La diplomatie congolaise affiche une dynamique nouvelle et entend renforcer la position de la République démocratique du Congo sur la scène internationale. À l’occasion de l’exercice de redevabilité consacré à la première année du gouvernement Suminwa II, la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a présenté les principales avancées enregistrées par son secteur, tout en évoquant les défis qui demeurent.
« La diplomatie congolaise se porte bien. Elle est dynamique, ambitieuse et présente sur tous les fronts, aussi bien sur le plan géographique que thématique », a déclaré Thérèse Kayikwamba Wagner au cours de cet échange avec Willy Kalengay et Rachel Kitsita.
Selon la cheffe de la diplomatie congolaise, la RDC est désormais davantage en mesure de défendre ses intérêts dans les grandes instances internationales.
« Elle a la capacité d’être à la même table que les pays considérés comme des puissances, d’articuler les ambitions légitimes de la RDC dans différents forums et de traduire la vision d’une République démocratique du Congo plus forte, plus sûre et plus écoutée », a-t-elle ajouté.
La RDC retrouve une place au Conseil de sécurité de l’ONU
Parmi les principaux acquis évoqués figure le retour de la RDC au Conseil de sécurité des Nations unies, après plus de trois décennies d’absence. Pour Thérèse Kayikwamba Wagner, cette présence marque un changement important dans la perception et le rôle du pays au sein de l’Organisation des Nations unies.
Pendant plus de vingt ans, a-t-elle rappelé, la RDC a principalement été au centre des débats du Conseil de sécurité en raison de ses crises et de ses conflits. Son retour autour de la table lui permet désormais de participer directement à la recherche de solutions aux enjeux internationaux.
La présidence congolaise du Conseil de sécurité a notamment permis à Kinshasa de mettre en avant les enjeux liés à son rôle international, mais aussi de rappeler que les défis sécuritaires auxquels elle est confrontée ne l’empêchent pas de contribuer aux réponses apportées aux crises mondiales.
L’exploitation illicite des ressources, un obstacle à la paix
La ministre des Affaires étrangères a toutefois reconnu que plusieurs défis continuent de peser sur la recherche d’une paix durable dans l’est du pays. Parmi ceux-ci figure l’exploitation illicite des ressources naturelles, qu’elle considère comme un facteur important dans la persistance des conflits.
« Dans un conflit aussi complexe et ancien que celui de la RDC, l’exploitation illicite des ressources naturelles joue un rôle crucial », a-t-elle expliqué, évoquant notamment la situation à Rubaya et l’extension des carrés miniers.
Pour la ministre, la question des ressources naturelles doit être analysée en lien avec la dynamique des conflits armés et les flux commerciaux transfrontaliers. Mais la recherche de la paix ne saurait se limiter à cet aspect. Elle doit également intégrer la justice, la redevabilité et des choix stratégiques clairement séquencés.
La diplomatie au cœur de la recherche de la paix dans l’Est
Face à la persistance de l’insécurité dans l’Est, Kinshasa mise notamment sur le front diplomatique. Thérèse Kayikwamba Wagner a insisté sur la nécessité d’obtenir des conséquences concrètes en cas de violation des engagements pris dans les différents processus de paix.
« L’un des éléments importants est la redevabilité », a-t-elle souligné, estimant que les violations commises après la signature d’un accord doivent entraîner des conséquences.
Elle a notamment cité les sanctions prises par le Trésor américain contre l’ensemble de l’armée rwandaise comme un exemple d’avancée sur le terrain de la redevabilité, tout en reconnaissant que les progrès enregistrés ne sont pas encore à la hauteur des attentes de Kinshasa.
Passeport : réduction du coût et poursuite de la numérisation
La ministre s’est également exprimée sur l’accès au passeport congolais, une question qui concerne directement de nombreux citoyens.
