La République démocratique du Congo a consacré une journée de réflexion à l’avenir de sa jeunesse. Organisée ce lundi 13 juillet 2026 au Chapiteau du Pullman de Kinshasa par le ministère de la Jeunesse et de l’Éveil patriotique, la matinée placée sous le thème « Les enjeux de l’heure : quel avenir pour la jeunesse congolaise ? » a réuni plusieurs composantes de la société congolaise autour de la place à accorder à la jeunesse dans la construction nationale.
Députés nationaux, sénateurs, membres du gouvernement, acteurs de la société civile, étudiants, artistes, entrepreneurs, juristes, professionnels de différents secteurs, responsables religieux, influenceurs et leaders de jeunesse ont pris part à cette rencontre destinée à recueillir les réflexions et propositions sur les défis auxquels fait face la jeunesse congolaise.
Animée par Josué Kalamba, chargé de communication du ministère de la Jeunesse et de l’Éveil patriotique, cette rencontre a été conçue comme un espace participatif. Dès leur arrivée, les participants ont été invités à formuler leurs préoccupations, propositions et observations sur des fiches prévues à cet effet, avec l’objectif de nourrir les recommandations finales.

Dans son mot d’ouverture, la ministre de la Jeunesse et de l’Éveil patriotique, Grâce Emie Kutino, a insisté sur la nécessité de changer le regard porté sur la jeunesse congolaise. Pour elle, celle-ci ne doit plus être considérée uniquement comme une catégorie vulnérable à protéger, mais comme une force capable de participer pleinement aux décisions qui engagent l’avenir du pays.

« On a l’habitude de dire que la jeunesse est l’avenir de demain. Moi, je n’y crois pas. Je dis que la jeunesse est l’avenir d’aujourd’hui. À force de toujours nous renvoyer à demain, on finit par nous disqualifier des décisions d’aujourd’hui », a-t-elle déclaré.

S’appuyant sur le poids démographique de la jeunesse, estimée à près de 66,8 % de la population congolaise, la ministre a soulevé la question de sa représentation dans la Loi fondamentale. Elle a relevé que l’article 42 de la Constitution constitue actuellement l’unique disposition consacrée spécifiquement à la jeunesse, en mettant principalement l’accent sur sa protection.

« La jeunesse ne doit plus être vue comme une catégorie vulnérable à protéger, mais comme des acteurs maintenant à mettre sur la scène », a-t-elle soutenu, appelant à une réflexion visant à renforcer son rôle dans les institutions et les politiques publiques.

Outre la question constitutionnelle, Grâce Emie Kutino a également placé le patriotisme au centre des échanges. Elle a appelé les jeunes à défendre l’image du pays, à privilégier l’unité nationale et à éviter les divisions liées aux appartenances politiques, religieuses ou sociales.
« Être un véritable patriote, ce n’est pas seulement soutenir les Léopards lors d’un match de football. Être patriote, c’est défendre son pays, le protéger et refuser de contribuer à sa destruction », a-t-elle rappelé.

Présentée par Maitre Émile, la note de cadrage a également insisté sur la nécessité de permettre aux jeunes d’analyser les grands enjeux nationaux et internationaux qui influencent leur avenir, d’identifier les défis prioritaires et de formuler des propositions susceptibles d’enrichir les politiques publiques relatives à la jeunesse.
Les échanges ont notamment porté sur la nécessité de faire de la jeunesse un véritable sujet constitutionnel, capable de participer à la définition des orientations nationales.
Le point d’orgue de cette matinée aura été les contributions formulées par les jeunes participants. Pendant les travaux, près d’une centaine de jeunes issus de différents secteurs ont partagé leurs préoccupations et formulé des propositions autour des questions qui touchent directement leur avenir.

Les interventions ont porté notamment sur la réforme constitutionnelle, l’amélioration de la participation des jeunes aux instances de décision, l’entrepreneuriat, l’accès au microfinancement, l’emploi, l’éducation, l’adaptation du système éducatif aux réalités actuelles, ainsi que la formation aux métiers du numérique.

