L’épidémie d’Ebola qui sévit en République démocratique du Congo pourrait être beaucoup plus étendue que les chiffres officiellement annoncés. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) estime que le nombre réel de cas pourrait représenter deux à quatre fois les données recensées, en raison notamment des décès communautaires non détectés, des retards dans l’identification des cas et des difficultés d’accès dans certaines zones touchées par l’insécurité.
« D’après nos projections, l’ampleur de l’épidémie représente au moins deux à quatre fois le nombre de cas recensés », a indiqué Chikwe Ihekweazu, responsable du programme de gestion des situations d’urgence sanitaire de l’OMS, cité par plusieurs sources. Selon cette estimation, le nombre réel de personnes infectées pourrait se situer entre 4 000 et 8 000 cas, avec un bilan humain pouvant atteindre près de 2 800 décès.
Cette situation s’explique par plusieurs facteurs sur le terrain. Parmi eux figurent les décès survenus au sein des communautés sans passage par les structures sanitaires, la détection tardive des cas ainsi que les contraintes liées à l’accès humanitaire dans certaines provinces affectées par les conflits armés, notamment le Nord-Kivu et l’Ituri.
Pour l’OMS, cette flambée épidémique figure déjà parmi les plus importantes jamais enregistrées. Elle serait également l’une des progressions les plus rapides observées en un court laps de temps.
« Malgré les progrès accomplis, l’épidémie continue de devancer les efforts de riposte », a souligné Chikwe Ihekweazu, appelant à renforcer la détection précoce, la recherche des contacts et l’accès aux soins.
Selon les données communiquées par les autorités sanitaires congolaises, les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri concentrent l’essentiel des cas enregistrés. Plus de 90 % des nouveaux cas seraient toujours détectés dans ces zones, où les équipes de riposte poursuivent les opérations de surveillance et de prise en charge.
Au dimanche 12 juillet, les chiffres officiels faisaient état de 1 926 cas confirmés d’Ebola dans les trois principales provinces touchées, dont 702 décès. Depuis, d’autres zones, notamment la Tshopo et le Haut-Uélé, ont également été signalées comme affectées.
Le constat jugé préoccupant par l’OMS concerne particulièrement les personnes qui décèdent dans leurs communautés sans avoir été prises en charge dans un centre de santé. L’organisation insiste sur la nécessité de restaurer la confiance des populations envers les structures sanitaires afin d’améliorer la détection et limiter la propagation du virus.
Malgré l’évolution de l’épidémie dans plusieurs provinces, la capitale congolaise ne compte toujours aucun cas déclaré. Le professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), a confirmé que Kinshasa reste à ce jour épargnée.
Les autorités sanitaires maintiennent toutefois la vigilance afin d’éviter toute introduction du virus dans les grands centres urbains.
Face à l’évolution de la situation sanitaire en RDC, les États-Unis ont également renforcé leurs mesures de précaution. Selon l’agence Reuters, l’administration américaine a annoncé des restrictions concernant les déplacements de certains citoyens américains résidant en RDC ou ayant récemment séjourné dans le pays.
Ces derniers devront notamment séjourner dans un pays tiers pendant 21 jours avant de pouvoir voyager vers les États-Unis par vols commerciaux. Jusqu’ici, les retours étaient soumis à un dispositif renforcé comprenant un réacheminement vers certains aéroports équipés pour le contrôle sanitaire, une évaluation médicale à l’arrivée et un suivi durant la période d’incubation recommandée.
L’épidémie actuelle est liée à la variante Bundibugyo du virus Ebola, dont le taux de létalité dépasse 36 %. À ce jour, aucun vaccin homologué ni traitement spécifiquement approuvé n’existe contre cette souche, ce qui complique davantage les efforts de contrôle.
Alors que la riposte se poursuit, les autorités congolaises et leurs partenaires internationaux appellent à une mobilisation renforcée, notamment à travers la surveillance communautaire, la sensibilisation et l’accès rapide aux soins pour contenir la progression du virus.
Lydia Mangala