Elle a rappelé l’introduction, depuis un peu plus d’un an, d’un nouveau passeport avec un nouveau prestataire et un système davantage numérisé. Cette réforme vise notamment à réduire les interventions humaines et les pratiques qui avaient contribué à l’application de tarifs variables.
Le prix officiel du passeport est passé de 99 à 75 dollars, à la suite d’une décision du président de la République. Le ministère entend également poursuivre la décentralisation des opérations de capture avec l’installation progressive de nouveaux centres à Kinshasa et dans d’autres provinces.
Une évaluation du dispositif est par ailleurs en cours afin d’identifier les dysfonctionnements et les améliorations à apporter.
Conditions de travail des diplomates : des efforts encore nécessaires
Thérèse Kayikwamba Wagner a aussi reconnu que les conditions de travail des diplomates congolais demeurent un chantier important.
Elle a relevé des avancées dans la régularité du paiement des salaires, tout en estimant que les progrès restent insuffisants. La prise en charge des familles et l’accès aux soins de santé figurent notamment parmi les priorités du ministère.
Dans ce cadre, le gouvernement travaille à l’identification d’un prestataire qui devrait permettre de mettre en place, pour la première fois, une couverture d’assurance maladie destinée aux diplomates et à leurs personnes à charge.
Le patrimoine immobilier diplomatique fait également partie des dossiers prioritaires. La RDC a notamment acquis un immeuble à New York et prévoit la réhabilitation de plusieurs biens ainsi que l’ouverture ou l’inauguration de nouvelles chancelleries dans certaines capitales stratégiques.
Protection des Congolais à l’étranger
La protection des ressortissants congolais vivant à l’étranger constitue également un axe de l’action diplomatique.
La ministre a cité plusieurs interventions menées par ses services, notamment en Irlande, où elle s’est rendue à Dublin à la suite du décès d’un ressortissant congolais après une intervention des services de sécurité d’un magasin. Elle y a rencontré les autorités irlandaises et une assistance a été apportée à la famille du défunt.
En Afrique du Sud, le ministère a également accompagné des Congolais souhaitant regagner la RDC. Une première évaluation a été engagée afin d’identifier le nombre de compatriotes concernés par un éventuel retour au pays.
RDC-OIF : renforcer l’influence congolaise dans l’espace francophone
Concernant l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Thérèse Kayikwamba Wagner a présenté l’organisation comme une plateforme stratégique pour la promotion d’un multilatéralisme « dynamique et pluriel ».
Compte tenu de son poids démographique, la RDC y occupe, selon elle, une place importante. L’OIF représente également une opportunité pour Kinshasa de développer sa diplomatie culturelle, scientifique et économique, mais aussi de renforcer les échanges dans les domaines du sport et des loisirs.
La ministre a notamment évoqué les Jeux de la Francophonie organisés à Kinshasa comme une illustration de cette capacité à utiliser les instruments de la Francophonie au service du rayonnement du pays.
Juliana Lumumba, candidate de la RDC à la tête de l’OIF
La candidature de Juliana Lumumba au poste de secrétaire générale de l’OIF a également été abordée.
Pour Thérèse Kayikwamba Wagner, cette candidature bénéficie d’un soutien institutionnel au plus haut niveau de l’État.
« Cette candidature n’est pas une simple option, mais un choix au sommet de la République, porté par le président de la République et soutenu par le gouvernement », a-t-elle affirmé.
La ministre présente Juliana Lumumba comme une candidate compétente et capable de répondre aux défis auxquels l’organisation est confrontée. Elle assure que la campagne congolaise se poursuit avec détermination jusqu’au terme du processus, sans préjuger de l’issue du scrutin.
À travers ce bilan, le ministère des Affaires étrangères entend ainsi mettre en avant une diplomatie congolaise davantage présente dans les espaces multilatéraux, tout en reconnaissant les nombreux défis qui restent à relever, notamment en matière de paix, de protection des Congolais à l’étranger et d’amélioration des conditions de travail des diplomates.
Joséphine Mawete


