La deuxième journée de la 12ᵉ édition d’ExpoBéton RDC, organisée jeudi 8 octobre 2026 à la Grande Résidence de Kinshasa, a été marquée par des échanges consacrés à la sécurisation foncière, aux normes de construction, à la responsabilité des professionnels et au développement des corridors économiques.
En parallèle des panels, les stands d’exposition ont permis aux entreprises, investisseurs, entrepreneurs et étudiants de présenter leurs activités, de découvrir des solutions et d’échanger autour des opportunités liées à la transformation des villes congolaises.
Réunissant responsables publics, experts et acteurs du secteur privé, les discussions ont fait ressortir la préoccupation commune de faire de la planification, de la qualité des infrastructures et de la connectivité territoriale des leviers concrets du développement urbain et économique de la République démocratique du Congo.
Sécurisation foncière : planifier avant de construire
Modéré par Guy Christian Moju, le deuxième panel a porté sur l’aménagement du territoire, la sécurisation foncière et la numérisation du cadastre, avec un accent particulier sur les communes de N’Sele, Maluku et Mont-Ngafula.
Représentant le ministre de l’Aménagement du territoire, Jean-Lucien Bussa, son directeur de cabinet, Henry Limbaka, a insisté sur la complémentarité entre la planification territoriale, la gestion foncière et l’urbanisme.
« L’aménagement du territoire dit ce que l’on peut faire du sol. Le foncier dit à qui le sol appartient. L’urbanisme dit comment on y construit. Quand ces trois administrations s’accordent, l’investisseur est protégé », a-t-il expliqué.

La ministre des Affaires foncières, O’Neige N’Sele, a, pour sa part, présenté les avancées de la modernisation de l’administration foncière, notamment la formation de plus de 350 cadres et agents ainsi que la numérisation de plus de 20 000 titres issus du stock antérieur dans les circonscriptions financières pilotes de Kinshasa.
Elle a rappelé que la numérisation ne consiste pas simplement à scanner des documents, mais implique également la géolocalisation des plans et la constitution d’une contrepartie numérique des titres au sein de l’administration.

« La numérisation du cadastre veut dire avoir des plans géolocalisés, la géodésie. C’est tout un métier que nous voulons appliquer au fur et à mesure dans les institutions au quotidien », a-t-elle précisé.

La question de la souveraineté numérique a également été abordée par Dominique Migisha, coordonnateur de l’Agence du Développement du Numérique. Il a souligné l’importance de la maîtrise et de la protection des données foncières pour limiter les risques de fraude et renforcer la sécurité des investissements.
Représentant le vice-ministre des Affaires coutumières, l’honorable Roger Kabeya a insisté sur l’identification des autorités traditionnelles légitimes et la nécessité de disposer de données fiables sur les entités coutumières.
« Il faudrait savoir qui est le chef et qui ne l’est pas », a-t-il souligné, estimant que cette clarification est essentielle pour prévenir les conflits fonciers et les ventes de terres par des imposteurs.

Dans le même sens, Mfumu Difima Bols, président du Conseil supérieur de l’Autorité traditionnelle au Congo, a rappelé le rôle des chefs coutumiers dans la gestion des terres et la protection des droits des communautés locales.

L’avocat Défi Augustin Fataki wa Luhindi a, quant à lui, proposé des réformes législatives visant à réduire les conflits fonciers, à renforcer les sanctions contre la superposition des titres et à mieux protéger les droits des communautés.
Normes de construction : renforcer la qualité et la responsabilité
Modéré par Michel Uyumbu, le troisième panel a porté sur les normes de construction, le contrôle technique et la régulation du secteur des BTP.
Les échanges ont notamment concerné le rôle du CNE-ITP dans l’élaboration des référentiels techniques et les réponses à apporter aux constructions réalisées hors normes à Kinshasa.
Le secrétaire général aux Infrastructures et Travaux publics, Georges Koshi, a défendu le développement de normes adaptées aux réalités congolaises ainsi qu’un contrôle plus rigoureux des ouvrages.
Concernant les zones déjà habitées mais construites hors normes, il a privilégié une approche différenciée tenant compte de la conformité des bâtiments et du niveau de danger, plutôt qu’une régularisation ou une démolition systématique.
Le professeur Polycarpe Nkondi Mbaki a, de son côté, souligné la nécessité de s’appuyer sur les normes internationales et régionales existantes, tout en les adaptant aux conditions locales grâce à la recherche scientifique et aux essais en laboratoire.
« Il faut démarrer et, au fur et à mesure que l’on fait les choses, on s’améliore », a-t-il déclaré, plaidant pour une démarche progressive fondée sur l’expérience et l’amélioration continue.

