La première cohorte du programme Ambassadeurs 2250 a officiellement achevé sa formation ce vendredi 28 août 2026 à la salle Rouge du ministère des Affaires étrangères, à Kinshasa. Initiée par la Dynamique Jeunesse Responsable (DYJERES), cette formation de trois jours a réuni 50 jeunes sélectionnés parmi plus de 300 candidatures, autour de l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité, de la justice transitionnelle, de la mémoire, du plaidoyer et des enjeux de paix en République démocratique du Congo.
L’initiative, destinée aux jeunes de 20 à 35 ans, a également bénéficié de l’accompagnement du Secrétariat technique national de la Résolution 2250 (STN2250-RDC), sous l’impulsion du ministère de la Jeunesse et Éveil patriotique. Elle a permis aux participants d’explorer les cinq piliers de la Résolution 2250 entre autres participation, prévention, protection, partenariat, ainsi que désengagement et réintégration.
Après une première journée consacrée à la Résolution 2250, au plaidoyer communautaire et à la mobilisation citoyenne, puis une deuxième journée axée sur les mécanismes de financement, les partenariats stratégiques, l’Accord de Washington et les techniques de rédaction de notes de politique publique, la dernière journée a placé la mémoire, le GENOCOST, la justice transitionnelle et la réparation des victimes au centre des échanges.
La justice transitionnelle doit placer les victimes au cœur du processus
Lors du panel consacré au thème « Jeunesse, Mémoire, Justice transitionnelle et GENOCOST : quel rôle pour les Jeunes Ambassadeurs 2250 ? », Justin Bahirwe, avocat et conseiller technique à la Commission interinstitutionnelle d’aide aux victimes et d’appui aux réformes (CIA-VAR), a appelé les jeunes à comprendre la justice transitionnelle comme un processus qui dépasse les seuls tribunaux.
« Les victimes n’ont pas à choisir entre tel ou tel droit. Elles ont à la fois le droit à la vérité, à la justice, à la réparation et aux garanties de non-répétition », a-t-il insisté.

Pour lui, la recherche de la vérité, la documentation des violences, la mémoire et les réformes institutionnelles sont indispensables pour empêcher la répétition des atrocités.
« Pour rétablir la réalité, on doit partir des faits », a-t-il rappelé.

Il a notamment invité les jeunes à contribuer à la documentation, à la recherche, à la sensibilisation et au plaidoyer.

De son côté, Antoine Stomboli, sous-directeur de la réparation au FONAREV, a insisté sur la nécessité de ne pas réduire la réparation à une simple compensation financière. Selon lui, la victime doit participer aux décisions qui concernent sa reconstruction.
« Les victimes sont les seules qui peuvent dire ce dont elles ont besoin, ce dont elles ont envie, ce qu’elles veulent », a-t-il déclaré.

Il a également rappelé que les différentes formes de réparation sont complémentaires et que leur efficacité dépend notamment de la participation des victimes.
« Le fait de faire participer directement les victimes à ce processus est tout le temps réparateur, voire plus réparateur que le résultat », a-t-il souligné.
Les Ambassadeurs 2250 passent de la théorie à la défense de politiques publiques

La formation s’est achevée par un exercice pratique au cours duquel les participants, répartis en cinq groupes, ont élaboré puis défendu des notes de politique publique devant un jury composé de Djessy Bukasa, président et fondateur de DYJERES et initiateur du programme, Stany Kalemba, magistrat, Antoine Stomboli, Justin Bahirwe, Bénédicte Waula, spécialiste senior en plaidoyer et communication à VillageReach RDC, et Anna-Jacquie Kitoga, coordonnatrice nationale du STN2250-RDC.
Chaque groupe disposait de cinq minutes pour présenter son plaidoyer, suivies de dix minutes d’échanges avec le jury.

Le groupe A, consacré à la participation, a plaidé pour une représentation effective des jeunes dans les espaces de décision et de paix.
« Nous ne demandons pas de prendre la place de quelqu’un, nous demandons notre place », ont défendu ses membres.

Le groupe B, axé sur la prévention, a proposé notamment un réseau national d’alerte précoce et de médiation communautaire, tout en insistant sur la réparation comme préalable à une paix durable.
« On ne peut pas prévenir un conflit si les concernés ne sont pas réparés, si les concernés ne sont pas guéris des blessures antérieures », ont-il martelé.

