À la sixième édition du GSAD, le financement de l’agriculture congolaise a été abordé sous l’angle de la préparation des entrepreneurs et de la réduction des risques. Lors du panel consacré à la structuration et à l’accès aux financements, Bamikole Oladokun, Responsable de la banque de détail chez FirstBank, a placé au cœur des échanges la capacité de l’entrepreneur à présenter un projet structuré, documenté, capable de démontrer sa viabilité et surtout adossé à un marché réel.
Face aux entrepreneurs, investisseurs et autres acteurs du secteur réunis au Chapiteau du Palais du Peuple, le banquier a rappelé que le financement d’une activité agricole ne repose pas uniquement sur la volonté de produire. Une institution financière cherche à comprendre le modèle économique, les risques, les capacités de remboursement, les débouchés et les garanties dont dispose le porteur du projet. Autant d’éléments qui permettent de réduire l’incertitude avant de mobiliser des capitaux.
Pour Bamikole Oladokun, le problème ne se situe donc pas toujours du côté des banques mais il commence parfois bien avant la demande de crédit, dans la manière dont l’entrepreneur prépare, structure et présente son activité.
Selon lui, avant de solliciter un financement, les porteurs de projets doivent apprendre à comprendre les exigences du secteur financier et à construire des entreprises capables de rassurer les investisseurs.
Une bonne idée ne suffit pas pour obtenir un crédit
Pour Bamikole Oladokun, l’une des premières difficultés réside dans la manière dont certains entrepreneurs présentent leurs projets. Une idée peut être pertinente, mais si elle n’est pas transformée en véritable projet d’entreprise, elle reste difficilement finançable.
La banque cherche notamment à comprendre le fonctionnement concret de l’activité, les revenus attendus et les risques susceptibles de compromettre le remboursement.
« La banque veut voir votre visibilité, votre idée de business. Elle veut voir que vous avez identifié les risques dans le business et que vous avez des mécanismes pour les réduire. », a-t-il expliqué.
Cette exigence vaut particulièrement pour l’agriculture, un secteur exposé à des risques que l’entrepreneur ne contrôle pas toujours tels que le changement climatique, les maladies, les ravageurs, les difficultés d’accès aux marchés ou l’insuffisance des infrastructures.
Le financement suppose donc que ces risques soient identifiés en amont et que le porteur du projet puisse expliquer comment il compte les gérer.
Produire d’abord ou trouver son marché d’abord ?

L’un des points les plus marquants de son intervention concerne la relation entre production et marché.
Pour le banquier, présenter un projet en annonçant uniquement des volumes de production ne suffit pas. Il faut être capable de démontrer qui achètera cette production.
« Quand vous voulez approcher la banque, ne venez pas à la banque pour dire que vous voulez produire 500 millions de tonnes de maïs. C’est la mauvaise approche. », a-t-il lancé.
L’approche qu’il préconise est différente. Il faut partir d’un besoin clairement identifié et démontrer l’existence d’un débouché.
Un contrat avec un acheteur, un marché déjà identifié ou une relation commerciale crédible peut ainsi contribuer à rassurer le financeur sur la capacité du projet à générer des revenus.
« L’approche doit être : j’ai une entreprise qui produit, et ils nous donnent un contrat pour aller vendre et procéder. », a-t-il poursuivi.
Derrière cette logique se trouve l’idée selon laquelle la banque ne finance pas seulement ce que l’entrepreneur veut produire, elle cherche à comprendre comment cette production deviendra effectivement un revenu.
Le risque agricole impose des garanties
Le financement agricole reste par ailleurs confronté à des risques spécifiques.
Les changements climatiques peuvent perturber une campagne agricole, tandis que les maladies et les ravageurs peuvent affecter les rendements. À cela s’ajoutent les difficultés liées aux infrastructures et à l’acheminement des produits vers les marchés.
Ces incertitudes expliquent pourquoi les banques demeurent plus prudentes lorsqu’il s’agit de financer certaines activités directement liées à la production.
Pour réduire cette exposition, Bamikole Oladokun estime que l’écosystème doit mettre en place des mécanismes permettant de partager le risque, notamment à travers l’intervention publique et les dispositifs de garantie.
