La Société minière de Kilo-Moto (SOKIMO S.A.) veut renouer avec la production aurifère grâce à un plan de relance quinquennal couvrant la période 2026-2030. Entre assainissement du passif, renforcement des connaissances géologiques, renégociation des contrats et obtention de permis d’exploitation, l’entreprise publique mise sur ses propres capacités et ses partenariats pour retrouver une place plus importante dans le secteur minier congolais.
Présentant la vision de la direction générale, Michel Tshimbayi, directeur financier de SOKIMO, a exposé les grandes orientations du nouveau comité de gestion, nommé en mars 2026, lors de la 5ᵉ édition du Café de presse du Cadastre minier (CAMI), consacrée au thème « Où en sommes-nous ? ».
Un passif lourd à assainir pour relancer la production
La première priorité de la direction générale consiste à assainir la situation financière de l’entreprise, confrontée à un important passif constitué principalement de dettes fiscales et de charges sociales. Selon Michel Tshimbayi, cet héritage pèse sur les capacités de développement de la société et nécessite des mesures spécifiques pour rétablir sa trésorerie.
« L’actuel comité hérite d’un passif lourd en termes de dette fiscale, également de charges personnelles », a-t-il expliqué.
Pour y remédier, SOKIMO envisage de solliciter des mécanismes d’allègement de sa dette fiscale, conformément au dispositif évoqué lors de la transformation des entreprises publiques en sociétés commerciales.
Des négociations avec les partenaires sociaux sont également envisagées afin d’obtenir une réduction des charges liées au personnel.
En parallèle, la direction prévoit de revoir certains contrats, notamment à travers des mécanismes de partage de production, dans le but d’améliorer les ressources financières de l’entreprise.
Des permis d’exploitation et des études géologiques comme priorités
Outre l’assainissement financier, SOKIMO entend renforcer ses connaissances géologiques pour mieux évaluer ses actifs miniers, documenter ses gisements et sécuriser leur potentiel économique.
L’entreprise souhaite également mettre en place un cadre permanent de concertation avec le Cadastre minier (CAMI) pour résoudre les différends liés à certains droits miniers, notamment les droits superficiaires impayés.
L’obtention de permis d’exploitation constitue, à court terme, une autre étape déterminante pour permettre à la société de démarrer ou d’accroître sa propre production.
« Nous pensons qu’il est temps pour le CAMI de pouvoir accompagner SOKIMO pour l’obtention de ces permis, capitaux pour nous permettre de commencer une production », a déclaré Michel Tshimbayi, soulignant l’importance de cet accompagnement.
Le responsable a également insisté sur le déficit de données géologiques qui limite les possibilités d’exploitation de plusieurs actifs de l’entreprise.
« Dès lors que vous n’avez pas les études, vous avez un mal pour pouvoir produire », a-t-il fait valoir.
Il estime que l’acquisition de connaissances géologiques est indispensable pour permettre à SOKIMO de mieux affronter la concurrence et de développer sa production sur fonds propres.
Des projets aurifères en Ituri et au Haut-Uélé
Malgré les difficultés liées aux conflits dans l’est de la République démocratique du Congo, SOKIMO poursuit ses projets avec des partenaires privés dans les provinces de l’Ituri et du Haut-Uélé.
Dans le Haut-Uélé, l’entreprise travaille notamment avec son partenaire Barrick dans le cadre du projet Kibali. En Ituri, elle développe un partenariat avec Horizon dans le cadre du projet Shamineral, lancé en juin 2026. Selon les prévisions présentées, l’installation et les essais des équipements sont envisagés autour de septembre 2027, avec une production potentielle pouvant atteindre une tonne d’or par mois.
Un autre projet, lié au traitement de l’or et impliquant notamment des partenaires autour de Shamineral, prévoit l’acquisition d’une usine dont la mise en service et les essais techniques sont annoncés pour le premier trimestre 2027. Son calendrier a toutefois été affecté par les difficultés d’acheminement des équipements, notamment en raison de la fermeture des frontières du côté ougandais.
SOKIMO compte également sur l’obtention des permis d’exploitation nécessaires pour concrétiser ses objectifs de production. Les estimations avancées par son représentant font état d’un potentiel de 80 à 90 kilogrammes d’or pour certains projets, sous réserve de la mise en œuvre des conditions techniques et administratives requises.
À l’horizon 2030, redevenir un opérateur minier performant
Le plan de relance repose sur une ambition à long terme de faire de SOKIMO un opérateur minier capable de développer sa propre production, de valoriser durablement ses actifs et de contribuer davantage à l’économie nationale.
Pour Michel Tshimbayi, cette transformation exige une meilleure connaissance du sous-sol congolais, une gouvernance renforcée et une volonté politique d’accompagner la société.
« La géologie est un facteur important pour alimenter la production », a-t-il rappelé
Il a souligné que plusieurs carrés miniers de l’entreprise n’ont pas encore fait l’objet d’études suffisamment approfondies.
Avec ce programme quinquennal, SOKIMO envisage ainsi de dépasser les contraintes financières et techniques qui ont freiné son développement, tout en consolidant ses partenariats.
La concrétisation de cette ambition dépendra notamment de l’avancement des études géologiques, de la résolution des litiges miniers, de l’obtention des permis et de la mise en service des installations prévues.
Lydia Mangala


