Dans le cadre de la structuration de son marché carbone, la ministre de l’Environnement, Développement durable et Nouvelle Économie du Climat, Marie Nyange Ndambo, a réuni, jeudi 23 juillet, les représentants des peuples autochtones et populations locales (PAP), ainsi que les organisations de la société civile, dans le cadre des consultations sur le projet de loi devant encadrer le marché carbone national.
Cette démarche participative vise à doter le pays d’un cadre juridique transparent, inclusif et conforme aux standards internationaux afin de mieux valoriser le potentiel environnemental de la RDC, qui abrite le deuxième plus grand massif forestier tropical de la planète.
À l’ouverture des échanges, la ministre a indiqué que cette réforme s’inscrit dans la vision du président Félix-Antoine Tshisekedi, qui consiste à concilier la préservation des écosystèmes forestiers avec l’amélioration des conditions de vie des communautés locales.
« Nous voulons un texte inclusif et adapté aux réalités du pays », a déclaré Marie Nyange Ndambo, rappelant que cette orientation est déjà intégrée dans la nouvelle Politique forestière nationale ainsi que dans le processus de révision du Code forestier.
Le futur dispositif législatif reposera notamment sur la mise en place d’un Registre national carbone et d’un système de Mesure, Rapportage et Vérification (MRV), conformément aux dispositions de l’article 6 de l’Accord de Paris. L’objectif est de créer un environnement propice au développement du marché carbone tout en garantissant une gestion transparente des crédits carbone et des bénéfices qui en découlent.
La ministre a toutefois alerté sur les dérives observées ces dernières années, évoquant l’exploitation opaque de crédits carbone par des acteurs non identifiés, notamment dans la province du Maï-Ndombe, sans retombées significatives ni pour l’État ni pour les communautés concernées.
Elle a également souligné que l’évolution du contexte international, marqué par l’accélération de la transition écologique, impose à la RDC de se doter rapidement d’un cadre réglementaire crédible afin de renforcer son attractivité auprès des investisseurs engagés dans le financement climatique.
Les représentants des peuples autochtones et des organisations de la société civile ont salué l’approche inclusive adoptée par le Gouvernement tout en formulant plusieurs recommandations. Ils ont notamment insisté sur la nécessité de protéger les droits fonciers et coutumiers des communautés, de garantir leur participation aux instances de gouvernance du futur marché carbone et d’assurer une répartition équitable des revenus générés par les projets carbone.
Prenant la parole au nom des peuples autochtones, l’ambassadeur des PAP, Kapupu Diwa Mutimanwa, a estimé que « la séquestration du carbone est bénéfique pour tous » et s’est félicité de l’implication des communautés autochtones dans le processus ainsi que de leur participation à la future commission technique.
Dans le même esprit, Prescilia Monireh, chargée de programme à l’ANAPAC et présidente du conseil d’administration de la FECOFFA, a salué une avancée majeure.
« Il y a aujourd’hui une lueur d’espoir. C’est un grand pas en avant, car pour la première fois, les peuples autochtones sont véritablement associés à ce type de processus décisionnel », a-t-elle affirmé.
En réponse aux différentes préoccupations, Marie Nyange Ndambo a annoncé la création prochaine d’une commission technique paritaire chargée de finaliser le projet de loi. Cette structure comprendra notamment des représentants des peuples autochtones, invités à désigner deux experts pour participer aux travaux.
La ministre a également salué l’expertise locale présentée lors des échanges, notamment les études de séquestration carbone réalisées à Nkoto et Bembeteli par Prescilia Monireh, estimant qu’elles constituent une contribution importante à l’élaboration du futur dispositif législatif.
À l’issue de la rencontre, l’ensemble des parties prenantes a été invité à poursuivre les discussions dans le cadre de la deuxième édition de la Semaine du Climat, qui servira de plateforme pour consolider le projet de loi avant sa transmission aux instances compétentes.
Le Gouvernement ambitionne de faire de la forêt congolaise un véritable levier de développement durable, en conciliant protection de l’environnement, mobilisation des financements climatiques et amélioration des conditions de vie des communautés qui vivent au cœur des écosystèmes forestiers.
La future loi devra également permettre à la RDC de renforcer sa position sur le marché international du carbone tout en garantissant une gouvernance plus transparente, plus inclusive et plus équitable des ressources environnementales du pays.
Lydia Mangala


