« Derrière chaque fille aînée forte se cache souvent une histoire de responsabilités portées en silence. » C’est autour de cette réalité intime et profondément ancrée dans plusieurs familles africaines que Bitshilualua Kabeya, connue sur les réseaux sociaux sous le nom de Bitshiluxe, a présenté aux professionnels des médias les contours de la deuxième édition de « La Table des Yaya », une initiative qui met en lumière la réalité des filles aînées, ces « mères invisibles » dont les sacrifices familiaux restent souvent peu racontés.
Créatrice de contenu, éducatrice et actrice socio-culturelle, Bitshiluxe a profité de cet échange avec la presse pour revenir sur la genèse de ce projet, inspiré de son propre parcours et de nombreuses expériences observées au sein des familles congolaises et de la diaspora. Elle a expliqué que cette rencontre n’est pas une remise en cause des valeurs culturelles liées au rôle des aînées, mais plutôt une invitation à réfléchir à la manière dont cette responsabilité est transmise et accompagnée.

Après une première édition organisée en mai 2026 à Anvers, en Belgique, La Table des Yaya s’installe désormais à Kinshasa, berceau culturel de son initiatrice. L’événement entend créer un espace de dialogue, d’écoute et de reconnaissance autour de la figure de la fille aînée, communément appelée « Yaya » dans plusieurs communautés africaines.
Au cours de ce point de presse, Bitshiluxe a expliqué que l’idée du projet est née d’un questionnement personnel sur son enfance, son identité culturelle et les responsabilités qu’elle a dû porter très tôt.
« J’ai beaucoup parlé avec ma maman et je me suis questionnée sur cette responsabilité que j’ai portée très jeune. J’ai connu cette position où l’on devient presque une deuxième maman, où l’on prend soin des plus petits alors qu’on est encore soi-même une enfant », a-t-elle confié.

Née à Kinshasa avant de grandir en Belgique, elle raconte avoir évolué entre plusieurs cultures, ce qui l’a poussée à observer davantage les dynamiques familiales et la place accordée aux filles aînées.
Pour elle, ces dernières jouent un rôle essentiel dans l’équilibre de nombreuses familles, mais leur engagement doit être accompagné afin qu’il ne devienne pas une charge émotionnelle trop lourde.
« Je ne viens pas dire qu’il ne faut plus responsabiliser les aînées. Cette responsabilité existe dans plusieurs traditions. Mais il faut se demander comment elle est accompagnée et quel impact elle peut avoir sur leur santé mentale », a-t-elle précisé devant les journalistes.

Au fil des échanges avec la presse, Bitshiluxe a insisté sur la nécessité de mieux comprendre les réalités vécues par celles qui grandissent avec le sentiment de devoir être fortes en permanence.
Selon elle, certaines filles aînées deviennent très tôt des figures parentales dans leur foyer, parfois au détriment de leurs propres besoins, de leurs rêves ou de leur construction personnelle.
« Beaucoup de filles aînées viennent nous dire qu’elles ont tellement porté de responsabilités qu’elles finissent parfois par s’éloigner de leur famille. L’objectif est qu’elles puissent retrouver leur famille avec plaisir, avec amour, et non uniquement avec le poids du devoir », a-t-elle expliqué.

À travers La Table des Yaya, l’initiatrice souhaite ainsi ouvrir une conversation qui implique non seulement les femmes concernées, mais aussi les parents, les frères, les sœurs et les professionnels de l’accompagnement.
Elle estime que la transmission familiale doit également passer par l’écoute et la présence.
« Un enfant apprend à être responsable lorsqu’il est guidé, accompagné et aimé. La responsabilité ne doit pas devenir une charge qui prive l’enfant de son enfance », a-t-elle soutenu.

La deuxième édition de La Table des Yaya ambitionne de réunir des femmes aînées, des mères, des jeunes femmes, des familles, des acteurs de la société civile ainsi que des professionnels intéressés par les questions de transmission et de responsabilités familiales.
L’objectif est de créer un espace où les participantes peuvent partager leurs expériences, mettre des mots sur certaines blessures et réfléchir à de nouvelles façons de transmettre les valeurs familiales.
Bitshiluxe souhaite également que les prochaines éditions intègrent davantage les spécialistes de l’accompagnement psychologique afin d’aborder la question des blessures invisibles liées aux responsabilités précoces.

« Parfois, il faut aussi donner un espace aux thérapeutes et aux psychologues pour accompagner ces réalités, parce que certaines blessures restent longtemps après l’enfance », a-t-elle indiqué.
Par l’intermédiaire de ses plateformes numériques et notamment son univers médiatique, Bitshiluxe s’intéresse depuis plusieurs années aux questions culturelles, identitaires et sociales qui touchent la communauté congolaise.
Avec La Table des Yaya, elle souhaite transformer des expériences individuelles en une mémoire collective féminine, capable de rapprocher les générations et de créer un dialogue entre la RDC et la diaspora.

« Ce que je fais sur les réseaux sociaux est proche de qui je suis dans la vie. J’ai toujours été quelqu’un qui pose des questions, qui cherche à comprendre et qui veut créer des conversations », a-t-elle déclaré.
Accueillie à Kinshasa par Le Z Restaurant & Lounge, cette deuxième édition marque une nouvelle étape pour une initiative qui veut replacer les histoires des filles aînées au centre des discussions sociales.
Car derrière le rôle de « Yaya », il n’y a pas seulement une responsabilité. Il y a aussi une femme, une histoire, des rêves et une voix qui mérite d’être entendue.
Lydia Mangala


