Le deuxième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-2) entre dans une phase qui exige autant de préparation technique que de pédagogie auprès des populations. Si la cartographie des ménages constitue une étape essentielle pour organiser cette opération nationale, son succès dépend aussi de la compréhension et de l’adhésion des citoyens. Sur le terrain, certaines réactions montrent que les objectifs de cette démarche ne sont pas encore suffisamment compris par tous.
À N’Djili, à Kinshasa, une habitante s’est notamment interrogée sur les intentions des agents qui inscrivent la mention « RGPH-2 » devant les parcelles visitées. Craignant que ce marquage puisse servir à identifier les propriétés en vue d’une éventuelle appropriation, elle a exprimé des inquiétudes sur le sort de son habitation. Cet exemple, rapporté lors d’une de nos descentes de terrain, illustre qu’une opération statistique peut susciter de la méfiance lorsque ses méthodes ne sont pas clairement expliquées.
La cartographie censitaire ne constitue pas une opération de délimitation foncière, mais elle consiste à découper le territoire en zones de dénombrement et à localiser les ménages et les infrastructures afin de préparer une collecte exhaustive des données. La mention « RGPH-2 » apposée devant une parcelle doit donc être comprise dans le cadre du repérage des habitations concernées par l’opération, et non comme une indication de changement de propriété. Questions fréquentes RGPH2
Cette distinction mérite toutefois d’être expliquée directement aux habitants. Dans un contexte où les questions foncières suscitent parfois des inquiétudes, un marquage effectué sans explication préalable peut facilement être interprété autrement que dans son objectif statistique. Il ne suffit donc pas que les agents connaissent leur mission mais les populations doivent également en comprendre le sens.
La sensibilisation ne devrait pas se limiter aux communiqués officiels, aux interventions médiatiques ou aux messages diffusés sur les réseaux sociaux. Elle doit aussi se faire au niveau des quartiers, des avenues et des parcelles, en amont et pendant le passage des équipes.
Les chefs de quartiers, les responsables d’avenues, les associations locales, les leaders communautaires et les relais de proximité peuvent contribuer à expliquer les objectifs de la cartographie. Les agents, de leur côté, doivent être en mesure de présenter clairement leur identité, leur mission, la signification des inscriptions et les étapes à venir. Des supports simples, dans les langues comprises localement, pourraient également aider à répondre aux préoccupations récurrentes.
Cette nécessité de mobiliser les relais d’information avait déjà été soulignée par le ministère du Plan et celui de la Communication et des Médias, lors d’une rencontre avec les responsables des médias, le 30 septembre 2026. Les deux institutions avaient insisté sur le rôle de la presse dans la diffusion d’informations fiables et la sensibilisation des citoyens.
Le 30 octobre dernier, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a, elle aussi, appelé les Congolais à accueillir les agents cartographes et à participer à cette opération. Elle a notamment reçu une équipe à sa résidence dans le cadre de cette sensibilisation.
Au-delà des appels à la participation, le défi reste celui de la confiance. Une population qui comprend pourquoi les agents se présentent à son domicile et comment les informations recueillies seront utilisées est davantage en mesure de collaborer sereinement. À l’inverse, les incompréhensions et les rumeurs peuvent compliquer le travail des équipes, ralentir les opérations et fragiliser la qualité des données collectées.
Quarante-deux ans après le dernier recensement scientifique réalisé en RDC, le RGPH-2 représente un enjeu important pour la connaissance de la population, de ses conditions de vie et des besoins des communautés. Ces données doivent notamment permettre de mieux orienter les politiques publiques et la planification du développement.
La réussite de cette opération ne dépend donc pas uniquement du déploiement des agents et des moyens techniques, elle repose aussi sur une communication claire, régulière et accessible, capable de transformer les interrogations en compréhension et la méfiance en adhésion. Car un recensement réussi commence aussi par une population qui sait pourquoi elle est recensée.
Lydia Mangala


