La digitalisation du cadastre minier, l’assainissement des titres, l’amélioration de la connaissance géologique et le renforcement du contrôle des minerais ont dominé les échanges de la cinquième édition du Café de presse du Cadastre minier (CAMI), organisée le jeudi 29 octobre 2026 à l’Auditorium de l’Hôtel du Fleuve Congo, à Kinshasa.
Placée sous le thème « Où en sommes-nous ? », cette rencontre a réuni les responsables des institutions publiques et des acteurs du secteur pour faire le point sur les avancées, les défis et les perspectives de valorisation des ressources de la République démocratique du Congo.
La digitalisation pour assainir le cadastre minier
Le directeur général du CAMI, Popol Mabolia Yenga, a présenté la digitalisation comme un levier essentiel pour simplifier les procédures, améliorer la traçabilité des dossiers et faciliter l’accès aux services cadastraux.
« Nous sommes la porte d’entrée du secteur minier. Pour être la porte, il faut avoir la clé et cette clé, c’est la digitalisation », a-t-il déclaré.

Le CAMI entend également poursuivre l’assainissement du fichier cadastral, à travers la vérification des titres, le suivi des obligations légales et la sécurisation des documents miniers.
À la clôture des travaux, le directeur de cabinet du ministre des Mines, le professeur docteur Michel Kaswa, a insisté sur la protection des titres valides et la responsabilisation des services publics.

« Un titre minier valide doit être protégé et un service public qui faillit doit répondre de ses actes », a-t-il affirmé.
Il a également souligné le lien entre la conformité cadastrale et les recettes publiques.
« La conformité cadastrale n’est pas une formalité administrative. C’est la première ligne de la mobilisation des recettes » a-t-il martelé.
La connaissance géologique pour attirer les investissements
Le directeur général adjoint du du Service géologique national du Congo (SGN-C), Adélard Joël Ngoy Tuvuvu, a indiqué que la couverture géoscientifique de la RDC s’établissait à 22,27 %. Il a plaidé pour l’accélération des levés géophysiques aéroportés afin de mieux connaître le sous-sol congolais.
Pour la période 2026-2029, le programme présenté vise une couverture d’environ 906 000 km², soit 38,6 % du territoire national. L’objectif à plus long terme est d’étendre ces travaux à l’ensemble du pays à l’horizon 2035. Le financement des opérations sur les superficies restantes est estimé à 272 millions de dollars.

« Investir dans les domaines de recherche, c’est prendre trop de risques. Quand l’État congolais aura vraiment des données, les gens seront confiants pour investir », a expliqué Adélard Joël Ngoy.

De son côté, KoBold Metals a annoncé près de 50 millions de dollars déjà investis en RDC et un investissement supplémentaire du même montant prévu au premier trimestre 2027. L’entreprise américaine utilise notamment l’intelligence artificielle pour orienter ses recherches, en complément des vérifications effectuées par les géologues.
« Ce qui est important, aujourd’hui, c’est l’amélioration de la connaissance géologique de notre pays », a déclaré Benjamin Katabuka, directeur général de KoBold en RDC.

L’entreprise a également fait état de la numérisation de plus de 300 000 pages d’archives géologiques, en partenariat avec l’Université de Lubumbashi, et plaidé pour un accès élargi aux données publiques afin de favoriser de nouveaux investissements.
Le CEEC renforce le contrôle et la valorisation des minerais
Le directeur général du Centre d’expertise, d’évaluation et de certification des substances minérales précieuses et semi-précieuses (CEEC), Freddy Mwamba, a mis en avant le rôle des laboratoires dans l’identification des sous-produits miniers, notamment le germanium, l’indium, l’or et l’argent, dont la valorisation peut contribuer à accroître les recettes publiques.
« On a découvert qu’il y a des sous-produits qui étaient exportés et qui ne payaient rien du tout. Et le Congo ne gagnait rien du tout », a expliqué Freddy Mwamba.

Le CEEC entend également améliorer la traçabilité des minerais grâce à sa plateforme numérique e-Trace. Selon son directeur général, les délais de certaines procédures d’exportation, auparavant compris entre huit et seize jours, ont été ramenés à 48 heures.
Le centre de négoce de Musompo, dans le Lualaba, doit par ailleurs contribuer à un meilleur encadrement de la production artisanale grâce à la pesée, à l’échantillonnage et à l’analyse des minerais.
SOKIMO veut renouer avec la production aurifère

La Société minière de Kilo-Moto (SOKIMO) a également présenté son plan de relance 2026-2030. Selon son directeur financier, Michel Tshimbayi, les priorités portent sur l’assainissement des dettes, le renforcement des études géologiques, la renégociation de certains contrats et l’obtention de permis d’exploitation.
« Nous pensons qu’il est temps pour le CAMI de pouvoir accompagner SOKIMO pour l’obtention de ces permis, capitaux pour nous permettre de commencer une production », a-t-il déclaré.

L’entreprise poursuit notamment des projets aurifères en Ituri et dans le Haut-Uélé, avec des partenaires privés. Leur concrétisation dépendra de l’avancement des études, des autorisations requises et de la mise en service des installations prévues.
Une gouvernance coordonnée pour des retombées durables
Les interventions ont souligné la nécessité d’une meilleure coordination entre le CAMI, le SGN-C, le CEEC, les entreprises publiques et les investisseurs. L’objectif est de sécuriser les titres, d’intensifier l’exploration et de mieux contrôler la valeur des minerais exportés.
Représentant le ministère des Mines, Michel Kaswa Kayomo a rappelé le poids du secteur minier dans l’économie congolaise, qui représente, selon les chiffres présentés, environ 35 % du PIB, plus de 90 % des exportations et 51 % des recettes publiques.

« Le laboratoire est le symbole de la souveraineté de l’État », a-t-il affirmé, insistant sur l’importance de disposer d’outils nationaux capables de contrôler la qualité et la valeur des ressources.

Cette cinquième édition du Café de presse a ainsi permis de mettre en lumière les réformes engagées et les défis qui restent à relever. La modernisation des services, la fiabilité des données géologiques et cadastrales ainsi que la meilleure valorisation des minerais constituent autant de leviers pour transformer le potentiel minier de la RDC en investissements, en recettes publiques et en emplois.
Lydia Mangala


