La créativité entrepreneuriale congolaise a été mise à l’honneur ce jeudi 5 novembre 2026 au Centre Wallonie-Bruxelles, à Kinshasa. Au terme de la 5ᵉ édition du Forum d’Innovation des Jeunes Entrepreneurs Congolais (FIJEC), onze finalistes ont présenté des solutions dans des secteurs aussi variés que l’agroalimentaire, la sécurité minière, l’environnement, la santé, le tourisme et les énergies propres.
À l’issue des délibérations, Healthink, Maïsha et Riveo Corporation occupent les trois premières places ainsi qu’Ulinzi Watch et Ecogreen, sont récompensés par le jury. Ces cinq innovations représenteront le FIJEC au Salon Osiane 2027, à Libreville, au Gabon.
Animée par Nadine Pulumba et Gloire Babadi, la cérémonie de clôture a réuni des responsables institutionnels, des acteurs économiques, des partenaires et des entrepreneurs pour faire du potentiel de la jeunesse congolaise un véritable moteur de développement.
De plus de 120 candidatures à onze finalistes
Dans son mot d’ouverture, le coordonnateur national du FIJEC, Jordan Nankomo, est revenu sur le parcours de cette édition, qui a enregistré plus de 120 candidatures. Vingt projets ont été retenus après une première sélection, avant que onze finalistes ne soient départagés.
Pour lui, la jeunesse congolaise dispose d’un potentiel considérable, mais doit bénéficier de meilleures conditions pour transformer ses idées en entreprises.

« La jeunesse congolaise ne manque ni d’intelligence, ni de créativité, ni d’ambition. Elle a surtout besoin d’opportunités, d’encadrement, de financement et d’un environnement favorable pour transformer ses idées en entreprises capables de créer la richesse et des emplois », a-t-il souligné.
Il a ensuite défendue une jeunesse économiquement autonome.

« Nous voulons une jeunesse qui ne se contente pas de chercher un emploi, mais qui crée des emplois. Une jeunesse qui croit au génie congolais », a-t-il déclaré.

S’adressant aux candidats, il a rappelé que les difficultés économiques ne devraient pas étouffer leurs ambitions.
« Le manque de moyens ne doit pas devenir une excuse pour abandonner votre vision », a-t-il lancé, les invitant à poursuivre leurs projets au-delà de la compétition.
Faire du FIJEC un point de départ pour un accompagnement durable
Prenant également la parole, Erick Makuala, coordonnateur de la Fédération nationale des jeunes entrepreneurs du Congo (FNJEC), le défi consiste désormais à assurer un suivi des projets présentés au FIJEC, en mobilisant des partenaires et des investisseurs capables de les faire grandir.
Il a notamment proposé de dresser un bilan des initiatives présentées depuis la première édition afin d’évaluer leur évolution et d’identifier celles qui nécessitent un accompagnement supplémentaire.

S’adressant aux jeunes entrepreneurs, il a rappelé que la réussite exige aussi des qualités personnelles et professionnelles, notamment la discipline, l’honnêteté, la patience et le courage.
« L’entrepreneuriat est non seulement un parcours de combattants, mais un parcours de gens qui sont sérieux et décisifs », a-t-il affirmé, soulignant que les partenaires doivent pouvoir compter sur le sérieux et la détermination de ceux qu’ils accompagnent.
Passer des PME de subsistance aux PME de croissance
L’intervention du directeur général de l’Agence pour la promotion des classes moyennes congolaises (APROCM), Pascal Tchelo Mazombo, a présenté plusieurs mécanismes publics destinés à soutenir l’entrepreneuriat.
Il a notamment évoqué le Programme présidentiel pour l’emploi et l’entrepreneuriat des jeunes, également appelé « Débout Jeunes Congolais », évalué à 1,3 milliard de dollars américains. Issu des travaux de la Table ronde nationale sur l’emploi et l’entrepreneuriat des jeunes, ce programme repose sur trois piliers notamment la formation professionnelle, l’accès à l’emploi et l’égalité des chances, ainsi que l’entrepreneuriat.
Il a également présenté cinq référentiels destinés à harmoniser les pratiques dans les domaines de la formation, de l’accompagnement, de l’incubation, de l’accélération et des services de développement des PME.
Parmi les perspectives annoncées figure le lancement, en 2027, du Concours national de plans d’affaires simplifiés (CONAPAS), destiné à identifier et accompagner les porteurs de projets dans les filières porteuses de croissance.
Évoquant également la loi sur le contenu local, il a insisté sur la nécessité de favoriser la participation des entreprises congolaises aux opportunités économiques.