Il cite à ce propos plusieurs expériences africaines, notamment celle du Nigeria, où des mécanismes publics de garantie ont été utilisés pour encourager les banques à davantage financer les agriculteurs et les entreprises agricoles.
L’État doit travailler avec les banques
L’expérience d’autres pays africains constitue, selon lui, une piste intéressante pour la RDC.
Bamikole Oladokun insiste particulièrement sur la nécessité d’une collaboration entre les pouvoirs publics et les institutions financières. L’objectif serait de mettre en place des mécanismes de garantie et des conditions permettant aux banques de prendre davantage de risques sur le secteur agricole.
« Les gouvernements ont travaillé avec les banques et, de cette manière, ils ont formé des schémas de garantie du crédit pour aider les agriculteurs et les entreprises à réduire le risque. », a-t-il expliqué.
Dans cette configuration, l’État ne remplace pas la banque. Il contribue plutôt à créer un environnement dans lequel celle-ci peut s’engager davantage auprès des producteurs et entrepreneurs agricoles.
Pour le Responsable de la banque de détail, cette coopération peut constituer un levier important pour développer progressivement le financement du secteur.
Les coopératives peuvent aussi rassurer les banques
Le financement ne doit pas nécessairement se limiter aux entrepreneurs individuels.
Bamikole Oladokun souligne également l’intérêt des coopératives et des regroupements d’acteurs. Le fait de travailler à plusieurs peut permettre de mutualiser certains risques et de présenter à la banque une organisation plus structurée.
FirstBank, explique-t-il, travaille ainsi avec différents profils entre autres particuliers, coopératives et entreprises.
Cette approche peut notamment être pertinente pour les petits producteurs qui disposent individuellement de capacités limitées, mais qui peuvent renforcer leur position en se regroupant autour d’une structure commune.
FirstBank mise sur un accompagnement spécialisé
Pour faciliter cette relation entre les entrepreneurs et l’institution financière, FirstBank dispose également d’un dispositif dédié à l’accompagnement des clients agricoles.
Bamikole Oladokun a notamment évoqué AgriDesk, une équipe spécialisée qui accompagne les porteurs de projets dans la préparation de leurs demandes, la constitution des dossiers et le processus de crédit.
L’objectif est de réduire le décalage entre les attentes des entrepreneurs et les exigences des banques.
Car un projet mal documenté ou insuffisamment structuré ne devient pas plus finançable simplement parce que son porteur dispose d’une bonne idée.
La richesse du sol
L’intervention de Bamikole Oladokun s’est inscrite dans la vision plus large portée par le GSAD de faire de l’agriculture un véritable moteur de développement économique.
Il a rappelé que la richesse du sol ne pourra toutefois être pleinement valorisée sans compétences, innovation et adaptation permanente.
La technologie peut accélérer la transformation agricole, mais elle ne remplace pas l’humain qui porte les projets.
« Le sol est vraiment notre richesse. Mais pour que cette richesse puisse être mise en valeur, vous avez aussi la technologie qui est un accélérateur, mais le plus grand moteur qu’il y a, c’est vous, le capital humain. », a-t-il déclaré.
Un message qui rejoint directement l’ambition du thème de cette sixième édition du GSAD de passer de l’idée à la terre, mais surtout de la terre à une activité capable de créer de la valeur.
Se former avant de demander à être financé
Pour Bamikole Oladokun, cette transformation passe enfin par un changement de posture chez les entrepreneurs.
Il les encourage à mieux connaître les mécanismes de financement, les outils des banques et les exigences liées à la constitution d’un dossier.
« Les banques ne vont pas vous aider en vous apprenant ce que vous devez déjà savoir avant d’aller chez elles. », a-t-il martelé.
La formation devient ainsi une condition préalable à l’accès au financement. L’entrepreneur doit être capable de comprendre son propre modèle économique, d’anticiper ses risques, de documenter son activité et de démontrer l’existence d’un marché.
À ses yeux, cette préparation doit surtout être permanente.
« Tout ce que je vous demande, c’est de vous former constamment, de désapprendre pour réapprendre. », a-t-il recommandé.
Son intervention aura ainsi déplacé le regard sur le financement agricole. Les capitaux existent, mais leur accès dépend aussi de la capacité des entrepreneurs à transformer leurs idées en projets lisibles, documentés et capables de rassurer ceux qui doivent les financer.
Lydia Mangala


