La deuxième journée de la deuxième édition de la Semaine de l’Étudiant a ouvert un espace de partage d’expériences avec la rubrique « Zua Mayele » ce mardi 11 août au Silikin Village de Kinshasa. Face aux étudiants, Maguy Mbuku, journaliste, entrepreneure, initiatrice de « Cinquante femmes qui inspirent » et directrice générale de Pour’elles Infos, a livré un témoignage nourri de son propre parcours autour du thème : « Ce que l’université ne vous enseignera jamais, mais qui fera la différence dans votre carrière ».
Loin d’un discours théorique, la journaliste a choisi de raconter ses débuts, alors qu’elle était encore étudiante à l’IFASIC et issue d’une famille aux moyens modestes. Pour elle, cette réalité n’a jamais constitué une raison de renoncer. Au contraire, elle l’a poussée à chercher très tôt des occasions d’apprendre et de se confronter au monde professionnel.

« Arrêtez d’être des étudiants à vie », a-t-elle déclaré.
C’est l’un des messages forts adressés à l’auditoire. Pour Maguy Mbuku, passer plusieurs années à l’université sans développer la moindre compétence pratique constitue un handicap au moment d’entrer sur le marché du travail.
Elle raconte avoir décroché son premier emploi seulement deux mois après son entrée à l’université. Sans véritable dossier ni expérience professionnelle, elle s’est présentée à un recrutement dans une chaîne de télévision. Une rencontre avec une inconnue lui permettra de constituer son premier CV et de franchir une première étape. Elle sera finalement retenue.
Cette première expérience lui apprend qu’il faut oser se présenter, même lorsqu’on ne possède pas encore toutes les qualifications. Sur le terrain, elle apprend progressivement le métier, s’appuyant notamment sur les bases acquises à l’université.
« Quand j’étais au travail, je n’étais pas une étudiante sur le terrain, j’étais une journaliste professionnelle », explique-t-elle, insistant sur l’importance de prendre son expérience au sérieux dès les premières opportunités.
Pour Maguy Mbuku, attendre l’obtention du diplôme avant de chercher à acquérir de l’expérience est une erreur que les étudiants peuvent éviter. Elle les encourage ainsi à multiplier les stages, le bénévolat et les expériences pratiques, même lorsque celles-ci ne sont pas immédiatement rémunérées.

« Il y a plein d’ONG à Kinshasa qui cherchent des bénévoles. Toi, tu ne cherches que le travail pour te payer, mais tu n’as aucune expérience. Comment veux-tu qu’on te paie ? », lance-t-elle.
Elle invite notamment les étudiants à profiter de leurs temps libres pour intégrer des organisations, solliciter des stages ou développer des compétences dans leur domaine. Selon elle, ces expériences peuvent progressivement enrichir un CV et surtout permettre au jeune de comprendre les exigences réelles du métier qu’il souhaite exercer.
Son propre parcours en témoigne. De ses premières expériences dans les médias jusqu’à son passage dans différentes rédactions, elle dit avoir construit progressivement un réseau professionnel et une connaissance du terrain. Son carnet d’adresses, constitué au fil de ses reportages et de ses rencontres, deviendra notamment un véritable atout dans la suite de sa carrière.
La journaliste insiste sur la nécessité de développer un véritable savoir-faire. Pour elle, le marché du travail ne se limite plus aux diplômes affichés sur un CV.
« Les entreprises aujourd’hui ne cherchent pas les diplômes. Moi, dans mes entreprises, je ne cherche pas les diplômes. Je cherche les gens qui ont le savoir-faire. »
Elle cite plusieurs compétences accessibles aux jeunes entre autres secrétariat, administration, assistance personnelle, gestion des réseaux sociaux ou encore community management. Des métiers qui, selon elle, peuvent même être exercés à distance grâce aux outils numériques.
Elle encourage ainsi les étudiants à identifier ce qu’ils savent faire et à le transformer en opportunité professionnelle.
« Vends-toi. Mets-toi sur les réseaux sociaux et trouve des opportunités d’emploi », conseille-t-elle.
Pour celle qui a elle-même connu des périodes de difficultés financières au cours de son parcours, les petits travaux ne doivent pas non plus être considérés comme dévalorisants. Elle raconte avoir vendu des pains, des braises et d’autres produits durant une période où sa famille ne pouvait pas financer ses études. Une expérience qui lui a, dit-elle, permis de découvrir concrètement les réalités du commerce.
L’autre compétence essentielle qu’elle a voulu transmettre aux étudiants est la capacité à créer des relations professionnelles. Pour Maguy Mbuku, le réseautage ne consiste pas simplement à connaître des personnes influentes, mais à savoir aller vers les autres, poser des questions et saisir les occasions.
Son expérience dans le journalisme politique lui a permis de côtoyer de nombreuses personnalités et de développer progressivement son carnet d’adresses. Elle estime que cette capacité à approcher les gens et à créer des liens professionnels a largement contribué à son évolution.
Elle appelle donc les étudiants à sortir de leur zone de confort, à ne pas rester enfermés dans le seul cadre de l’université et à multiplier les occasions de rencontre avec des professionnels.

Au terme de son intervention, Maguy Mbuku a invité les étudiants à ne pas attendre le diplôme pour commencer à construire leur carrière. Pour elle, l’université doit être le point de départ d’une expérience plus large, dans laquelle les connaissances académiques se transforment progressivement en compétences, en réseau et en expérience.
Car, dans un marché de l’emploi où l’expérience et le savoir-faire pèsent de plus en plus dans les recrutements, le meilleur moment pour commencer à préparer sa carrière n’est pas après l’université, mais pendant celle-ci.
Lydia Mangala


