L’affaire opposant l’artiste congolais Fally Ipupa à la chroniqueuse Virginie Manganga continue d’alimenter le débat autour de la liberté de la presse, de la protection de la vie privée et de la responsabilité dans la diffusion de contenus sur les réseaux sociaux. Lors d’une conférence de presse tenue mercredi 30 septembre à Kinshasa, Me Dorothée Madiya, avocate de Fally Ipupa, est revenue sur la procédure judiciaire engagée et sur les droits que son client entend faire valoir.
Au cœur du dossier se trouve la diffusion de contenus portant sur la vie privée de l’artiste, notamment un audio attribué à Collette Tuzaa, relayé sur les réseaux sociaux et dans différents espaces médiatiques. Les faits reprochés ainsi que les éventuelles responsabilités restent soumis à l’examen de la justice.
Alors que la procédure visant Virginie Manganga suscite de nombreuses réactions, Me Dorothée Madiya a tenu à clarifier le rôle de la partie plaignante et celui des autorités judiciaires.
« L’arrestation relève du parquet », a-t-elle rappelé.
Elle a souligné que les avocats ne disposent pas du pouvoir de décider eux-mêmes de l’arrestation d’une personne. Les éventuelles mesures coercitives relèvent des autorités judiciaires compétentes, notamment du parquet et de la police.
L’avocate a également insisté sur la portée d’une plainte. Selon elle, le fait de saisir la justice ne signifie pas qu’une personne est reconnue coupable. Il revient au parquet d’examiner les faits, de rechercher les éléments nécessaires, d’établir les responsabilités éventuelles et de déterminer les suites judiciaires conformément à la loi.
Dans son intervention, la défense a placé la protection de la vie privée, de la dignité et de la réputation au centre de son argumentaire.
« Ce n’est pas parce que Fally est Fally, parce qu’il est un artiste et une personnalité publique, qu’il n’a plus de droits et qu’on peut tout faire sur lui, tout dire sur lui ou raconter n’importe quoi à son sujet », a soutenu Me Dorothée Madiya.
Pour l’avocate, la notoriété ne constitue donc pas une renonciation aux droits attachés à toute personne. Elle estime également que le préjudice pouvant découler d’une atteinte à la réputation ne doit pas être envisagé uniquement sous l’angle financier. La démarche engagée vise également, selon la défense, à faire reconnaître et protéger les droits de l’artiste.
L’intervention de Me Dorothée Madiya a également porté sur la responsabilité des professionnels des médias lorsqu’ils diffusent ou relaient des informations mettant en cause une personne.
« La liberté de la presse et la liberté d’expression sont des principes fondamentaux, mais elles ne constituent pas une immunité permettant de diffuser n’importe quelle accusation ou de porter atteinte aux droits d’une personne », a-t-elle déclaré.
L’avocate a notamment fait référence à l’article 5 du Code de déontologie et d’éthique du journaliste congolais, appelant les professionnels des médias à respecter les règles qui encadrent l’exercice de leur métier.
Elle a ainsi estimé que le traitement d’informations sensibles, particulièrement lorsqu’elles touchent à la vie privée ou à la réputation d’une personne, doit s’accompagner de précautions professionnelles et d’une vérification des éléments diffusés.
Pour rappel, Virginie Manganga a été placée sous mandat d’arrêt provisoire après sa présentation devant le Tribunal de paix de Kinshasa/Gombe. Elle est poursuivie dans le cadre des faits liés à la diffusion de contenus concernant Fally Ipupa.
L’ouverture du procès constitue une nouvelle étape dans cette procédure. La justice devra examiner les éléments versés au dossier et déterminer les responsabilités éventuelles au terme des différentes étapes judiciaires.
Cette affaire intervient par ailleurs dans un contexte plus large de réactions autour des contenus attribués à Collette Tuzaa et diffusés sur les réseaux sociaux. Les allégations contenues dans ces publications n’ont pas, à ce stade, été établies comme authentiques de manière indépendante.
La procédure suscite également des réactions du côté des organisations de défense de la presse. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) a exprimé des préoccupations concernant les poursuites visant Virginie Manganga, mettant en avant les enjeux liés à la liberté de la presse et à la criminalisation de la diffamation.
De son côté, la défense de Fally Ipupa insiste sur la nécessité de ne pas opposer systématiquement liberté de la presse et protection des droits individuels.
Outre le différend entre l’artiste et la chroniqueuse, l’affaire pose ainsi plusieurs questions qui dépassent ses protagonistes : jusqu’où s’étend la liberté d’informer lorsqu’une information touche à la vie privée ? Quelles obligations s’imposent aux journalistes lorsqu’ils relaient des accusations ? Et comment concilier liberté d’expression, protection de la réputation et respect de la dignité ?
La procédure judiciaire en cours devra désormais apporter des éléments de réponse sur les faits précis reprochés et les responsabilités éventuelles de chaque partie.
Lydia Mangala


