Vêtues de blanc, symbole de paix, plusieurs femmes se sont retrouvées samedi 15 août à l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa pour clôturer la Quinzaine de la Journée internationale de la Femme africaine (JIFA 2026). Lancée le 28 juillet par le ministère du Genre, Famille et Enfant, cette édition placée sous le thème national « Droits garantis : autonomisation durable pour toutes les femmes et les filles en RDC » s’est achevée avec des recommandations formulées quu doivent désormais se traduire en décisions, en programmes et en résultats mesurables.
La cérémonie a notamment été marquée par la « Prière des femmes », initiée le 8 août par la ministre du Genre, Micheline Ombae Kalama. Dans un contexte national marqué par la persistance des violences dans l’Est du pays, cette mobilisation spirituelle a placé la question de la paix au centre de la clôture. Les participantes ont prié pour le retour de la paix et rendu hommage aux femmes affectées par les violences.
Mais derrière cette dimension spirituelle, le message porté durant la quinzaine est également politique et social : pour les organisateurs, la paix durable ne peut être dissociée de la capacité des femmes à participer pleinement à la vie économique, sociale et politique du pays.
Au terme des différentes activités, plusieurs recommandations ont été formulées. La première concerne le renforcement du leadership féminin et la participation effective des femmes dans les instances de décision.

Pour Micheline Ombae, l’autonomisation ne peut être réduite à l’accès à certaines opportunités économiques. Elle suppose également que les femmes puissent participer aux espaces où se prennent les décisions qui affectent leur avenir et celui de la société.
Les participants ont également recommandé d’améliorer l’accès des femmes et des filles au financement et aux ressources productives, tout en développant leurs compétences numériques et entrepreneuriales. Dans une économie de plus en plus structurée autour du numérique et de l’entrepreneuriat, la maîtrise de ces outils apparaît comme un élément déterminant pour renforcer l’indépendance économique des femmes.

Cette orientation pose ainsi la question de l’accès réel aux opportunités. Former les femmes constitue une étape, mais encore faut-il leur permettre d’accéder aux financements, aux marchés, aux infrastructures et aux réseaux nécessaires pour transformer leurs compétences en activités génératrices de revenus et en entreprises viables.
La quinzaine a également remis au premier plan la question des violences basées sur le genre (VBG). Les participants ont appelé au renforcement des mécanismes de prévention et de prise en charge des victimes.
Cette recommandation rappelle que l’autonomisation ne peut être durable lorsque les femmes et les filles demeurent exposées aux violences, aux discriminations et aux obstacles qui limitent leur capacité à exercer pleinement leurs droits.
La question est particulièrement sensible en RDC, où les violences liées aux conflits dans certaines zones du pays ont profondément affecté les femmes et les filles. La ministre a ainsi rendu hommage aux femmes victimes des violences dans l’Est et appelé à une mobilisation patriotique en faveur de la cohésion nationale et du retour de la paix.
La protection des femmes apparaît donc comme un volet indissociable de leur autonomisation. Il ne suffit pas de leur ouvrir des portes économiques ou politiques si les mécanismes permettant de garantir leur sécurité et leurs droits restent insuffisants.
Il a été recommandé la formalisation et le développement des mécanismes de mentorat et d’accompagnement intergénérationnel.
L’objectif est de créer davantage de passerelles entre les femmes ayant déjà acquis une expérience dans différents domaines et les jeunes filles qui cherchent encore leur voie. La transmission des connaissances, des expériences et des réseaux peut ainsi contribuer à réduire certaines barrières auxquelles sont confrontées les nouvelles générations.
Dans cette logique, les participants ont également recommandé de renforcer la formation des jeunes filles et de promouvoir davantage de modèles féminins capables de les inspirer.
Cette dimension a trouvé une traduction symbolique avec la construction et le dévoilement du « Mur des souvenirs », consacré aux femmes dont les parcours, l’engagement et les réalisations ont contribué à l’histoire de la RDC et à l’avancement de la cause féminine.
Pour Micheline Ombae, cette initiative vise notamment à empêcher que la contribution de ces femmes ne disparaisse de la mémoire collective. Le mur se veut ainsi un lien entre les générations afin de rappeler les combats du passé pour mieux éclairer les responsabilités du présent et préparer celles qui devront être assumées demain.
C’est probablement l’un des messages les plus importants de cette clôture. La ministre du Genre a insisté sur la nécessité de transformer les recommandations issues des panels en politiques publiques, programmes et actions concrètes et mesurables.
Cette exigence marque la limite entre une célébration ponctuelle et une véritable politique d’autonomisation. Les panels, conférences et échanges peuvent permettre d’identifier les problèmes et de formuler des solutions, mais leur impact dépendra de la capacité des institutions à assurer leur mise en œuvre.
La prochaine étape sera donc de déterminer comment ces recommandations seront intégrées dans les politiques publiques, quels mécanismes permettront de les financer et comment leur application pourra être évaluée.
L’enjeu est d’autant plus important que les discussions ont réuni des responsables publics, des parlementaires, des jeunes, des représentants de la société civile, du secteur privé ainsi que des partenaires techniques et financiers. Cette diversité d’acteurs offre une base pour passer d’une réflexion sectorielle à une mobilisation plus large autour des droits et de l’autonomisation des femmes.
La clôture de la JIFA 2026 a également donné une dimension particulière à la question de la paix. La présence de femmes vêtues de blanc à l’Académie des Beaux-Arts et la prière organisée à cette occasion ont traduit une volonté de faire de la mobilisation féminine un appel collectif en faveur de la fin des violences.
Représentant la Première ministre Judith Suminwa, la ministre d’État Ève Bazaiba a réaffirmé l’engagement du Gouvernement en faveur de l’autonomisation économique des femmes, de la lutte contre les violences basées sur le genre et du renforcement de leur participation aux instances de décision.
La cérémonie a également été l’occasion de soutenir la campagne Genocost, portée par la Première dame Denise Nyakeru Tshisekedi, en faveur de la reconnaissance internationale du génocide congolais et en mémoire des victimes des violences.
Ainsi, la JIFA 2026 aura placé sur une même ligne de réflexion trois enjeux intimement liés notamment les droits, l’autonomisation et la paix. Pour les organisateurs, une femme qui dispose de ses droits, de ressources économiques, d’une voix dans les espaces de décision et d’un environnement sécurisé est davantage en mesure de participer au développement de sa communauté et à la consolidation de la paix.
Au moment de refermer cette quinzaine, le ministère du Genre, Famille et Enfant dispose donc d’une série de recommandations qui constituent une véritable feuille de route pour renforcer le leadership féminin, faciliter l’accès au financement, développer les compétences numériques et entrepreneuriales, combattre les violences basées sur le genre, renforcer le mentorat intergénérationnel et promouvoir des modèles féminins capables d’inspirer la jeunesse.
Le défi est désormais de faire vivre ces engagements au-delà de la cérémonie de clôture. Car l’autonomisation durable des femmes ne se mesure pas seulement au nombre de femmes réunies dans une salle ou à la pertinence des recommandations formulées lors d’un panel. Elle se mesure à leur présence effective dans les lieux de décision, à leur capacité à accéder aux ressources, à leur sécurité, à leur indépendance économique et à leur pouvoir de participer pleinement aux choix qui déterminent l’avenir du pays.
La JIFA 2026 s’achève donc avec une prière pour la paix, mais aussi avec une exigence que les droits garantis aux femmes deviennent des droits effectivement exercés, et que les recommandations formulées à Kinshasa se transforment en politiques capables de changer durablement leur quotidien.
Lydia Mangala


