À Kinshasa, une expression revient souvent dans les conversations : « Article 15, débrouillez-vous ». Plus qu’une simple formule populaire, elle est devenue un véritable mode de vie pour de nombreux citoyens en République démocratique du Congo.
Face aux difficultés économiques, au chômage et aux insuffisances du système formel, la débrouillardise s’est imposée comme une stratégie de survie. Mais aujourd’hui, elle soulève une interrogation majeure : constitue-t-elle une force d’adaptation ou un frein au développement ?
« Si tu ne te débrouilles pas, tu ne manges pas »

Dans les rues de Kinshasa, chacun développe ses propres stratégies pour faire face aux réalités quotidiennes.
« Ici, si tu ne te débrouilles pas, tu ne manges pas. Il faut toujours chercher une solution », a déclaré Linda Makana, vendeuse d’articles pour femmes en ligne.
« J’ai un diplôme, mais pas d’emploi. Alors je fais un peu de tout pour vivre, parce qu’on ne peut pas attendre l’État. Chacun doit se battre pour survivre », a-t-elle ajouté au micro de Zolanews.
Petits commerces, activités informelles, services improvisés… l’économie parallèle permet ainsi à une grande partie de la population de subvenir à ses besoins.
Une créativité remarquable
L’« Article 15 » révèle également une grande capacité d’adaptation.
« Les Congolais sont très intelligents. Même sans moyens, ils trouvent toujours des idées pour gagner de l’argent », a expliqué une vendeuse de beignets.
« On crée nos propres opportunités, même quand il n’y en a pas », a-t-elle conclu.
Dans un environnement marqué par de nombreuses contraintes, cette créativité est souvent perçue comme une véritable force.
Mais à quel prix ?

Derrière cette capacité à se débrouiller se cachent aussi plusieurs difficultés : informalité, instabilité des revenus et absence de protection sociale.
« Tu travailles aujourd’hui, tu gagnes un peu… mais demain, tu ne sais pas. Il n’y a aucune sécurité et parfois, pour survivre, certains dépassent les limites », a témoigné un passager.
« On s’habitue à vivre sans règles, et cela devient normal », a-t-il poursuivi.

Cette réalité pose la question de la structuration de l’économie et du respect des normes. Pour certains observateurs, l’« Article 15 » dépasse désormais la simple débrouillardise pour devenir un véritable système parallèle.
« Ce n’est plus seulement une question de survie. C’est devenu un mode de fonctionnement, car même ceux qui ont un emploi formel cherchent encore à se débrouiller à côté », a fait savoir Grâce Kawani.
Cette logique pourrait toutefois ralentir la formalisation de l’économie et compliquer la mise en œuvre des politiques publiques.
Une fierté, mais aussi un défi

Si certains revendiquent cette débrouillardise comme une marque d’identité et de résilience, d’autres s’interrogent sur ses limites. Faut-il valoriser cette capacité d’adaptation ou chercher à la remplacer par un système économique plus structuré ?
Alors que l’« Article 15 » continue de rythmer le quotidien à Kinshasa et dans plusieurs villes de la République démocratique du Congo, une question demeure :
La débrouillardise est-elle une solution durable ou le signe d’un système qu’il faut repenser ?
Ben Mandjolo


