La première cohorte des Ambassadeurs 2250 s’ouvre avec une ambition qui dépasse les trois jours de formation. Ce mercredi 26 août 2026, à la salle Rouge du ministère des Affaires étrangères, la Dynamique Jeunesse Responsable (DYJERES) a réuni 50 jeunes autour de l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité. À l’ouverture, son président et fondateur, Djessy Bukasa, initiateur du programme, a voulu rappeler que cette initiative ne se résume ni à une formation ni à la remise d’un certificat mais elle entend préparer des jeunes à devenir des acteurs capables d’influencer positivement leur environnement.
Dans son adresse aux participants, Djessy Bukasa a d’abord replacé le programme dans la philosophie qui guide DYJERES. Pour lui, la jeunesse ne devrait pas être considérée uniquement comme une catégorie à protéger ou à accompagner, mais comme une force capable de participer à la recherche de réponses aux problèmes de société.

« La jeunesse ne doit pas être considérée uniquement comme une catégorie à protéger, mais comme une force capable de contribuer à la construction d’une réponse aux problèmes qui touchent notre société », a-t-il affirmé, présentant ainsi la vision qui sous-tend la création du programme Ambassadeurs 2250.
Cette conception repose notamment sur une volonté de favoriser la transmission entre générations tout en donnant aux jeunes les moyens d’assumer progressivement des responsabilités dans les processus de décision.
Pour le président de DYJERES, l’âge ne devrait pas devenir un obstacle permanent à la prise de responsabilité. Une jeunesse formée, accompagnée et associée aux mécanismes de décision peut, selon lui, contribuer concrètement au développement du pays.
Une formation conçue comme le début d’un parcours
Djessy Bukasa a ensuite insisté sur la nature du programme Ambassadeurs 2250. La session de trois jours constitue, à ses yeux, une première étape dans un parcours appelé à se poursuivre au-delà de la formation.
L’objectif immédiat est de former et certifier une cohorte de 50 jeunes leaders autour de l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité, fondé notamment sur la Résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies.
Outre la certification, DYJERES veut développer chez ces jeunes des capacités d’analyse, de plaidoyer et d’action.
« Nous voulons que ces jeunes comprennent les mécanismes qui définissent la paix et la sécurité, qu’ils soient capables d’analyser les problèmes qui touchent leur communauté, qu’ils connaissent les institutions et les mécanismes de décision, qu’ils puissent formuler des propositions et qu’ils soient capables de défendre ces propositions devant les décideurs et les partenaires », a expliqué Djessy Bukasa.

La formation abordera ainsi les différents piliers de l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité, notamment la participation, la prévention, la protection et le partenariat, ainsi que les questions liées au désengagement et à la réintégration.
Les participants travailleront également sur le plaidoyer communautaire, la mobilisation citoyenne et des ressources, le partenariat stratégique, la gouvernance, la justice transitionnelle, la mémoire et les enjeux contemporains liés à la paix et à la sécurité.
Des notes de politiques publiques pour passer de la théorie à la pratique
L’une des particularités du programme réside dans la volonté de confronter les connaissances acquises aux réalités du terrain.
Les Ambassadeurs 2250 seront notamment répartis en groupes afin de produire cinq notes de politiques publiques consacrées à des enjeux prioritaires en lien avec les piliers de la Résolution 2250. Ces productions devront ensuite être présentées et défendues devant un jury.
Pour Djessy Bukasa, cet exercice permettra d’aller au-delà de la simple assimilation des contenus.
« Nous ne voulons pas seulement savoir si les jeunes ont pris un cours. Nous voulons savoir s’ils sont capables de transformer une réalité en problème public, un problème public en analyse et une analyse en proposition », a-t-il soutenu.
L’ambition est de faire du programme un espace d’apprentissage pratique où les jeunes apprennent à observer, analyser, argumenter et proposer.
Les victimes placées au cœur de la réflexion sur la paix et la mémoire
La participation des victimes des violences et conflits constitue également une dimension importante du programme. Pour le président de DYJERES, la construction d’une paix durable ne peut se faire sans une connaissance réelle de l’histoire et une prise en compte de la parole de celles et ceux qui ont directement subi les violences.
« Nous ne pouvons pas demander à une génération de construire la paix si elle ne connaît pas suffisamment l’histoire de son propre pays », a-t-il déclaré, soulignant l’importance de la mémoire dans la compréhension des fractures de la société congolaise.
Cette approche prend une dimension particulière avec la présence, au sein de cette première cohorte, de huit jeunes victimes des violences et conflits dans l’Est de la RDC, dont la participation est soutenue par le FONAREV.
Pour Djessy Bukasa, les victimes ne doivent pas uniquement être considérées à travers leur statut ou leur expérience douloureuse. Elles peuvent également devenir des actrices à part entière des processus de plaidoyer, de justice et de transformation sociale.
« Une victime peut devenir une voix qui porte les causes des autres. Une victime peut devenir un défenseur de la mémoire. Une victime peut devenir une actrice de justice transitionnelle. Une victime peut contribuer à faire évoluer les politiques publiques », a-t-il énuméré, appelant à considérer leur expérience comme une source d’expertise et de capacité d’action.
Un réseau national doit prolonger la formation

