Au terme de leur formation, les 50 jeunes de la première cohorte des Ambassadeurs 2250 ont présenté cinq plaidoyers consacrés aux cinq piliers de la Résolution 2250. De la participation à la réintégration, en passant par la prévention, la protection et le partenariat, leurs recommandations visent à faire de la jeunesse un acteur mieux structuré des politiques de paix, de mémoire et de cohésion sociale en République démocratique du Congo.
Pendant trois jours, les Ambassadeurs 2250 n’ont pas seulement assimilé les principes de l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité. Ils ont été mis au défi de les traduire en propositions concrètes. Répartis en cinq groupes, les participants ont travaillé chacun sur l’un des piliers de la Résolution 2250 avant de défendre leurs conclusions devant un jury.
A l’issue de ces jours de formation, ils ont émis cinq plaidoyers qui proposent des mécanismes permanents de participation, des réseaux d’alerte et de prévention, une meilleure protection des jeunes victimes et acteurs de paix, un partenariat structuré autour de la mémoire ainsi qu’une implication accrue de la jeunesse dans les processus de désengagement et de réintégration.
Passer d’une jeunesse consultée à une jeunesse capable d’influencer
Consacré au pilier Participation, le premier groupe s’est penché sur la place des jeunes dans les processus de gouvernance et de paix en RDC.
Son constat est celui selon lequel malgré l’existence de textes, de structures et d’initiatives en faveur de la participation des jeunes, l’accès réel aux espaces de décision reste limité et parfois symbolique.
Pour y remédier, les Ambassadeurs proposent d’abord la création d’un Cadre national de dialogue Jeunesse, Paix et Sécurité, réunissant régulièrement institutions publiques, représentants de la jeunesse, STN2250 et partenaires.
Ils recommandent également de territorialiser la participation dans les 26 provinces, de mettre progressivement en place un Réseau national des Ambassadeurs 2250, mais aussi d’instaurer un tableau de bord annuel permettant de mesurer concrètement la participation des jeunes dans les mécanismes de décision.
Enfin, le groupe préconise d’investir dans les compétences des jeunes à travers des formations continues en gouvernance, politiques publiques, plaidoyer, négociation, analyse des données et communication d’influence.
L’objectif est de ne plus considérer la participation comme une simple présence autour de la table, mais comme une véritable capacité d’influencer les décisions.
Faire des jeunes des acteurs de la prévention

Sur le deuxième pilier, celui de la Prévention, le groupe 2 a défendu une approche fondée sur l’intervention en amont des crises.
Ses membres proposent notamment la création d’un réseau de jeunes pour l’alerte précoce et le dialogue communautaire, capable d’identifier les premiers signes de tensions entre autres rumeurs, discours de haine, conflits communautaires, tensions électorales ou fractures sociales.
Ils ont également recommandé la création de Brigades numériques de la paix, composées de jeunes formés au fact-checking, à l’éducation aux médias et à la communication responsable.
Le groupe souhaite également multiplier les espaces de dialogue intergénérationnel et intercommunautaire, renforcer l’éducation citoyenne et relier les initiatives de paix aux programmes de formation, de leadership, d’entrepreneuriat et d’insertion des jeunes.
Pour eux, la prévention ne doit pas commencer lorsque la violence éclate, mais dès l’apparition des premières tensions.
Mieux protéger les jeunes victimes et les acteurs de paix
Le troisième groupe a consacré son plaidoyer au pilier Protection, avec un accent particulier sur les jeunes victimes des conflits et ceux qui s’engagent dans la défense de la paix.
Face aux difficultés d’accès à l’éducation, aux soins, à l’accompagnement psychosocial et à la justice dans les zones affectées par les violences, les Ambassadeurs proposent la création d’un mécanisme communautaire d’orientation des jeunes victimes.
Ils recommandent également un dispositif de protection destiné aux jeunes acteurs de paix exposés à des menaces, comprenant des mécanismes d’alerte, de référencement et d’assistance juridique.
Le groupe veut par ailleurs renforcer la participation des jeunes à la justice transitionnelle, notamment dans la documentation, les consultations, la mémoire et le plaidoyer, tout en respectant la confidentialité et le consentement des victimes.
