L’annonce d’un cancer peut provoquer un choc psychologique profond, particulièrement lorsqu’elle s’accompagne de paroles brutales ou d’un pronostic présenté comme une condamnation. Lors de la conférence « Combat quotidien », organisée par Chaz-Lune Medical Center ASBL le samedi 17 octobre 2026 au Golden Tulip, à Kinshasa, dans le cadre d’Octobre Rose, le professeur Augustin Mamba Mubiayi a plaidé pour une communication empreinte d’empathie et un accompagnement psychologique adapté aux patients.
Psychologue clinicien, psychothérapeute, professeur d’université et général-major des FARDC, également directeur général du Collège des hautes études de stratégie et de défense (CHESD), il a insisté sur la nécessité de préserver la dignité des personnes malades, y compris lorsque le pronostic est défavorable.
Annoncer le diagnostic sans condamner le patient
Pour le professeur Augustin Mamba, annoncer un diagnostic grave exige de la prudence et de l’empathie. Il a dénoncé les paroles brutales et les pronostics catégoriques sur l’espérance de vie des patients, susceptibles d’accentuer leur détresse psychologique.
« Qui es-tu pour décider de la mort de quelqu’un ? », a-t-il lancé, mettant en garde contre les déclarations qui réduisent le malade à son pronostic.

Il a souligné l’importance des mots employés par les professionnels de santé et l’entourage.
Selon lui, l’annonce doit être honnête, progressive et adaptée à la situation du patient. Elle nécessite un cadre confidentiel, du temps pour expliquer le diagnostic et la possibilité, avec l’accord du malade, d’être accompagné par une personne de confiance. Un langage simple permet également de faciliter la compréhension des informations médicales.
Les premières thérapies de la maladie avant le traitement
Au-delà des traitements médicaux, le Pr Mamba a insisté sur le rôle de l’écoute et du soutien psychologique dans le parcours de soins. La bienveillance, la présence et une parole rassurante peuvent contribuer à apaiser l’angoisse et à préserver la dignité du patient..
Le psychologue a également rappelé que l’accompagnement ne consiste ni à dissimuler la gravité de la maladie ni à promettre une guérison certaine. Il s’agit plutôt de transmettre des informations exactes, de répondre aux préoccupations du patient et de s’assurer qu’il comprend sa situation.
« Il faut donner des informations exactes et compréhensibles, oui, mais vérifier également ce que le patient a compris », a-t-il insisté.
Accompagner la fin de vie dans le respect des choix du patient
Le professeur a également abordé l’accompagnement des personnes atteintes d’une maladie incurable. Même lorsque les perspectives de guérison sont limitées, il estime que le patient doit pouvoir exprimer ses émotions, prendre des décisions et maintenir des liens avec ses proches.
Il a évoqué les différentes réactions psychologiques pouvant suivre l’annonce d’un diagnostic grave, tout en rappelant que chaque personne traverse cette épreuve à son propre rythme.
« Il faut respecter les émotions difficiles sans exiger le courage », a-t-il souligné, appelant à ne pas imposer aux malades une attitude de résignation ou d’acceptation face à leur situation.

L’accompagnement peut également permettre aux patients qui le souhaitent de transmettre leurs dernières volontés, de partager des conseils avec leurs proches ou de régler certaines questions personnelles.
« La qualité des fins de vie relève du respect et des soins. Pas de l’acceptation imposée », a-t-il affirmé.
Les soins palliatifs au-delà du traitement médical
Dans la suite de son intervention, le Pr Augustin Mamba a rappelé que les soins palliatifs ne se limitent pas au soulagement physique. Ils comprennent aussi le soutien psychologique et, selon les souhaits du patient, l’accompagnement spirituel.
Fondateur, depuis 2011 à Kinshasa, d’un centre de consultation et de soins psychologiques, il a indiqué être également premier vice-président de l’Association nationale des soins palliatifs du Congo. Il a évoqué les initiatives de formation et les points de recours développés dans différents hôpitaux pour accompagner les personnes confrontées à des situations de santé difficiles.
Reconnaissant l’insuffisance du nombre de psychologues en RDC, il a plaidé pour un accès plus large à la prise en charge psychologique, au-delà des seuls patients atteints de cancer.

« Il faut accompagner la personne. L’infirmier doit être proche, le médecin doit être proche, les membres de la famille doivent être proches pour leur témoigner de leur amour », a-t-il conclu.
Le professeur a défendu une approche humaine de la lutte contre le cancer, dans laquelle l’annonce du diagnostic, l’écoute, le soutien psychologique et le respect des choix du patient occupent une place essentielle aux côtés des traitements médicaux.
Lydia Mangala


