La mode congolaise veut désormais dépasser les podiums pour s’affirmer comme un véritable secteur des Industries culturelles et créatives (ICC). C’est dans cette perspective que la sixième édition de la DRC Fashion Week, placée sous le thème « La Sape : héritage, identité et renaissance », a été au cœur des échanges entre la ministre de la Culture, Arts et Patrimoine, Yollande Elebe, et une délégation de l’événement conduite par sa cofondatrice, Bénie Nyota, reçue ce mercredi 19 août à Kinshasa.
Cette rencontre a permis de dresser le bilan de cette édition consacrée à la Société des Ambianceurs et des Personnes Élégantes (SAPE), tout en ouvrant la réflexion sur les perspectives de structuration de la filière mode en République démocratique du Congo.
Au-delà des collections présentées et de l’effervescence des défilés, la DRC Fashion Week entend positionner la mode comme un secteur capable de générer des emplois, de stimuler l’entrepreneuriat des jeunes et de contribuer au rayonnement de l’identité culturelle congolaise.
La ministre a réaffirmé, à cette occasion, la volonté du Gouvernement de travailler à la formalisation de la filière de la mode à travers des cadres juridiques adaptés, notamment pour faciliter l’accès des acteurs du secteur aux financements.
Cette orientation intervient alors que les créateurs congolais font encore face à plusieurs difficultés, parmi lesquelles l’accès aux financements, à la formation, aux matières premières et aux marchés. La structuration du secteur apparaît ainsi comme une condition essentielle pour permettre aux talents locaux de transformer leur créativité en véritables activités économiques.
En choisissant la SAPE comme fil conducteur de sa sixième édition, la DRC Fashion Week a mis en lumière un mouvement culturel profondément ancré dans l’histoire sociale et artistique des deux Congo.
Loin de se limiter à l’apparence vestimentaire, la SAPE est ici présentée comme un espace d’expression, d’élégance, de créativité et d’affirmation identitaire. Les créateurs ont revisité cet héritage à travers des collections où se mêlent couleurs, dandysme, silhouettes contemporaines et références aux grandes figures qui ont contribué à populariser cette culture.
La mode devient ainsi un moyen de raconter une histoire, de préserver une mémoire culturelle et de réinterpréter un patrimoine sans le figer.
La sixième édition a également mis en évidence la dimension transfrontalière de la SAPE. Kinshasa et Brazzaville, séparées par le fleuve Congo, partagent en effet une histoire culturelle dans laquelle la SAPE occupe une place singulière.
La culture constitue un patrimoine commun aux deux rives, dont la transmission et la valorisation peuvent contribuer à renforcer les liens culturels entre les deux Congo.
Cette dimension donne à la DRC Fashion Week une portée qui dépasse l’univers de la mode. En réunissant créateurs, stylistes, mannequins et acteurs culturels autour de cet héritage, l’événement participe également à la construction d’un dialogue culturel entre Kinshasa et Brazzaville.
Au fil de ses éditions, la DRC Fashion Week s’est progressivement imposée comme une vitrine pour les créateurs et mannequins congolais. Après avoir consacré une précédente édition à l’artisanat et aux différentes cultures de la RDC, elle s’est cette fois intéressée à un phénomène culturel intimement lié à l’histoire artistique et sociale des deux Congo.
Mais derrière les défilés se pose la question : comment transformer le potentiel créatif de la mode congolaise en une véritable industrie ?
La réponse passe notamment par l’accès au financement, la professionnalisation des acteurs, le développement des compétences, la disponibilité des matières premières, l’accès aux marchés et la mise en place d’un environnement juridique favorable.
C’est précisément sur ce terrain que la reconnaissance de la mode comme composante des Industries culturelles et créatives prend tout son sens. Styliste, mannequin, photographe, maquilleur, designer, artisan, producteur d’événements ou encore créateur de contenus : toute une chaîne de métiers peut être stimulée par le développement du secteur.
En valorisant la SAPE, la DRC Fashion Week veut donc faire du patrimoine culturel un point de départ pour créer, entreprendre et rayonner, plutôt qu’un simple objet de nostalgie.
La sixième édition aura ainsi permis de poser un regard nouveau sur la SAPE comme un héritage qui se réinvente, une identité qui se raconte par le vêtement et un potentiel économique que la RDC cherche désormais à mieux structurer.
La mode congolaise compte définitivement changer de dimension pour ne plus être seulement admirée sur les podiums, mais reconnue comme une industrie capable de créer de la valeur, des emplois et de porter l’identité congolaise au-delà des frontières.
Lydia Mangala