Une autre proposition porte sur l’amélioration des données relatives aux jeunes victimes, avec des informations davantage désagrégées selon l’âge, le sexe, le territoire et les vulnérabilités.
Pour ce groupe, protéger les jeunes victimes, c’est défendre leur dignité, protéger les jeunes acteurs de paix, c’est aussi protéger la paix elle-même.
Construire un partenariat avec la jeunesse autour de la mémoire
Le quatrième groupe s’est intéressé au pilier Partenariat, en mettant particulièrement l’accent sur la mémoire, le GENOCOST et la réparation des victimes.
Pour ces jeunes, la politique de mémoire ne peut être durable que si elle devient une mémoire vivante, transmise et appropriée par les nouvelles générations.
Le groupe propose ainsi de faire des Ambassadeurs 2250 des relais de sensibilisation et de transmission de la mémoire dans les communautés, les universités et les espaces de jeunesse.
Il recommande également le développement d’actions mémorielles territoriales entre autres conférences, dialogues communautaires, productions audiovisuelles, clubs de mémoire et initiatives intergénérationnelles.
Ils ont également prévu un accompagnement plus structuré des jeunes par le FONAREV et la CIA-VAR, à travers la formation, le mentorat, l’appui technique et, lorsque cela est possible, le financement des initiatives.
Le groupe insiste surtout sur la nécessité de construire un partenariat avec les jeunes et non simplement pour les jeunes.
Son ambition est de créer, à travers le futur réseau national, des passerelles entre les victimes, les institutions et une nouvelle génération appelée à porter la mémoire au-delà des lieux de commémoration.
Transformer le désengagement de la violence en reconstruction sociale
Le cinquième groupe s’est penché sur le pilier Désengagement et réintégration, notamment dans le contexte du désarmement, démobilisation et réintégration (DDR).
Son principal constat est celui de sortir un jeune d’un groupe armé ne suffit pas à garantir son retour durable dans la société.
La réintégration doit également impliquer les communautés, lutter contre la stigmatisation et répondre aux difficultés économiques qui peuvent favoriser le réenrôlement.
Les Ambassadeurs recommandent ainsi de renforcer la collaboration avec le P-DDRCS, afin de participer aux actions de sensibilisation et de préparation communautaire.
Ils proposent également, avec le FONAREV, des espaces de dialogue entre victimes, communautés et personnes démobilisées, ainsi que la mobilisation du secteur privé et des partenaires au développement autour de la formation professionnelle, de l’emploi et de l’entrepreneuriat.
Un mécanisme de veille citoyenne devrait également permettre aux jeunes de documenter les difficultés rencontrées sur le terrain, sans se substituer aux mécanismes officiels de sécurité.
« Désarmer un jeune, c’est retirer une arme. Réintégrer un jeune, c’est lui redonner une place. Construire la paix, c’est faire en sorte que cette place soit durable », se résume la philosophie défendue par le groupe.
Cinq plaidoyers, une même ambition : transformer la jeunesse en force de paix

À travers ces cinq travaux, les 50 Ambassadeurs 2250 ont ainsi tenté de passer du diagnostic à la proposition. Leurs recommandations convergent vers la même ambition de donner aux jeunes des mécanismes, des compétences et des espaces leur permettant de contribuer concrètement à la paix et à la gouvernance.
De la participation politique à la prévention des conflits, de la protection des victimes à la transmission de la mémoire, jusqu’à la réintégration des jeunes sortis des groupes armés, les plaidoyers placent la jeunesse au centre des réponses à apporter aux défis du pays.
Ces Policy Briefs constituent surtout une première production collective de cette cohorte. Leur portée dépendra désormais de leur capacité à être discutés avec les institutions, les partenaires et les acteurs concernés, mais aussi à être transformés en initiatives concrètes.
Pour les Ambassadeurs 2250, la formation leur a donné les outils pour comprendre et proposer. Le prochain défi sera de faire de ces propositions des actions capables de produire des changements dans les communautés.
Lydia Mangala


