Face à la progression de l’épidémie de maladie à virus Ebola de souche Bundibugyo, la République démocratique du Congo renforce sa stratégie de surveillance le long de l’un de ses principaux corridors de mobilité. Le Gouvernement congolais et ses partenaires ont officiellement lancé, jeudi à Kinshasa, l’initiative « Fleuve Congo Sans Ebola », destinée à prévenir la propagation du virus le long de l’axe fluvial reliant Kisangani à Kinshasa.
L’initiative repose sur une approche multisectorielle associant les services de l’État, les autorités provinciales, les acteurs du transport fluvial, les communautés riveraines ainsi que plusieurs partenaires techniques et financiers. L’objectif est de faire du fleuve Congo non seulement un espace de mobilité et d’échanges, mais également un corridor placé sous une surveillance sanitaire renforcée.
Des milliers de personnes empruntent quotidiennement le fleuve Congo pour leurs déplacements, leurs activités commerciales et le transport des marchandises. Dans un contexte épidémique, cette importante mobilité peut favoriser la propagation rapide d’un virus d’une communauté à une autre.
Avec l’appui notamment de l’OMS, de l’UNICEF, de l’OIM, du PAM et d’OCHA, l’initiative prévoit donc de renforcer les dispositifs de surveillance dans les ports, aux points d’entrée et le long des principaux axes de navigation.
Un système intégré d’alerte précoce doit permettre de détecter, signaler et prendre en charge rapidement les cas suspects. Des réseaux communautaires seront également mobilisés dans les localités riveraines afin de rapprocher la surveillance des populations.
L’une des propositions mises en avant lors du lancement est celle du professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l’Institut national de recherches biomédicales (INRB), qui préconise une surveillance directement à bord des embarcations.

Chaque bateau pourrait notamment disposer d’un personnel médical capable d’identifier différents syndromes et de signaler rapidement toute situation suspecte.
L’ambition va au-delà de la seule surveillance d’Ebola. Le dispositif pourrait également contribuer à détecter d’autres maladies à potentiel épidémique, notamment les infections respiratoires, les syndromes fébriles, la tuberculose, le paludisme ou encore la fièvre typhoïde.
Des laboratoires mobiles flottants sont ainsi prévus afin de rapprocher les capacités de diagnostic des communautés vivant et se déplaçant sur le fleuve.
Le dispositif prévoit également le renforcement des capacités d’isolement et de prise en charge dans plusieurs pôles stratégiques, notamment Kisangani, Mbandaka, Kwamouth et Kinshasa.
Des mesures spécifiques sont également annoncées pour améliorer l’hygiène dans les ports et les structures sanitaires, former les armateurs, capitaines, contrôleurs fluviaux, agents de santé et relais communautaires, mais aussi anticiper la gestion d’éventuelles mises en quarantaine d’embarcations.
Pour le secrétaire général du ministère de la Santé, Body Ilonga, l’enjeu est de détecter rapidement les menaces afin d’empêcher leur propagation.
« Notre priorité est de détecter rapidement tout cas suspect, d’interrompre au besoin immédiatement les chaînes de contamination », a-t-il souligné.
Le ministère de l’Intérieur et Sécurité défend pour sa part une vision qui dépasse la seule urgence Ebola. L’objectif est de construire progressivement un mécanisme durable de prévention, de préparation et de réponse aux maladies à potentiel épidémique dans les bassins du Congo, de l’Oubangui et de la Sangha.
« Fleuve Congo Sans Ebola » se veut également une opération de grande ampleur sur le plan institutionnel. Plus de dix ministères et quatorze institutions publiques, les autorités provinciales, les opérateurs du secteur fluvial et la société civile sont associés au dispositif.
Pour la Dre Anne Ancia, représentante intérimaire de l’OMS en RDC, l’initiative traduit l’importance de l’anticipation et de l’implication des communautés dans la réponse aux épidémies.
« Les épidémies passées nous ont appris qu’une détection précoce et l’engagement des communautés sauvent des vies », a-t-elle déclaré, réaffirmant la mobilisation de l’OMS aux côtés des autorités congolaises.
Nabil Tabbal, représentant du Coordonnateur principal Ebola des Nations unies en RDC, a également insisté sur le caractère multisectoriel du dispositif.
« La santé seule ne peut pas protéger le fleuve », a-t-il rappelé, soulignant la nécessité d’une mobilisation conjointe des ministères, des autorités portuaires et fluviales, des armateurs, des équipages et des communautés riveraines.
La première phase de l’initiative s’étendra sur trois mois. Elle sera consacrée notamment à l’équipement des points de contrôle, au renforcement des capacités locales, à la surveillance sanitaire et à la sensibilisation des communautés installées le long du corridor fluvial.
Selon les données communiquées lors du lancement, l’épidémie de maladie à virus Ebola de souche Bundibugyo totalisait au 18 août 2026, 5 208 cas confirmés et plus de 2 476 décès, soit un taux de létalité de 47,5 %. La flambée concernait alors 56 zones de santé réparties dans six provinces : le Bas-Uélé, le Haut-Uélé, l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et la Tshopo.
Dans ce contexte, la sécurisation sanitaire du corridor Kisangani-Kinshasa apparaît comme un enjeu majeur pour éviter que l’intense circulation fluviale ne devienne un facteur supplémentaire de propagation.
Avec « Fleuve Congo Sans Ebola », Kinshasa entend ainsi transformer son principal axe fluvial en véritable ligne de défense sanitaire, capable de protéger les populations riveraines, de détecter précocement les menaces et, à terme, de renforcer durablement la préparation de la RDC face aux épidémies.
Lydia Mangala


