Réunie en conclave à Rome, en Italie, du 25 au 27 octobre 2026, la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) appelle à un dialogue national inclusif pour sortir la République démocratique du Congo de la crise politique et sécuritaire. La plateforme de l’opposition, qui entend rencontrer séparément le président Félix Tshisekedi et son prédécesseur Joseph Kabila, rejette aussi bien toute tentative de maintien au pouvoir au-delà des limites constitutionnelles que la conquête du pouvoir par les armes. Elle exige, en parallèle, le retrait des troupes étrangères, la protection des populations et le respect des échéances électorales de 2028.
Dialogue national : la C64 veut réunir toutes les parties
À l’issue de son conclave, auquel ont pris part ses cinq principales figures, notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Matata Ponyo et Jean-Marc Kabund, la C64 a annoncé une initiative politique visant à favoriser une issue négociée à la crise congolaise.
La coalition prévoit de rencontrer Félix Tshisekedi et Joseph Kabila afin de rechercher un compromis sur l’organisation d’un dialogue national inclusif. Elle souhaite également mobiliser les partenaires internationaux autour d’une solution durable.
« La C64 prend ce jour l’initiative de rencontrer le président Félix Tshisekedi d’une part, et le président honoraire Joseph Kabila d’autre part, afin de trouver une issue congolaise à la crise », indique sa déclaration.
Pour cette plateforme, le dialogue doit réunir toutes les parties sans exclusive, avec des modalités, une facilitation et un mécanisme de suivi définis de manière concertée. Il devrait contribuer à la cessation des hostilités, à la réunification du territoire national et au renforcement de la cohésion nationale.
La C64 insiste également sur la nécessité de coordonner les démarches diplomatiques en cours, notamment les processus de Doha et de Washington, avec les efforts de facilitation africaine conduits par l’Angola et le Togo, autour de la médiation de l’Église catholique et de l’Église du Christ au Congo (CENCO-ECC).
Tshisekedi et Kabila renvoyés dos à dos sur le respect de la Constitution
La coalition place le respect de l’ordre constitutionnel au centre de ses revendications. Elle s’oppose à tout changement de Constitution, à un éventuel troisième mandat présidentiel, au report des élections prévues en 2028 ou à toute manœuvre visant à contourner les limites constitutionnelles.
La plateforme condamne également toute prise du pouvoir par la force, estimant que les règles démocratiques s’imposent aussi bien aux autorités en fonction qu’aux mouvements armés.
« Elle condamne le projet de « coup d’État constitutionnel » visant à détourner les institutions et les forces de sécurité pour maintenir le pouvoir en place au-delà des limites constitutionnelles. Elle condamne aussi avec la même fermeté le recours aux armes pour conquérir le pouvoir et s’y installer », affirme la déclaration.
Cette position place les deux camps face à une même exigence : le respect de la Constitution et des lois de la République, indépendamment de leurs ambitions politiques.
La C64 rappelle notamment que l’article 220 de la Constitution protège certaines dispositions fondamentales relatives, entre autres, au nombre et à la durée des mandats présidentiels. Elle estime qu’aucune majorité parlementaire ne peut s’affranchir de ces limites.
Est de la RDC : retrait des troupes étrangères et résultats vérifiables exigés
Sur le plan sécuritaire, la coalition affirme qu’aucune solution exclusivement militaire ne permettra de mettre durablement fin à la crise dans l’Est du pays. Elle plaide pour des discussions avec toutes les parties au conflit, tout en exigeant des résultats concrets sur le terrain.
« Le processus de Doha doit être coordonné et produire des résultats vérifiables : respect du cessez-le-feu, contrôle crédible de son application, protection des civils et accès humanitaire », souligne-t-elle.
La C64 demande également l’intégration des questions de gouvernance prévues dans les protocoles additionnels du processus de Doha au dialogue national inclusif. Elle estime que les engagements pris doivent être assortis d’échéances précises et de mécanismes de vérification crédibles.
Concernant l’implication étrangère dans le conflit, la coalition exige l’application de la résolution 2773 du Conseil de sécurité des Nations unies, qui demande notamment le retrait des forces rwandaises du territoire congolais.
« La C64 exige l’application de la résolution 2773, qui recommande notamment le retrait des troupes étrangères du territoire national », précise le document.
Cette exigence intervient alors que les processus diplomatiques engagés pour mettre fin aux hostilités restent confrontés à des difficultés d’application et que les combats se poursuivent dans plusieurs zones de l’Est.
Libertés publiques : la coalition réclame des mesures concrètes
La déclaration de Rome aborde également la situation politique intérieure. La C64 réclame la fin des arrestations qu’elle qualifie d’arbitraires, des intimidations et des entraves aux activités politiques pacifiques. Elle demande le retour des exilés ainsi que la libération de Marley Vuvu, Prince Epenge et Stéphane Shiso, présentés comme détenus arbitrairement.
La coalition exige par ailleurs la dissolution des Forces du progrès, structure associée à l’UDPS, qu’elle accuse de fonctionner comme une milice privée. Elle invoque à cet effet l’article 190 de la Constitution, qui interdit les milices privées.
Elle demande aussi des enquêtes indépendantes et crédibles sur les violences dénoncées lors des manifestations des 12 juin et 15 septembre 2026, ainsi que sur l’assassinat de Manassé Lomboto.
Pour la C64, la guerre ne saurait justifier une restriction générale des libertés d’expression, de réunion et de manifestation.
Une initiative politique à l’épreuve des résultats
En proposant de rencontrer Félix Tshisekedi et Joseph Kabila, la C64 entend prendre l’initiative d’une démarche politique présentée comme une réponse à la gravité de la situation nationale. Mais la portée de cette initiative dépendra de la capacité des acteurs concernés à s’accorder sur le format du dialogue, ses objectifs et les mécanismes permettant de concrétiser les engagements.
La coalition affirme que sa démarche sera guidée par le respect de la Constitution, la souveraineté nationale, l’intégrité territoriale et la protection des populations.
Son défi est désormais de transformer cet appel en un processus capable de contribuer à la désescalade politique, à la cessation des hostilités et au rétablissement durable de la paix, sans compromettre les principes constitutionnels qu’elle affirme défendre.
Lydia Mangala


