Et si la prochaine étape de l’histoire politique, économique et sociale de la République démocratique du Congo s’écrivait avec davantage de femmes autour de la table des décisions ? C’est l’ambition affichée par Génération 50-50, une dynamique féminine initiée par Dorcas Bwalelo, qui a réuni, ce mercredi 26 août 2026 à Silikin Village, à Kinshasa, placé sous le thème : « Qui décide de la RDC de demain », des femmes d’expérience, de jeunes professionnelles, des étudiantes, des militantes ainsi que des actrices engagées dans différents secteurs de la société.
Loin d’être une simple rencontre de sensibilisation, l’activité s’est transformée en un véritable espace de réflexion sur la place des femmes dans la construction de la RDC de demain. Politique, entrepreneuriat, aviation, études universitaires, engagement associatif, leadership et réformes institutionnelles : plusieurs parcours ont été exposés pour démontrer que le problème n’est pas l’absence de compétences féminines, mais plutôt l’accès aux espaces où se prennent les décisions.

Dans son allocution, Dorcas Bwalelo a précisé sur le fait que :
« RDC 50-50 ne signifie pas diviser la République en deux. Cela signifie arrêter de construire toute une République avec seulement la moitié de ses talents », a martelé Dorcas Bwalelo.

Pour l’initiatrice de cette dynamique, une femme nommée à une haute fonction constitue certes une avancée, mais celle-ci ne doit pas rester symbolique. Elle appelle à une présence accrue des femmes dans les partis politiques, l’administration publique, les entreprises, les institutions de sécurité, les provinces et les autres centres de pouvoir.
De la visibilité à l’influence

Le constat dressé au cours de la rencontre est sans détour : les femmes représentent une part importante de la population congolaise, mais restent encore sous-représentées dans plusieurs espaces où se prennent les décisions.
Le défi apparaît encore plus important pour les jeunes femmes.

« On nous demande d’être prêtes, mais nous découvrons parfois les décisions lorsque tout a déjà été négocié. On nous demande d’attendre notre tour, mais personne ne nous dit clairement quand ce tour arrivera », a dénoncé Dorcas Bwalelo.
La dynamique Génération 50-50 veut précisément rompre avec cette logique d’attente. Pour Dorcas Bwalelo, il ne suffit plus de réclamer une place, il faut se préparer à l’occuper et, surtout, à y rester.

« Prendre la place à la table des décisions demande plus que de la motivation. Il faut connaître les dossiers, comprendre les institutions, apprendre à négocier, savoir défendre une proposition, construire des alliances et être prête lorsque l’occasion se présente », a-t-elle expliqué.
Une philosophie résumée par trois questions adressées aux jeunes femmes présentes : veulent-elles prendre place à la table des décisions ? Quelles compétences doivent-elles encore renforcer ? Et quelle première action sont-elles prêtes à poser dès le lendemain ?
Des parcours inspirent une nouvelle génération
La rencontre a également donné la parole à plusieurs femmes dont les parcours illustrent les difficultés, mais aussi les possibilités offertes à celles qui refusent les limites imposées par les préjugés.
Parmi elles, Mamitsho Pontshi Lobo, pilote congolaise et directrice générale de Congo Airways, a raconté un parcours construit dans un environnement largement masculin. Son expérience professionnelle dans l’aviation et son engagement en faveur de l’émancipation des femmes ont nourri son intervention.
Selon elle, lorsqu’une porte n’est pas ouverte, il faut parfois créer son propre passage.
« Je n’ai pas besoin d’y être, je ramène mon tabouret partout où les décisions de la RDC seront prises. Quand on ouvre la porte ou pas, je force, je rentre par la fenêtre et généralement j’arrive à m’imposer », a-t-elle affirmé.

Autre intervenante, Abigail Bagata, femme politique et présidente de la Fondation Abigail Bagata, a raconté son entrée progressive dans l’engagement associatif et politique, jusqu’à occuper des responsabilités au sein de son parti et à participer à des activités liées à la préparation des élus.
Son expérience illustre l’importance du travail de terrain, du réseautage et de la constance dans la construction d’un leadership féminin durable.

Madame Kayembe, présidente facultaire des étudiants à l’Université protestante de Kinshasa, a elle aussi livré son expérience. Après avoir constaté l’absence de femmes parmi les candidates aux postes de représentation estudiantine, elle a décidé de se présenter. Élue à plusieurs reprises, elle a ensuite brigué la présidence facultaire en droit, dans un environnement où, selon son témoignage, les femmes étaient depuis longtemps absentes de ce type de responsabilités.
« Je ne voulais pas qu’on me vote parce que j’étais une femme. Je suis venue au même titre que vous, les hommes », a-t-elle évoqué.
Le leadership commence parfois dans l’ombre

La parole a également été donnée à Pungu Mamel, étudiante à l’Université de Kinshasa et vice-présidente de Dynamique Femme.
Son témoignage a rappelé que le leadership ne commence pas nécessairement sous les projecteurs.

« J’ai commencé dans l’ombre », a-t-elle insisté.
Pour elle, l’apprentissage du leadership passe par l’engagement associatif, la capacité à travailler avec les autres et l’expérience acquise progressivement.

Elle a également souligné les difficultés auxquelles sont confrontées les jeunes femmes lorsqu’elles cherchent à créer des structures ou à porter des initiatives dans des environnements majoritairement masculins.
Le réseautage devient un véritable levier d’influence
Autre voix forte de la rencontre, Prisca Manyala, femme politique et fondatrice de Renforth RDC, a insisté sur la nécessité, pour les jeunes femmes, de faire connaître leurs compétences et de construire de véritables réseaux.
« Que vous sachiez faire une chose, c’est bien, mais si personne ne sait que vous savez le faire, ça ne sert à rien. Il faut en parler », a-t-elle insisté.

Pour elle, le réseautage ne doit pas se limiter aux selfies, aux salutations et aux contacts superficiels après une activité.
« Faites de vrais réseautages », a-t-elle lancé.

Elle appelle ainsi les participantes à connaître les parcours, les compétences et les opportunités des personnes qu’elles rencontrent afin de pouvoir créer, demain, des collaborations concrètes.
Une nouvelle génération se prépare à agir
Au terme des échanges, il s’est convenu que les femmes ne veulent plus seulement être visibles, elles veulent être influentes.
La rencontre a également insisté sur la nécessité de préparer les jeunes femmes à participer aux grands débats nationaux portant sur la paix, la sécurité, l’économie, l’environnement, la politique, la réforme institutionnelle et la gouvernance.

« Je ne veux pas que vous repartiez seulement inspirées. Je veux que chacune d’entre vous puisse répondre à trois questions : à cette table des décisions, est-ce que je veux prendre place ? Quelles compétences dois-je encore renforcer pour y arriver ? Quelle première action je veux poser demain ? », a lancé Dorcas Bwalelo.

Pour les initiatrices de Génération 50-50, la bataille ne consiste donc pas uniquement à obtenir des nominations. Elle vise à construire une génération de femmes capables de maîtriser les dossiers, de défendre leurs propositions, de négocier, de créer des alliances et de peser réellement sur les décisions.
« On ne subit pas l’avenir, on le décide », résume l’ambition de la rencontre.

C’est donc un appel à l’action que Génération 50-50 entend laisser derrière elle : que les femmes congolaises ne découvrent plus les décisions une fois qu’elles ont été prises, mais qu’elles soient présentes lorsqu’elles sont préparées, discutées et adoptées.
La RDC de demain, ont martelé les intervenantes, ne pourra pas se construire sans les femmes.
Ben Mandjolo


