sociales.
Une réponse nationale à une crise humanitaire persistante
Cette initiative intervient dans un contexte humanitaire particulièrement préoccupant, marqué par les conflits armés récurrents, les déplacements de populations et les catastrophes naturelles.
Selon les termes de référence de la campagne, la RDC comptait, au début de l’année 2026, environ 7,3 millions de personnes déplacées internes, dont plus de 90 % concentrées dans l’Est du pays. Le Nord-Kivu demeure particulièrement touché avec plus de 2,7 millions de déplacés. Les femmes représenteraient environ 51 % des personnes déplacées.
Au-delà des déplacés internes, le dispositif cible également les victimes de catastrophes naturelles, les orphelins, les enfants en rupture sociale, les veuves, les personnes vivant avec handicap, les personnes âgées ainsi que les personnes démunies ou indigentes.
Pour Ève Bazaiba, la campagne ne doit cependant pas être réduite à une simple opération de collecte.
« Au-delà de la collecte des dons en nature ou en numéraire, c’est aussi inculquer dans l’âme du Congolais l’amour, le patriotisme, les préoccupations et les soucis de la vie de l’autre », a-t-elle expliqué.
L’ambition affichée est de susciter un élan collectif de solidarité et de renforcer la cohésion sociale, tout en mobilisant des ressources financières, matérielles et techniques pour répondre aux besoins humanitaires.
Mobiliser l’État, les entreprises, la diaspora et les citoyens
La campagne entend associer les institutions publiques, le secteur privé, les organisations de la société civile, la diaspora congolaise ainsi que les partenaires internationaux.
Les termes de référence prévoient notamment un téléthon national, des journées de solidarité dans les provinces, des campagnes médiatiques ainsi que la mise en place de plateformes de collecte des contributions. La mobilisation doit progressivement s’étendre sur l’ensemble du territoire national.
Ève Bazaiba a notamment justifié cette démarche par l’ampleur des besoins et la diminution des capacités d’intervention des acteurs humanitaires internationaux.
« Il est tout à fait normal que nous puissions nous prendre en charge pour servir notre peuple », a-t-elle déclaré.
La ministre a toutefois insisté sur le fait que cette mobilisation citoyenne ne signifie pas un désengagement de l’État. Le Trésor public continuera à financer la réponse humanitaire, tandis que la solidarité nationale doit constituer un mécanisme complémentaire.
Patrick Muyaya appelle à transformer les richesses du pays
Présent au briefing, Patrick Muyaya a replacé la question humanitaire dans le contexte économique et sécuritaire général de la RDC.
Le porte-parole du gouvernement a souligné que les conflits qui frappent le pays depuis plusieurs décennies absorbent d’importantes ressources publiques qui pourraient autrement être consacrées aux investissements dans des secteurs tels que l’électricité, l’agriculture ou la transformation des ressources naturelles.
« Tout le problème est de transformer ces richesses potentielles en des espèces sonnantes et trébuchantes pour servir la population », a résumé Patrick Muyaya.
Le ministre a également rappelé que l’État continue d’assumer ses responsabilités dans la prise en charge des populations vulnérables, notamment à travers les soins de santé, les infrastructures sanitaires et l’assistance aux personnes déplacées.
Transparence et traçabilité annoncées

L’un des principaux enjeux de cette campagne concerne la gestion des contributions collectées. Le gouvernement promet un mécanisme de suivi, de traçabilité et de reddition des comptes.
Les termes de référence prévoient notamment la publication périodique des fonds collectés, un audit indépendant, des rapports publics de gestion ainsi qu’une plateforme numérique permettant une traçabilité en temps réel des contributions.
Le dispositif institutionnel reposera notamment sur un comité de pilotage présidé par Ève Bazaiba, un secrétariat technique et la Caisse de Solidarité Nationale et de Gestion Humanitaire des Catastrophes (CSN-GHC).
La campagne suivra plusieurs phases : préparation et organisation, lancement et communication, mobilisation nationale et internationale, collecte et gestion des ressources, puis évaluation périodique. Un rapport est prévu tous les trois mois, tandis qu’un bilan annuel devra permettre d’évaluer les performances du dispositif.
Une solidarité pensée au-delà de l’urgence
Pour Ève Bazaiba, la vulnérabilité ne se limite pas aux conséquences immédiates des conflits et des catastrophes. Elle englobe également des problématiques structurelles liées à l’éducation, à l’insertion sociale et à l’autonomisation.
La ministre a notamment évoqué près de 23 millions de Congolais ne sachant ni lire ni écrire, plaidant pour le renforcement des mécanismes de formation et de rattrapage scolaire.
À travers cette campagne permanente, le gouvernement entend donc associer assistance humanitaire, protection sociale et inclusion économique. Les termes de référence résument cette philosophie par le slogan : « Votre don compte pour donner : Sourire, Réconfort et Espoir ».
Le lancement du 25 août devrait ainsi constituer la première étape visible d’un mécanisme que les autorités veulent inscrire dans la durée, avec l’ambition de faire de la solidarité nationale un instrument de réponse aux urgences, mais également de reconstruction du lien social en RDC.
Joséphine Mawete