Jean-Aimé Mavar, directeur général du Bureau technique de contrôle, a rappelé que la qualité d’un ouvrage doit être vérifiée à toutes les étapes, depuis l’examen des documents avant les travaux jusqu’au contrôle de l’exécution et à la réception.
Bertin Ntumba Bululu, président de l’APROMEN, a insisté sur la participation des différentes parties prenantes à l’élaboration des normes, afin que celles-ci tiennent compte des réalités nationales.

La durabilité des infrastructures a également occupé une place importante dans les échanges. Odia Kabakele, vice-présidente de la Commission PME de la Fédération des entreprises du Congo, a défendu une culture de maintenance qui accompagne les ouvrages tout au long de leur existence.
« L’inauguration ne marque pas la fin d’un projet, elle marque le début de sa maintenance », a-t-elle rappelé.

Enfin, Elvis Pekeyabo, secrétaire général à l’Urbanisme et Habitat, a distingué les irrégularités administratives des non-conformités techniques, soulignant la nécessité de respecter les normes et les procédures légales dans le traitement des constructions irrégulières.
Reconstruction de Kinshasa : la signature professionnelle engage
Le quatrième panel, consacré à la reconstruction de Kinshasa et au rôle des géomètres-arpenteurs, urbanistes, architectes et ingénieurs dans la création de nouvelles cités et la rénovation des quartiers existants, a mis l’accent sur la responsabilité des professionnels.

En keynote, le ministre d’État, ministre de l’Urbanisme et Habitat, Alexis Gisaro Muvunyi, a défendu une approche intégrée de l’urbanisme, associant habitat, mobilité, eau, énergie, assainissement et espaces publics. Il a également insisté sur la coordination des compétences, la traçabilité des interventions et le respect des exigences techniques.
« Une signature professionnelle doit être un acte de responsabilité. Elle doit identifier celui qui intervient, attester sa compétence et, surtout, engager sa responsabilité », a-t-il affirmé.

Modérés par Fiyou Ndondoboni, président de l’Ordre national des architectes, les échanges ont réuni Mahmoud Nassef, directeur général d’Arab Contractors en RDC, Joël Kyana Basila, président national de la Corporation des Urbanistes Congolais, et Godelieve Phanzu Vangu, experte en cadastre et présidente associée de la Fédération des Géomètres en RDC.
Les discussions ont souligné l’importance d’une collaboration entre les différentes professions pour mieux encadrer l’occupation des sols, anticiper les risques et garantir la qualité des ouvrages. L’enjeu consiste à rénover les quartiers existants tout en planifiant les nouvelles cités avant leur construction.
Corridors économiques : connecter les territoires pour créer de la valeur
Le cinquième panel a porté sur la création de corridors et de pôles économiques, notamment les cités urbaines, les cités industrielles et les plateformes logistiques.
Modérée par Jean Dieudonné Kavese, cette session a mis en avant la nécessité de dépasser une conception des corridors limitée aux infrastructures de transport.
En keynote, Auguy Bolanda Menga, directeur général de l’Agence des zones économiques spéciales (AZES), a défendu une approche axée sur la transformation économique des territoires.
« Un corridor doit être conçu comme un véritable espace économique intégré, capable de rapprocher les zones de production des marchés, de réduire les coûts logistiques, d’attirer les investissements et de favoriser la création d’emplois », a-t-il déclaré.
Il a également insisté sur le passage des simples axes de circulation à des corridors capables de stimuler la production et la transformation locale des ressources.
« L’enjeu est donc de dépasser la logique des simples corridors de transport à une logique de corridors productifs, capables de générer de la valeur ajoutée tout au long de leur parcours », a-t-il souligné.
Le panel a réuni Daniel Luamoshi, directeur général de la Régie des voies fluviales, Gédéon Lufungula, directeur chef du département technique de l’ONATRA, Nadine Butaka, directrice marketing de la zone économique de Kin Malebo, Ibrahim Tarini, directeur général de MEC, Dany Denolf, directeur pays d’Enabel, ainsi que Daniel Sekamwa.
Les échanges ont notamment porté sur la connexion des zones de production aux marchés, le développement des plateformes logistiques, la transformation locale des ressources agricoles et minières et la participation des entreprises congolaises, particulièrement les PME, à la création de valeur.
De la réflexion à l’action
Au terme de cette deuxième journée, les différentes interventions ont convergé vers l’exigence de renforcer la cohérence entre la planification territoriale, la sécurisation foncière, les normes de construction et le développement des infrastructures économiques.
La transformation de Kinshasa et des autres villes de la RDC dépendra notamment de la capacité des pouvoirs publics et des acteurs privés à traduire ces orientations en mesures concrètes, avec des responsabilités clairement définies et un suivi rigoureux de leur mise en œuvre.
Lydia Mangala


