Lors de la quatrième commémoration nationale du GENOCOST, le directeur général du Fonds national de réparation des victimes (FONAREV), Patrick Fata Makunga, a placé son intervention sous le signe de la mémoire, de la justice et de la responsabilité collective.
Devant les autorités, les survivants et les invités réunis au Mémorial du Genocost à Kinshasa, il a appelé les Congolais à ne pas laisser les victimes disparaître une seconde fois dans l’oubli, mais à faire de leur mémoire un engagement concret en faveur de la vérité et de la réparation.
Pour Patrick Fata, le 2 août constitue un moment où la République démocratique du Congo accepte de regarder son histoire en face, en rendant hommage aux millions de personnes touchées par les violences liées aux conflits.
« Il est des jours où une nation célèbre ses victoires. Il existe des jours où une nation célèbre ses héros. Et puis, il existe des jours où une nation regarde son histoire en face. Le 2 août est de ceux-là », a déclaré le directeur général du FONAREV.

Il a rappelé que cette journée ne concerne pas uniquement les victimes décédées, mais également les survivantes et survivants qui portent encore les traces physiques et psychologiques des atrocités vécues, ainsi que toutes les personnes qui ont risqué leur vie pour secourir, protéger ou soigner les victimes.
« Ce jour nous confie à tous une responsabilité : ne jamais les laisser sombrer une seconde fois dans l’oubli », a-t-il insisté.

Dans son allocution, Patrick Fata a tenu à replacer les victimes au centre du récit national, rappelant que derrière chaque chiffre se cache une histoire humaine.
« Derrière chaque statistique se cache un visage. Le visage d’une mère qui n’est jamais revenue d’un champ. Le visage d’un enfant orphelin avant d’avoir appris à lire. Le visage d’une femme dont le corps est devenu un champ de bataille », a-t-il expliqué.

Évoquant plusieurs territoires meurtris par les violences, notamment Kasika, Makobola, Katogota, Kishishe, Kamituga, Beni ou encore Mwenga, il a souligné que ces lieux constituent aujourd’hui les cicatrices d’une histoire collective marquée par des décennies de souffrances.
Pour lui, le GENOCOST ne relève pas uniquement du passé. Il demeure une réalité actuelle avec des populations encore confrontées aux déplacements forcés, à l’insécurité et aux violences dans certaines zones de l’Est de la RDC.
« Le Génocost n’est malheureusement pas un souvenir. Il demeure une tragédie en cours », a-t-il affirmé.

Il a notamment évoqué le cas d’une jeune fille de 15 ans rencontrée à Uvira, victime de violences sexuelles liées au conflit, dont le parcours illustre, selon lui, les conséquences toujours actuelles de cette tragédie.
Outre le devoir de mémoire, le directeur général du FONAREV a insisté sur la nécessité de passer de la commémoration à l’action. Il a présenté les avancées enregistrées par son institution dans l’identification et l’accompagnement des victimes.
Selon lui, plus de 1,2 million de victimes potentielles ont déjà été enregistrées dans le cadre du processus national d’identification. Parmi elles, plusieurs milliers ont été homologuées par la justice et intégrées au processus de réparation administrative.
Ces réparations comprennent notamment une prise en charge médicale spécialisée, un accompagnement psychosocial, des programmes de réinsertion économique, des interventions chirurgicales réparatrices ainsi qu’un soutien aux communautés affectées.
Patrick Fata a également cité certains programmes destinés à redonner une autonomie aux survivantes et survivants, notamment des initiatives de formation professionnelle permettant aux victimes de retrouver une place active dans la société.
« Pour la première fois dans notre pays, les victimes sortent progressivement de l’invisibilité. Chaque enregistrement est un nom retrouvé, une histoire reconnue, une souffrance que la nation accepte de regarder en face », a-t-il déclaré.

Dans son message, le directeur général du FONAREV a également appelé à dépasser les divisions politiques et institutionnelles autour de cette question mémorielle.
« Le combat pour la mémoire n’appartient pas uniquement aux victimes. Le combat pour la justice n’appartient pas uniquement aux institutions. Le combat pour la réparation n’appartient pas uniquement au FONAREV », a-t-il soutenu.

Selon lui, le GENOCOST doit rester un engagement collectif porté par l’ensemble de la société congolaise.
« Le Génocost, en tant que référentiel mémoriel, n’appartient à aucune institution. Il n’appartient ni au Gouvernement, ni au FONAREV, ni à une organisation particulière. Il appartient à toute la nation. Il est l’affaire de chaque Congolais », a-t-il ajouté.

Patrick Fata a rappelé que la mémoire n’a de sens que lorsqu’elle conduit à une action concrète en faveur des victimes.
« Une nation qui commémore sans réparer risque de prolonger la souffrance qu’elle prétend honorer », a-t-il averti.
Il a appelé à poursuivre les efforts pour garantir la vérité, la justice et les réparations, estimant que le chemin reste long mais que l’engagement doit demeurer constant.

« Le Congo se relèvera non pas par l’oubli, mais par la vérité. Non pas par la vengeance, mais par la justice. Non pas par le silence, mais par la mémoire », a conclu le directeur général du FONAREV.
Le DG Patrick Fata a rappelé que le GENOCOST ne doit pas seulement être un rendez-vous annuel de souvenir, mais un processus national visant à restaurer la dignité des victimes et à construire les bases d’une paix durable en République démocratique du Congo.
Lydia Mangala