L’ambition de DYJERES ne s’arrête toutefois pas à la clôture de la session. Djessy Bukasa a annoncé la volonté de construire progressivement un réseau national des Ambassadeurs 2250, destiné à maintenir les participants dans une dynamique d’engagement.
Ce réseau devrait notamment permettre aux jeunes de contribuer à des actions de prévention des conflits et de cohésion sociale, de mener des initiatives de plaidoyer, de dialoguer avec les institutions, la société civile et les partenaires, mais également de produire des connaissances et des propositions.
L’objectif est de construire un parcours reposant sur trois dimensions entre autres former, accompagner et produire de l’influence positive.
« Notre ambition est donc de construire un parcours qui puisse se prolonger après leur formation : former les jeunes, les accompagner dans leurs initiatives, produire des connaissances et des propositions et, à terme, influencer positivement les politiques publiques », a précisé le président de DYJERES.
« Être Ambassadeur 2250 ne signifie pas avoir un titre »
Face aux participants, Djessy Bukasa a également tenu à rappeler que le statut d’Ambassadeur 2250 ne doit pas être réduit à une distinction symbolique.
« Être Ambassadeur 2250 ne signifie pas avoir un titre. Cela signifie porter une responsabilité », a-t-il martelé.
Il a invité les jeunes à considérer cette formation comme le début d’un engagement et non comme une parenthèse dans leur parcours.
Il les a encouragés à poser des questions, à travailler ensemble, à confronter leurs idées et surtout à mettre en pratique les connaissances acquises.
Pour lui, la véritable réussite du programme se mesurera dans la durée en voyant des ambassadeurs encore engagés dans six mois, en soutenant ou en initiant des actions dans leurs communautés, encore expliquant la Résolution 2250 à d’autres jeunes ou encore en portant des propositions auprès des institutions.
« Le certificat que vous allez recevoir est important, certes, mais ce qui nous intéresse davantage, c’est ce que vous en ferez », a-t-il insisté.
Une jeunesse qui doit participer à la construction de la paix
En clôturant son intervention, le président et fondateur de DYJERES a réaffirmé la volonté de son organisation de travailler en complémentarité avec les institutions publiques, les partenaires et les communautés.
Selon lui, la participation des jeunes ne peut reposer uniquement sur leur volonté. Elle nécessite également que les institutions leur ouvrent des espaces, écoutent leurs propositions et leur permettent, lorsque celles-ci sont pertinentes, de contribuer à leur mise en œuvre.
« La culture de la paix ne sera pas seulement construite pour les jeunes. Elle devra être construite avec les jeunes », a-t-il déclaré, plaçant la participation effective de la jeunesse au cœur de l’ambition du programme.

Avec cette première cohorte, Djessy Bukasa et DYJERES veulent ainsi poser les bases d’une communauté de jeunes capables de relier connaissance, mémoire, plaidoyer et action. Trois jours de formation pour commencer, mais surtout un parcours appelé à se poursuivre bien au-delà de la salle Rouge du ministère des Affaires étrangères.
Lydia Mangala