Les participants ont également soulevé la nécessité de mieux intégrer les artistes et les sportifs dans les grandes réflexions nationales, de renforcer l’éveil patriotique, de lutter contre l’impunité, d’envisager l’inscription obligatoire à l’armée pour certains jeunes, mais aussi de prendre davantage en compte la situation des enfants pris en charge par les militaires.

Ces différentes contributions ont constitué la base des recommandations issues de la rencontre, avec l’ambition de faire de la jeunesse un partenaire incontournable dans la construction du pays.
Prenant part aux discussions, la députée nationale Daida Moleka a mis en avant quatre principaux enjeux liés à la place de la jeunesse notamment sa participation aux décisions nationales, la cohésion nationale et le patriotisme, les défis économiques et sociaux ainsi que la gouvernance intergénérationnelle.

Elle a plaidé pour l’institutionnalisation de la participation des jeunes à travers notamment la création d’un Conseil national consultatif de la jeunesse, l’organisation régulière de consultations nationales et la mise en place de mécanismes permanents de dialogue entre les institutions et les organisations de jeunes.
« La jeunesse ne doit plus être perçue uniquement comme bénéficiaire des politiques publiques, mais comme partenaire de leur élaboration et de leur mise en œuvre », a-t-elle déclaré.

De son côté, le président du Conseil national de la jeunesse, Claude Mbuyi, a salué l’organisation de cette rencontre, estimant qu’elle constitue une opportunité pour permettre à la jeunesse de faire entendre sa voix dans les débats nationaux.

Il a rappelé que la Constitution, en tant que socle de la nation, doit refléter les aspirations profondes du peuple, appelant à une meilleure prise en compte de la jeunesse dans les mécanismes de décision.
« La jeunesse congolaise ne peut plus être un simple sujet. Elle aspire à devenir un véritable acteur de transformation politique, économique et sociale de notre pays », a-t-il affirmé.

Au terme des échanges, les contributions recueillies ont été synthétisées par Maître Léon Otshudi Okondjo, représentant le secrétariat technique des travaux. Cette synthèse a abouti à une proposition de modification de l’article 42 de la Constitution afin de renforcer les garanties constitutionnelles en faveur de la jeunesse.

La proposition formulée prévoit notamment une meilleure protection de la jeunesse, son accès à la formation académique, scientifique et professionnelle adaptée aux nouvelles technologies, la promotion de l’employabilité, de l’entrepreneuriat, ainsi qu’une participation accrue aux instances de décision publiques avec un quota proposé de 30 %.

Elle prévoit également la création d’un fonds national dédié au financement des politiques publiques en faveur de la jeunesse et une attention particulière aux jeunes vulnérables.

À l’issue de cette étape, Maître Léon Otshudi a remis officiellement le document de synthèse en mains propres à la ministre de la Jeunesse et de l’Éveil patriotique, Grâce Emie Kutino, marquant ainsi la transmission institutionnelle des propositions formulées par les jeunes au cours de cette matinée de réflexion.

En clôturant les travaux, la ministre Grâce Emie Kutino a refusé l’idée d’une jeunesse sacrifiée et a appelé cette génération à prendre ses responsabilités dans l’écriture de l’histoire nationale.
« Je refuse qu’on puisse dire que nous sommes une jeunesse sacrifiée. Ici, nous avons des futurs hommes d’État, des futurs ministres, des futurs Premiers ministres et même des futurs présidents de la République », a-t-elle déclaré.

La ministre a annoncé que l’ensemble des recommandations issues de cette matinée sera officiellement transmis au président de la République le 12 août prochain, à l’occasion de la Journée internationale de la jeunesse.

Cette rencontre aura ainsi marqué une étape importante dans le débat sur la place de la jeunesse congolaise dans la gouvernance nationale, avec l’ambition de faire passer la jeunesse d’un statut de bénéficiaire des politiques publiques à celui d’acteur majeur de la transformation du pays.
Lydia Mangala