Le groupe C, consacré à la protection, a proposé de rapprocher les mécanismes de justice et de protection des jeunes victimes, notamment à travers des cliniques juridiques mobiles et des mécanismes d’alerte.
« On ne peut pas demander aux jeunes de construire la paix s’ils ne sont pas eux-mêmes protégés », ont-ils soutenu.

Le groupe D, travaillant sur le partenariat, a voulu faire de la mémoire du Genocost un outil d’éducation et de paix, notamment grâce à une plateforme numérique consacrée aux témoignages, archives et ressources pédagogiques.
« Nous voulons que la mémoire devienne une politique de paix. Une mémoire qui doit devenir une action », ont-ils expliqué.

Enfin, le groupe E, consacré au désengagement et à la réintégration, a proposé d’impliquer davantage les jeunes dans le volet DDR de l’Accord de Washington, avec notamment des projets économiques associant ex-combattants et jeunes des communautés d’accueil.
« Nous allons capitaliser les existants, parce que nous avons déjà des acteurs qui peuvent nous aider. Je ne vois pas pourquoi nous devons repartir de zéro », ont-ils défendu.

À l’issue de la délibération, le groupe E s’est classé premier avec 72 %, devant le groupe D (68 %), le groupe C (65 %), le groupe B (60 %) et le groupe A (57 %).
Djessy Bukasa rappelle que le classement doit devenir une motivation

En annonçant les résultats, Djessy Bukasa a appelé les participants à considérer l’évaluation comme une occasion de progresser.
« Nous vivons dans un monde de méritocratie. Nous vivons dans un monde des critères. Nous vivons dans un monde où on nous évalue constamment », a-t-il déclaré, avant d’exhorter les jeunes à dépasser leurs résultats et à éviter la facilité.

Le président de DYJERES a également donné rendez-vous aux participants le 2 septembre au Mémorial du Genocost pour la remise officielle des certificats.
« On ne peut pas parler de paix, on ne peut pas parler de sécurité, sans connaître l’histoire », a-t-il justifié ce choix.
Anna-Jacquie Kitoga appelle les jeunes à faire vivre la Résolution 2250

Pour Anna-Jacquie Kitoga, la fin de la formation marque surtout le début d’une responsabilité.
« En sortant de cette salle, nous ne sortons pas comme des participants, nous sortons comme des ambassadeurs. Un ambassadeur n’a pas le droit de garder la connaissance qu’il a acquise », a-t-elle lancé.

Elle a appelé les jeunes à commencer leur engagement dans leurs propres communautés, estimant que la participation doit partir de leur avenue, leur quartier, leur commune avant d’atteindre les espaces de décision nationaux.
Sympho Luboya veut voir les connaissances devenir des actions

Dans son mot de clôture, le secrétaire général de DYJERES, Sympho Luboya, a rappelé que le titre d’Ambassadeur 2250 constitue avant tout une responsabilité.
« Le titre d’ambassadeur n’est pas tout simplement une déclaration, c’est une responsabilité. Être ambassadeur de 2250, ce n’est pas seulement connaître la Résolution 2250, c’est être capable de la faire vivre autour de soi », a-t-il déclaré.

Il a invité les jeunes à retourner dans leurs communautés avec une mission de sensibilisation, de plaidoyer, de mobilisation et de construction de la paix.
« Ne vous contentez pas de parler seulement de la paix, devenez vous-même des artisans de la paix », a-t-il martelé.

Pour lui, la réussite de cette première cohorte ne se mesurera pas à la cérémonie de clôture, mais aux initiatives qui seront portées dans les mois et les années à venir.
« Transformez les connaissances en compétences, les compétences en actions et les actions en impact », a-t-il lancé.
La formation s’achève ainsi, mais la mission des 50 Ambassadeurs 2250 commence désormais sur le terrain, avec l’ambition de faire de la jeunesse congolaise un acteur de la prévention des conflits, de la mémoire, de la justice transitionnelle, de la cohésion sociale et de la paix durable.
Le 2 septembre au Mémorial du Genocost, après une visite guidée consacrée à l’histoire des violences dans l’Est de la RDC et au devoir de mémoire, les ambassadeurs liront leur déclaration d’engagement, signeront le livre d’or et recevront leurs certificats.
Ce sera une manière de rappeler que leur mandat ne s’arrête pas à une formation mais il commence avec la responsabilité de faire vivre la Résolution 2250 dans leurs communautés.
Lydia Mangala


