La République démocratique du Congo s’apprête à franchir une nouvelle étape dans la modernisation de son système financier avec la mise en place annoncée de la Kinshasa Stock Exchange. Une réforme destinée à diversifier les sources de financement de l’économie, encore largement dépendante du crédit bancaire.
Aujourd’hui, cette forte dépendance vis-à-vis des banques constitue notamment un frein à l’accès aux capitaux pour de nombreuses entreprises, particulièrement les PME. Dans le même temps, une partie importante de l’épargne nationale reste en marge du circuit productif.
C’est dans ce contexte que le Gouvernement a élaboré le projet de loi relatif aux marchés financiers. Après son adoption par l’Assemblée nationale, le texte a été adopté par le Sénat le 27 juillet, lors de la séance plénière ayant clôturé sa session extraordinaire.
L’adoption du texte par les deux Chambres du Parlement ouvre ainsi la voie à l’établissement d’un cadre juridique pour le développement du marché financier congolais. Le texte attend désormais sa promulgation par le Chef de l’État.
Portée par le Gouvernement, sous l’impulsion du ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, cette réforme s’inscrit dans la vision du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, visant notamment à diversifier les mécanismes de financement de l’économie nationale.
Au-delà de la création d’une place boursière à Kinshasa, cinq changements majeurs sont attendus.
1. Une nouvelle source de financement pour les entreprises
Avec le développement du marché financier, les entreprises congolaises pourront disposer d’une alternative au financement bancaire traditionnel. Les sociétés répondant aux conditions requises pourront notamment mobiliser des capitaux à travers l’émission d’actions ou d’obligations.
Cette ouverture pourrait permettre aux PME comme aux grandes entreprises de rechercher des financements plus importants et de plus longue durée pour soutenir leurs investissements, développer leurs activités et accélérer leurs projets d’expansion.
2. Transformer l’épargne en investissement productif
La Kinshasa Stock Exchange devrait également créer de nouvelles possibilités d’investissement pour les Congolais.
L’enjeu consiste à orienter une partie de l’épargne disponible vers le financement des entreprises et des projets nationaux. Le citoyen ne serait ainsi plus uniquement épargnant : il pourrait également devenir investisseur et participer au financement de l’économie.
À terme, ce mécanisme pourrait contribuer à créer un cercle vertueux dans lequel l’épargne nationale soutient davantage la production, l’investissement et la croissance.
3. Améliorer la valorisation des richesses congolaises
Le dispositif prévoit l’organisation de deux marchés distincts : la Bourse des valeurs mobilières et la Bourse des marchandises.
Cette dernière pourrait notamment contribuer à améliorer la traçabilité des produits, renforcer la transparence des transactions et favoriser l’établissement de prix de référence pour certaines matières premières et productions agricoles.
Pour un pays disposant d’importantes ressources minières et agricoles, l’enjeu est de mieux connaître, organiser et valoriser ce qui est produit sur le territoire national.
4. Renforcer la sécurité et la confiance des investisseurs
La réforme prévoit également la mise en place d’une Autorité des marchés financiers, chargée notamment de superviser les opérations et de veiller au respect des règles.
La protection des investisseurs, la prévention des manipulations de marché et la lutte contre les délits d’initiés figurent parmi les éléments essentiels pour construire un marché crédible.
Un cadre réglementaire solide pourrait ainsi renforcer la confiance des investisseurs congolais et étrangers et favoriser une mobilisation plus importante des capitaux privés.
5. Financer la diversification économique et favoriser l’emploi
Enfin, la future place financière pourrait constituer un levier de diversification de l’économie congolaise.
Agriculture, industrie, infrastructures, services, numérique ou encore nouvelles technologies pourraient bénéficier de nouvelles possibilités de financement, réduisant progressivement la concentration des investissements dans quelques secteurs traditionnels.
Plus d’entreprises capables de mobiliser des capitaux signifie potentiellement davantage de projets, de capacités de production et, à terme, de possibilités d’emplois.
Un nouvel outil au service de l’économie congolaise
La Kinshasa Stock Exchange ne devrait donc pas se limiter à la création d’une nouvelle institution financière. Son véritable enjeu sera sa capacité à rapprocher l’épargne des besoins de financement de l’économie réelle.
Si le cadre juridique est effectivement mis en œuvre et que les mécanismes de transparence, de régulation et de protection des investisseurs fonctionnent, cette réforme pourrait ouvrir une nouvelle ère pour le financement des entreprises congolaises et la mobilisation des capitaux au service du développement national.
Joséphine Mawete


