La première édition de Creators Bomoko, organisée par l’Ambassade des États-Unis en RDC, s’est clôturée samedi 19 septembre 2026 au Musée national de la RDC à Kinshasa. Durant deux jours, créateurs de contenus, entrepreneurs, professionnels de la communication, entreprises et experts ont échangé sur les moyens de structurer davantage l’économie créative en RDC.
Au cœur du panel « Protéger son activité et son entreprise en ligne », modéré par Fred Bamwenela, Stéphanie Stevens, coach professionnelle certifiée en communication et confiance en soi au travail et fondatrice du média Hello les riches, a particulièrement insisté sur un aspect souvent négligé par les créateurs : la nécessité de considérer leur activité comme une véritable entreprise.
Tout ce qui a de la valeur doit être écrit
Pour Stéphanie Stevens, l’une des premières protections d’un créateur passe par la formalisation de ses collaborations. Les accords verbaux, même lorsqu’ils interviennent avec des personnes de confiance, peuvent laisser place à des incompréhensions sur les engagements de chacune des parties.
« Ma trajectoire, c’est vraiment : tout ce qui a de la valeur doit être écrit », a-t-elle expliqué.
Elle recommande ainsi de détailler dans les contrats ce que la marque attend concrètement du créateur dtype de contenu, nombre de publications, format, message à transmettre, date de livraison ou encore modalités de diffusion.

« Qu’est-ce qu’ils attendent de moi ? Une vidéo dans le feed, une vidéo en story, il faut bien notifier les deux », a-t-elle précisé.
Pour elle, une vidéo publiée sur le compte du créateur ne représente pas nécessairement la même prestation qu’un contenu publié également sur le compte de la marque.
Le cross-post, notamment, doit donc être clairement prévu dans l’accord, au même titre que la durée pendant laquelle le contenu restera en ligne.
Chaque détail peut avoir un impact sur la rémunération
Stéphanie Stevens invite également les créateurs à porter une attention particulière à la durée d’exploitation de leurs contenus.
Une publication peut être destinée à rester trois mois, six mois ou indéfiniment sur un compte. Ces différentes modalités peuvent avoir une incidence sur la valeur de la prestation et doivent, selon elle, être précisées avant la collaboration.
« La durée. Il y a des vidéos qu’on va laisser sur nos comptes pendant trois mois, pendant six mois. Il y en a qu’on va laisser à vie. Et le prix, il change par rapport à ça », a-t-elle souligné.
Cette approche traduit, selon elle, un changement de regard nécessaire sur le métier.

« Vous êtes créateur de contenu, mais au-dessus de ça, vous gérez une entreprise. Et quand on gère une entreprise, on va dans les détails », a-t-elle insisté.
Dans cette logique, la rémunération ne devrait pas être considérée comme un élément secondaire. Le temps consacré à la création, les livrables, les conditions de diffusion et les droits accordés doivent être pris en compte dans la négociation.
Construire une identité que les marques peuvent identifier
La protection de l’activité passe également par le positionnement. Pour Stéphanie Stevens, un créateur doit pouvoir être associé à un domaine précis dans l’esprit du public, mais aussi dans celui des marques.
« Quand on pense à moi, on pense à quoi ? Quand on pense à mon compte Instagram, on pense à quoi ? », a-t-elle interrogé.
Elle encourage ainsi les créateurs à identifier les mots-clés qui correspondent à leur identité et à construire leur contenu autour de ces axes.
L’objectif est de permettre aux marques de savoir rapidement vers quel créateur se tourner lorsqu’elles recherchent une expertise, une audience ou une personnalité correspondant à leur campagne.
« Il faut que votre nom soit associé à un domaine », a-t-elle recommandé.
Pour celles et ceux qui n’ont pas encore obtenu de partenariat, elle propose également une démarche proactive : identifier les marques avec lesquelles ils souhaitent travailler et leur présenter directement leurs plateformes et ce qu’ils peuvent leur apporter.
« Allez vous-même vers les marques qui vous intéressent, proposez vos services, proposez vos plateformes », a-t-elle conseillé.
Protéger aussi les idées, slogans et concepts
Outre la protection du compte et des contrats, Stéphanie Stevens a attiré l’attention sur la propriété intellectuelle liée aux contenus produits.
Elle a notamment cité son propre média, Hello les riches, dont le slogan est devenu une marque.
« À un moment, je me suis dit qu’en fait, il faut que je le dépose. Il faut que j’aille déposer la marque parce que sinon, à tout moment, quelqu’un peut se lever et utiliser le Hello les riches et je n’aurai rien à dire », a-t-elle témoigné.

Son expérience l’amène à encourager les créateurs à identifier ce qui, dans leur univers, leur appartient réellement notamment un concept, un slogan, une identité ou encore un élément distinctif de leur contenu.
« Si tu sais que dans ton contenu, il y a un concept, il y a un slogan qui vient de toi, faites-le déposer comme marque et slogan », a-t-elle recommandé.
Une démarche qui, dans son propos, vise à éviter qu’une création distinctive soit reprise par d’autres sans que son auteur dispose des moyens nécessaires pour la défendre.
La création de contenu demande aussi de la patience
Stéphanie Stevens a enfin abordé le temps nécessaire avant de parvenir à générer des revenus.
Elle a encouragé les créateurs, y compris ceux qui disposent encore d’une petite audience, à ne pas mesurer trop rapidement la valeur de leur activité au nombre de réactions obtenues.
« J’aime dire que la création de contenu, c’est très ingrat, surtout au début », a-t-elle reconnu.
S’appuyant sur son propre parcours, elle a expliqué que les résultats financiers peuvent prendre du temps à se concrétiser.
« Ça fait 6 ans que je suis sérieuse dans ma création de contenu et c’est seulement cette année que j’arrive vraiment à générer du revenu », a-t-elle témoigné.

Son message invite ainsi les créateurs à dépasser la recherche de revenus immédiats et à construire progressivement une activité fondée sur une identité claire, des collaborations formalisées et une meilleure connaissance de la valeur de leur travail.
Stéphanie Stevens a ainsi placé la structuration, la contractualisation, le positionnement et la protection de la propriété intellectuelle parmi les leviers permettant aux créateurs de mieux maîtriser leur activité et les opportunités qui peuvent en découler.
Lydia Mangala


