De son rêve de devenir pilote de chasse au journalisme, puis du métier de journaliste à la politique et aux fonctions de ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya a retracé les principales étapes de son parcours devant les jeunes réunis ce jeudi 17 septembre 2026 à l’amphithéâtre de Silikin Village, à Kinshasa. C’était dans le cadre de l’initiative « Tell Us More », organisée par New Hope College autour du thème « Des rêves au leadership : le parcours, les défis, les leçons ».
Devant les apprenants et autres participants, le ministre de la Communication et des Médias et porte-parole du Gouvernement a choisi de revenir sur les détours, les difficultés et les choix qui ont marqué son cheminement professionnel.
Du rêve de pilote à la découverte du journalisme
À l’adolescence, Patrick Muyaya dit avoir nourri un rêve bien différent de la carrière qu’on lui connaît aujourd’hui : devenir pilote de chasse.
Très tôt attiré par la culture générale, la lecture, l’histoire et les proverbes, il développe une curiosité qui lui sera ensuite utile dans le journalisme.
L’un des premiers tournants intervient lorsqu’il accompagne un ami journaliste sportif de la RTK. Il découvre alors l’univers de la caméra et participe à plusieurs reportages consacrés notamment au catch et à la boxe.

« J’ai développé une passion pour la caméra. Et j’étais donc son caméraman. On allait faire des reportages », a-t-il raconté.
Cette première expérience le conduit vers la télévision, puis à l’IFASIC, où il choisit finalement d’étudier le journalisme.
Le journalisme, une école de la polyvalence
Son passage dans les médias constitue une véritable école de formation. Il explique avoir été amené à se documenter sur des domaines aussi variés que les questions diplomatiques, militaires, sanitaires ou encore environnementales.
« Lorsque vous êtes journaliste, vous ne devez pas connaître tout sur tout, mais vous devez connaître peu sur tout. Et les peu là que vous connaissez doivent être consistants », a-t-il expliqué.
Cette polyvalence lui permet progressivement de développer sa culture générale et sa capacité d’analyse, tout en découvrant davantage les réalités politiques du pays.
Un parcours marqué par les bifurcations
Alors qu’il envisage de poursuivre sa carrière dans le journalisme, Patrick Muyaya raconte avoir été sollicité en 2007 pour rejoindre un cabinet politique.
Il dit avoir d’abord décliné cette proposition, préférant rester dans un métier auquel il était attaché. Les échanges avec sa mère vont toutefois contribuer à faire évoluer sa décision.
De journaliste, il devient conseiller, avant de poursuivre son parcours dans la politique. En 2011, il est élu député national dans la circonscription de la Funa, à Kinshasa, à l’âge de 29 ans.
« Je suis né à Bandal, je grandis à Bandal, j’avais des rêves de devenir pilote et puis finalement, je deviens conseiller de Premier ministre », a-t-il relaté.
Un parcours guidé par la volonté d’impacter
Face aux jeunes, le ministre a également insisté sur l’importance de connaître ses aspirations et de travailler avec constance.
« Dans la vie, il faut savoir ce que vous voulez. Moi, je n’ai pas été fait pour faire des affaires, moi j’ai été fait pour impacter », a-t-il affirmé.
Dans cette logique, il a encouragé les participants à travailler sur leurs idées sans attendre des conditions parfaites.
« Quand vous avez une idée, vous avez confiance en vous, vous devez juste travailler. Travailler constamment. Et travailler et être différent. C’est la façon dont vous pouvez être vu », a-t-il souligné.
Les difficultés comme matière première du parcours
Les difficultés ont également occupé une place importante dans son témoignage. Patrick Muyaya les présente non seulement comme des moments difficiles, mais aussi comme des expériences susceptibles de contribuer à la construction d’un parcours.
« Je vis sans regrets. Non pas que je n’ai pas des expériences difficiles, mais parce que ce sont ces expériences difficiles qui construisent », a-t-il témoigné.
Il a par ailleurs insisté sur la constance dans le travail, invitant les jeunes à développer leurs compétences dans la durée plutôt qu’à rechercher uniquement des résultats immédiats.
Les langues, une ouverture sur le monde
L’apprentissage des langues a également été évoqué au cours de l’échange. Patrick Muyaya a expliqué avoir appris l’anglais en grande partie par lui-même, notamment à travers les films et la musique.
« Je n’ai pas eu l’opportunité ou l’occasion d’être à l’école, de commencer à apprendre comme certains d’entre vous aujourd’hui. J’ai appris l’anglais par moi-même. J’ai regardé des films, j’ai appris la musique », a-t-il confié.
Il a encouragé les jeunes à élargir leurs compétences linguistiques, notamment en apprenant l’anglais et, au-delà, d’autres langues.
Privilégier l’impact à la durée
Revenant sur son expérience à la tête du ministère de la Communication et des Médias, fonction qu’il exerce depuis 2021, Patrick Muyaya a insisté sur la valeur du travail accompli plutôt que sur la durée d’occupation d’une fonction.
« Ce qui compte, c’est jamais la durée. C’est jamais combien de temps vous allez être là. Ce qui compte, c’est ce que vous faites quand vous êtes là », a-t-il déclaré.
Une conception qui ramène la réussite à la contribution apportée pendant le temps dont chacun dispose, indépendamment de la fonction occupée.
La vérité au cœur de la communication
L’échange a également porté sur la responsabilité liée à la circulation de l’information, particulièrement à l’ère des réseaux sociaux.
Patrick Muyaya a appelé les jeunes à développer le réflexe de vérifier les informations avant de les partager.
« Chacun d’entre nous, quand on reçoit quelque chose, surtout des mauvaises nouvelles sur WhatsApp, la première chose que vous faites, vous ne vérifiez même pas si c’est vrai ou non. Vous partagez », a-t-il relevé.
Il a également insisté sur la place de la vérité dans la communication publique, en s’appuyant sur son expérience de porte-parole du Gouvernement.
« Quand vous êtes porte-parole du gouvernement, dans un pays comme le nôtre, la vérité doit être le centre de votre message. Même si vous avez des faiblesses, n’ayez pas honte. Même si ça n’a pas marché, dites-le », a-t-il déclaré.
Dix bourses annoncées pour les participants
La rencontre s’est également traduite par un appui concret à la formation. Cinq participants, dont trois jeunes femmes et deux jeunes hommes, ont reçu publiquement une bourse à l’occasion de cette édition de « Tell Us More ». Cinq autres bénéficiaires ont, quant à eux, été désignés de manière confidentielle.
Cette initiative vient compléter le message porté durant l’échange sur l’importance de la formation et de l’accès aux opportunités dans la construction des parcours professionnels.
Organisé par New Hope College, établissement proposant notamment des formations en anglais, en compétences numériques et en conduite à Kinshasa, « Tell Us More » met en relation des personnalités et des jeunes autour du partage d’expériences.
Au terme de cette rencontre, le parcours de Patrick Muyaya aura ainsi été présenté non comme une trajectoire linéaire, mais comme une succession de choix, de réorientations, de difficultés et d’opportunités.
« Les grands défis façonnent les grands hommes », a-t-il résumé devant les jeunes.
Lydia Mangala


