Au GSAD 2026, la question du financement des projets agricoles ne s’est pas limitée à la recherche de capitaux. Lors du panel 4 de la 6ᵉ édition du Grand Salon de l’Agribusiness et du Digital, organisé les 2 et 3 septembre au Chapiteau du Palais du Peuple à Kinshasa autour du thème « De la structuration à l’investissement : comment rendre les projets agricoles finançables ? », la formatrice-coach et consultante Odia Kabakele a déplacé le regard vers un préalable souvent négligé, celui la préparation du porteur de projet.
À l’heure où la RDC cherche à attirer davantage d’investissements et à faire émerger une nouvelle génération d’acteurs agricoles, elle estime que l’accès aux financements passe d’abord par la capacité du porteur de projet à présenter une activité crédible, structurée et viable. Pour elle, l’argent ne constitue donc pas le point de départ, mais l’aboutissement d’un travail de préparation, de structuration et de démonstration de la capacité à exécuter.
Avant l’argent, préparer l’entrepreneur
Face aux jeunes porteurs de projets et aux acteurs de l’écosystème financier présents au salon, Odia Kabakele a commencé par remettre la préparation au centre du processus.
Dans son approche, le financement ne constitue donc pas le point de départ. L’entrepreneur doit d’abord acquérir les compétences nécessaires pour comprendre son activité, anticiper ses risques et convaincre ceux qui pourraient investir dans son projet.
« Le vrai point de départ, ce n’est pas le financement. Souvent, on se pose la question : où vais-je trouver le financement ? Mais avant de trouver le financement, est-ce que vous vous êtes formé ? Est-ce que vous êtes finançable ? », a-t-elle lancé.
Une interrogation qui résume, selon elle, l’un des principaux obstacles auxquels sont confrontés les entrepreneurs. Car un investisseur ne regarde pas uniquement l’idée présentée. Il cherche à savoir qui la porte, quelle est sa capacité d’exécution et si le projet peut réellement transformer les ressources obtenues en résultats.
Faire d’un hectare une véritable entreprise
Le thème général de cette sixième édition du GSAD, « Un jeune, un projet sur un hectare », a trouvé un écho particulier dans son intervention.
Pour Odia Kabakele, l’ambition ne doit pas simplement consister à attribuer une terre à un jeune ou à lui permettre de lancer une activité agricole. L’enjeu est de transformer cet espace en une entreprise viable, capable de produire, de vendre, de générer des revenus et, à terme, de se développer.
Cette transformation suppose cependant de franchir plusieurs étapes. Entre l’idée initiale et l’investissement, l’entrepreneur doit démontrer qu’il maîtrise son projet, son marché, ses coûts, ses risques et son modèle économique.
Autrement dit, la terre seule ne suffit pas à faire une entreprise. Elle doit s’accompagner d’une vision, de compétences, d’une organisation et d’une stratégie d’exécution.
Le premier actif d’un projet, c’est son porteur
Dans son intervention, la consultante a également renversé une idée largement répandue chez les jeunes entrepreneurs de celle selon laquelle l’argent serait le principal facteur de réussite.
Pour elle, le premier capital à développer est humain. Un entrepreneur préparé doit être capable de porter une vision, de prendre des décisions, de gérer ses ressources, de résister aux difficultés et de maintenir le cap malgré les incertitudes.
« Le premier actif du projet, c’est vraiment celui ou celle qui porte ce projet », a-t-elle affirmé.
Elle en fait même une véritable équation entrepreneuriale, articulée autour de plusieurs éléments entre autres vision, compétences, discipline, action et persévérance. L’objectif est de passer d’une simple intention à une capacité réelle d’exécution.
« Le succès n’est pas une chance, c’est une équation à appliquer chaque jour », a-t-elle insisté.
Un investisseur ne finance pas seulement une idée
Cette préparation devient particulièrement importante au moment de rencontrer un financeur. Odia Kabakele rappelle qu’une idée, aussi prometteuse soit-elle, ne suffit pas à obtenir un investissement.
Le porteur de projet doit être en mesure de répondre à des questions très concrètes telles que : quel est son marché ? À qui vend-il ? À quel coût produit-il ? Quels revenus peut-il générer ? Quelle marge peut-il dégager ? Quels sont les risques ? Et surtout, quelle est sa capacité à exécuter et, lorsqu’il s’agit d’un crédit, à rembourser ?
« Un investisseur ne finance pas seulement une idée. Il doit pouvoir comprendre quoi ? Pour qui ? Quel marché ? À quel coût ? Avec quel revenu ? Avec quelle marge ? Avec quel risque ? Avec quelle capacité de remboursement ? », a-t-elle expliqué.
Cette logique permet de distinguer le potentiel d’un projet de sa trajectoire réelle. Une activité peut avoir un marché prometteur sans être suffisamment structurée pour recevoir un financement.
« L’investisseur ne finance pas seulement le potentiel. Il finance une trajectoire crédible », a-t-elle ajouté.
La finançabilité repose sur la confiance
Pour construire cette crédibilité, Odia Kabakele identifie cinq conditions essentielles notamment un entrepreneur préparé, un projet clairement structuré, une viabilité démontrée, une organisation crédible et un accompagnement avant et après le financement.
Cette approche place la relation de confiance au cœur du rapport entre entrepreneur et financeur.
Cette confiance passe notamment par l’intégrité, le respect, l’engagement, la fiabilité et la cohérence. Le business plan présenté au banquier ou à l’investisseur doit ainsi correspondre à la réalité de l’entreprise et à la manière dont celle-ci est effectivement conduite.
Pour la formatrice, le capital financier ne peut donner sa pleine mesure que lorsqu’il rencontre un capital humain suffisamment solide pour le gérer.
« Le capital financier a besoin d’un capital humain capable de le transformer », a-t-elle résumé.
Prioriser, anticiper et apprendre en permanence
Outre le financement, Odia Kabakele a appelé les entrepreneurs à développer une véritable discipline de gestion. Elle a notamment évoqué la matrice d’Eisenhower, permettant de distinguer les tâches urgentes et importantes, ainsi que l’analyse SWOT, utile pour identifier les forces, les faiblesses, les opportunités et les menaces d’une entreprise.
Deux réflexes doivent en découler : prioriser et anticiper.
Mais cette discipline ne peut exister sans apprentissage continu. À ses yeux, l’entrepreneur qui cesse de se former risque de ne plus être capable de répondre aux évolutions de son environnement.
« Quand on ne se forme pas, on se déforme. Tant que je suis en vie, je continue à apprendre », a-t-elle déclaré.
De l’idée aux preuves
Par cette intervention, Odia Kabakele a finalement ramené la question du financement à l’exigence de faire la preuve de la solidité du projet avant de demander au financeur de croire en son potentiel.
Dans le contexte du GSAD, où l’objectif est de faire émerger des projets agricoles portés notamment par les jeunes et de renforcer leur accès aux investissements, son message prend une dimension particulière.
Il ne faut pas uniquement trouver des hectares, des technologies ou des capitaux mais également construire des entrepreneurs capables de transformer ces ressources en entreprises durables.
De l’idée à la terre, puis de la terre à l’entreprise, pour Odia Kabakele, le véritable passage décisif se situe dans la capacité du jeune entrepreneur à se préparer, structurer son projet et apporter aux investisseurs une raison crédible de lui faire confiance.
Lydia Mangala