« Nous ne voulons pas nous contenter d’avoir une floraison des PME de subsistance, mais nous voulons que nous ayons des PME de croissance, des PME qui créent de la richesse, des PME qui impactent sur la structure de l’économie de notre pays », a-t-il insisté.
Il a enfin rappelé que l’APROCM entend identifier les jeunes porteurs de projets à fort potentiel et faciliter leur mise en relation avec les institutions, personnalités et partenaires susceptibles de soutenir leur développement.
Cinq projets distingués, dont deux prix du jury
Les onze finalistes ont reçu des brevets de participation et de mérite. Cinq initiatives ont été distinguées et représenteront le FIJEC à la 10ᵉ édition du Salon Osiane, prévue en 2027 à Libreville, au Gabon, avec une perspective de participation à VivaTech, à Paris.
Les deux prix du jury ont récompensé des innovations dans les domaines de la sécurité minière et de l’environnement.
Le premier est revenu à Nathan Kabongo, promoteur de Ulinzi Watch, une solution associant une montre connectée, un boîtier de sécurité et une application de supervision. Elle permet notamment de détecter les incidents en temps réel, de déclencher des alertes et de prévenir les risques dans les sites miniers grâce au suivi des informations biométriques et environnementales.
Le deuxième prix a été attribué à Stéphanie Ilunga, promotrice d’Ecogreen, un projet de transformation des déchets plastiques en planches destinées à la fabrication de meubles, de bancs scolaires, de porte-clés et de bijoux. Selon les chiffres présentés lors de la compétition, sur 15 000 tonnes de déchets plastiques, seuls 2 % sont recyclés.
Healthink, Maïsha et Riveo Corporation sur le podium
Crispin Ansima, venu de Goma, a remporté la première place avec Healthink. Son innovation repose sur un bracelet doté d’un QR code donnant accès au profil de santé de son utilisateur et à ses informations médicales. La solution vise à faciliter la conservation et l’accès aux données sanitaires des patients.
La deuxième place est revenue à Marie Christelle Mavinga, promotrice de Maïsha, une bouillie locale nutritive à base de Bikalakasa, de maïs et de soja cultivés à Kikwit.
Le troisième prix a été attribué à Benjamin Mukuba, promoteur de Riveo Corporation, une initiative agroalimentaire spécialisée dans la production d’alevins, l’élevage et la commercialisation de poissons frais.
Son innovation repose sur l’aquaponie, un système associant l’élevage des poissons et la culture de plantes hors sol dans un même circuit. Les déchets des poissons servent d’engrais aux plantes, qui contribuent ensuite à la production d’aliments pour les poissons. Ce modèle circulaire vise à réduire les pertes et les coûts de production.
Des innovations au service des besoins des populations
Au-delà des cinq projets distingués, les autres finalistes ont également présenté des solutions répondant à différents défis économiques et sociaux du pays.
Lucien Ntampaka Shweka, avec Crousiyam, propose la transformation des tubercules de taro en chips et, à terme, en frites.
Trésor Diur Mayel, avec Jinyum, développe un lait à base d’arachide destiné notamment aux personnes confrontées à l’intolérance au lactose.
Pistis Ndunge, avec Mela Mayi, présente une machine à installer à la sortie des eaux de forage ou de rivière pour assurer leur potabilisation.
Jonathan Kayembe, avec Yxplore, mise sur le développement du tourisme en République démocratique du Congo.
Dauphin Musau, avec Fufu Master, propose une machine conçue pour automatiser la préparation du fufu.
Jean-Fidèle Lokende, avec Bio-light, défend une solution énergétique à partir de ressources végétales, dans le but de promouvoir des sources d’énergie propres face au déficit énergétique.
Souley Kahuka plaide pour la transformation locale des richesses congolaises
Le directeur général de MAGEN CONGO, Souley Kahuka a défendu une vision du développement économique fondée sur la transformation locale des ressources et la création de valeur ajoutée.
Il a identifié cinq priorités pour améliorer l’environnement des affaires entre autres simplifier les procédures administratives, garantir la stabilité fiscale, assurer la transparence des marchés publics, investir dans l’électricité et les infrastructures et évaluer régulièrement les politiques publiques.
Il a également plaidé pour la création d’une banque d’investissement capable de financer les projets industriels, agricoles et entrepreneuriaux à long terme.
« Le défi de notre génération n’est pas simplement d’hériter des richesses du Congo. Il est de construire les capacités nécessaires pour transformer et pour en bénéficier pleinement », a-t-il insisté.
Il a conclu en rappelant que l’intelligence, la créativité et le courage des Congolais constituent également une richesse stratégique pour le développement du pays.
Gentiny Ngobila appelle à soutenir les entrepreneurs au-delà des récompenses

Président du Grand Jury, le sénateur et opérateur économique Gentiny Ngobila Mbaka a invité les jeunes à faire preuve de discipline et de persévérance dans la construction de leurs entreprises.
« Une entreprise ne se construit pas sur l’enthousiasme d’un jour, mais sur la discipline des jours difficiles, la lucidité dans les décisions et la persévérance lorsque le résultat tarde à venir », a-t-il déclaré.

Aux candidats non primés, il a rappelé qu’un résultat de compétition ne détermine pas leur avenir entrepreneurial.
« Aujourd’hui, le jury a désigné des lauréats, il n’a pas désigné ceux qui réussiront la vie », a-t-il insisté.
Il a également interpellé les investisseurs, les institutions financières et les pouvoirs publics sur la nécessité de proposer un accompagnement concret à la jeunesse.

« Notre jeunesse n’a pas seulement besoin d’être applaudie dans les forums, elle a besoin d’être accompagnée, financée, formée et mise en relation avec les véritables opportunités économiques », a-t-il souligné.
Il a encouragé les Congolais à investir dans les entreprises locales.

« Achetez donc le Congolais, investissez dans les entreprises congolaises et valorisez vos compétences. C’est aussi participer à la souveraineté économique de notre nation », a-t-il affirmé.
Pour Gentiny Ngobila, la RDC doitprogressivement passer du statut de consommateur de solutions conçues ailleurs à celui de concepteur, de producteur et d’exportateur de ses propres innovations.
Cinq lauréats attendus au Salon Osiane en 2027
Avec Healthink, Maïsha, Riveo Corporation, Ulinzi Watch et Ecogreen, les cinq projets distingués porteront les couleurs du FIJEC à la 10ᵉ édition du Salon Osiane, prévue en 2027 à Libreville, avant la perspective d’une participation à VivaTech, à Paris.
Cette cinquième édition aura ainsi mis en lumière la diversité des innovations portées par les jeunes Congolais.
Le défi reste de transformer les distinctions et la visibilité obtenues en véritables opportunités de croissance, de financement et de création d’emplois.
Lydia Mangala


