À l’occasion de la deuxième édition du Forum sur l’Employabilité des Jeunes, tenue le samedi 3 octobre 2026 au Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa, Tracy Ntumba Busanga, spécialiste de l’employabilité, des partenariats et du développement de réseaux, a appelé les jeunes à dépasser la seule accumulation des diplômes et certifications pour construire un profil réellement opérationnel.
Au cours du premier panel consacré à la construction de parcours professionnels réalistes et ambitieux, elle a défendu une approche centrée sur les besoins concrets des entreprises. Pour elle, le diplôme constitue une première étape, mais ce sont les compétences et la capacité à apporter des solutions qui permettent de se distinguer dans un processus de recrutement.
Tracy Ntumba a d’abord établi une distinction entre le diplôme et l’employabilité.

« Le diplôme, en fait, c’est une présomption de connaissance. En vérité, c’est votre porte d’entrée. Mais ce qui vous maintient dans cette place-là, ce sont vos compétences », a-t-elle expliqué.
Dans un contexte où plusieurs candidats peuvent présenter des qualifications similaires, elle estime que la différence se joue davantage sur la capacité à répondre aux besoins de l’entreprise. Le candidat doit ainsi être capable de démontrer ce qu’il sait faire et surtout la valeur qu’il peut apporter.
« L’entreprise recherche une capacité à résoudre un problème », a-t-elle insisté.

Elle a invité les jeunes à identifier les besoins de l’organisation avant même d’adapter leur CV ou leur candidature.
Cette logique concerne également les certifications. Tracy Ntumba a mis en garde contre la tendance à accumuler les attestations sans développer la pratique qui leur donne leur valeur.
« Ce n’est pas parce que vous avez 20 certificats que vous êtes embauchable. Ce n’est pas parce que vous avez 50 certificats que vous êtes le meilleur candidat », a-t-elle affirmé.

Face aux jeunes disposant de moyens financiers limités pour se former, la spécialiste a présenté plusieurs compétences pouvant être développées avec peu ou pas de ressources financières. Elle a notamment cité la maîtrise des outils numériques professionnels, la communication professionnelle, la rédaction de rapports et de procès-verbaux, la prise de parole en public, la gestion de projets et l’anglais professionnel.
Elle a particulièrement insisté sur l’importance de la pratique. Une certification en Excel, par exemple, ne suffit pas si le candidat n’est pas capable de démontrer concrètement son niveau lors d’un recrutement.
« Il ne suffit pas de donner une certification pour un entretien pour dire que vous êtes bon en Excel. Entre le jour où vous avez pris votre formation en Excel et le jour où vous avez pratiqué, vous pouvez perdre certaines compétences », a-t-elle relevé.

Pour elle, les jeunes doivent donc multiplier les occasions de mettre leurs connaissances en pratique et de constituer progressivement des preuves professionnelles à travers des projets réalisés, des responsabilités assumées, des expériences associatives, du volontariat ou encore des activités entrepreneuriales.
« Collectionnez des preuves professionnelles qui vont vous permettre de vous vendre lorsque vous présentez votre CV ou lorsque vous êtes en entretien », a-t-elle conseillé.
Tracy Ntumba a également mis en avant le réseau. Loin de le réduire à un cercle d’amis ou à des relations privilégiées, elle l’a présenté comme l’environnement professionnel dans lequel une personne devient identifiable pour ses compétences et son expertise.

« Le réseau, c’est ton environnement, le secteur qui t’identifie », a-t-elle expliqué.
Elle a encouragé les jeunes à intégrer des associations, des espaces de volontariat et des communautés professionnelles.
Elle a cité son expérience au sein du Collectif Jeunes Ambassadeurs d’Afrique comme exemple d’un environnement ayant contribué à son apprentissage et à l’élargissement de ses connexions professionnelles.
Selon elle, le réseau ne remplace toutefois pas la compétence. Une recommandation peut faciliter une mise en relation, mais la capacité à résoudre le problème de l’employeur demeure déterminante.
Tracy Ntumba a également encouragé les jeunes à ne pas considérer leur diplôme comme une frontière définitive. Elle a évoqué des parcours de professionnels ayant évolué vers des secteurs différents de leur formation initiale, grâce à des expériences, des formations complémentaires ou une spécialisation progressive.
Elle a notamment cité l’exemple d’un médecin devenu responsable de communication au sein du collectif, ainsi que des professionnels de la santé évoluant vers la santé publique ou les questions de violences basées sur le genre.
Pour elle, cette mobilité suppose de développer des compétences complémentaires et de rechercher les conseils de professionnels expérimentés.
« D’où l’importance de poser la question aux aînés. Vous avez votre CV, vous voulez postuler, faites-vous voir votre CV et demandez conseil », a-t-elle recommandé.
Tracy Ntumba a ainsi défendu une conception de l’employabilité fondée sur la combinaison du diplôme, des compétences pratiques, de la capacité à résoudre des problèmes, de la visibilité professionnelle et du réseau, autant d’éléments appelés à transformer un parcours académique en véritable profil professionnel.
Lydia Mangala


