L’inauguration du premier site de regroupement des déchets ménagers sur l’avenue Saïo, dans la commune de Ngiri-Ngiri, par le gouverneur Daniel Bumba, le samedi 10 octobre 2026, relance le débat sur l’efficacité de la politique d’assainissement dans la capitale. La multiplication des sites de regroupement suffira-t-elle à lutter contre l’insalubrité sans garantir, au préalable, une évacuation régulière des ordures ?
À travers le programme « Kinshasa Ezo Bonga », l’exécutif provincial ambitionne d’aménager 400 sites à travers la capitale. Si cette initiative peut contribuer à mieux organiser la collecte des déchets, elle ne garantit pas, à elle seule, un assainissement durable. Sans enlèvement régulier des ordures, un site de regroupement risque, au contraire, de devenir un nouveau foyer d’insalubrité pour les riverains.
Des infrastructures, mais quelles garanties de fonctionnement ?
La construction de sites clôturés, équipés de bacs à ordures et de dispositifs d’éclairage, constitue une réponse matérielle au problème des déchets. Toutefois, la réussite de cette politique dépendra moins du nombre d’infrastructures inaugurées que de leur fonctionnement quotidien.
Qui assurera la collecte ? À quelle fréquence les déchets seront-ils évacués ? Quels moyens seront mobilisés pour entretenir les installations et prévenir les débordements ? Autant de questions qui nécessitent des réponses concrètes pour permettre à la population d’évaluer l’efficacité de cette opération.
Le risque de déplacer le problème plutôt que de le résoudre
Le transfert des déchets vers des sites de regroupement ne règle pas définitivement la question de leur traitement. Il permet de concentrer les ordures en un point avant leur acheminement vers les centres d’enfouissement technique, notamment celui de Mpasa.
Cependant, si la chaîne de collecte et d’évacuation connaît des défaillances, ces espaces pourraient rapidement se transformer en points d’accumulation des déchets, avec des conséquences potentielles sur l’environnement et la santé des habitants. L’amélioration de la salubrité exige donc une organisation efficace, des moyens logistiques suffisants et un suivi rigoureux.
Les Kinois attendent des résultats visibles
L’annonce de 400 sites constitue un objectif ambitieux. Mais pour les habitants de Kinshasa, l’enjeu ne se limite pas à voir de nouvelles infrastructures sortir de terre. Il s’agit surtout de constater une diminution effective des immondices dans les rues, les marchés et les quartiers résidentiels.
Au-delà des inaugurations, l’exécutif provincial sera donc attendu sur des résultats mesurables, notamment la régularité de la collecte, la propreté des espaces publics et la réduction des dépôts anarchiques.
En définitive, la lutte contre l’insalubrité ne se gagnera pas au nombre de sites inaugurés, mais à la capacité de les faire fonctionner durablement. À Kinshasa, le véritable test du programme « Kinshasa Ezo Bonga » consiste désormais à transformer les annonces en résultats concrets dans le quotidien des Kinois.
Ben Mandjolo


