Dans son adresse à la Nation consacrée au lancement du processus du dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, le président Félix Tshisekedi a réaffirmé la place centrale de la diplomatie dans la recherche d’une sortie de crise en République démocratique du Congo. Il a notamment insisté sur les processus engagés à Washington et à Doha, dont il a précisé les rôles respectifs dans le règlement du conflit qui affecte particulièrement l’Est du pays.
Pour le chef de l’État, ces deux cadres diplomatiques ouvrent des perspectives importantes, mais ne sauraient se substituer au travail de reconstruction et de cohésion que les Congolais doivent mener à l’intérieur du pays.
« Les processus engagés à Washington et à Doha, ainsi que les initiatives conduites sous l’égide de l’Union africaine avec l’appui de la CIRGL, de la SADC, de l’Union européenne et des Nations unies, ont ouvert de nouvelles perspectives de sortie de crise », a déclaré Félix Tshisekedi.
Le président a ensuite établi une distinction entre les deux mécanismes. Selon lui, le processus de Washington porte principalement sur la dimension interétatique du conflit, notamment les relations entre la RDC et le Rwanda et les conditions d’une sécurité régionale fondée sur le respect de la souveraineté des États.
« Le processus de Washington traite principalement de la dimension inter-étatique du conflit, des engagements de la République démocratique du Congo et du Rwanda, ainsi que des conditions d’une sécurité régionale fondées sur le respect de la souveraineté des États », a-t-il expliqué.
De son côté, le processus de Doha est présenté comme le cadre consacré notamment aux questions directement liées aux hostilités avec l’AFC/M23. Félix Tshisekedi y rattache les mécanismes de vérification, l’accès humanitaire, ainsi que les conditions nécessaires à la stabilisation durable de l’Est de la RDC.
« Le processus de Doha porte notamment sur la cessation des hostilités avec l’AFC M23, les mécanismes de vérification, l’accès humanitaire et les conditions nécessaires à la stabilisation durable de l’Est de notre pays », a-t-il précisé.
Le chef de l’État a également souligné le rôle de l’Union africaine dans l’articulation de ces différentes démarches diplomatiques. À travers sa médiation et son panel de facilitateurs, l’organisation continentale doit, selon lui, veiller à la cohérence des initiatives engagées avec les organisations régionales et les partenaires internationaux.
Tout en saluant les perspectives offertes par ces mécanismes, Félix Tshisekedi a insisté sur leurs limites. La diplomatie peut contribuer à régler la dimension extérieure de la crise, mais elle ne peut, à elle seule, résoudre les fragilités internes qui affectent la RDC.
« Ces processus sont indispensables. Ils doivent être poursuivis avec constance et leurs engagements pleinement exécutés », a affirmé le président.
« Notre cohésion intérieure dépend avant tout de nous », a-t-il ajouté.
Pour le chef de l’État, la sécurité du pays repose à la fois sur la capacité de la RDC à défendre son territoire, sur la solidité de ses institutions et sur l’efficacité de sa diplomatie. Mais la paix durable devra également être soutenue par une reconstruction intérieure et une cohésion nationale renforcée.
« Les processus de Washington et de Doha peuvent soutenir nos efforts en faveur de l’assainissement des relations entre États, de la cessation des hostilités et de la stabilisation de l’Est », a-t-il reconnu.
« Aucun accord diplomatique ne peut définir à la place des Congolais la République que nous voulons bâtir, ni réconcilier durablement nos communautés sans leur pleine participation », a-t-il renchéri.
Cette distinction constitue l’un des principaux axes de son appel au dialogue national. Le processus annoncé doit ainsi s’attaquer aux causes profondes des crises internes, tandis que les mécanismes de Washington et de Doha continueront de traiter les dimensions interétatique et militaire du conflit.
Félix Tshisekedi estime ainsi qu’une éventuelle avancée diplomatique ne pourra produire une paix durable que si elle s’accompagne d’un travail de fond à l’intérieur du pays.
« Les avancées obtenues sur le terrain diplomatique ne produiront une paix durable que si elle s’appuie sur la cohésion nationale et sur la reconstruction intérieure de la République », a-t-il déclaré.
C’est dans cette logique qu’il a annoncé la convocation d’un dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État, présenté comme une initiative « souveraine conçue par les Congolais et pour les Congolais ».
Le président a toutefois tenu à préciser que ce dialogue ne constituera ni une négociation avec l’agresseur, ni une voie parallèle aux discussions de Doha.
« Il ne constituera ni une négociation avec l’agresseur ou ses supplétifs, ni un moyen détourné de remettre en cause le choix souverain du peuple exprimé par les urnes en 2023 », a-t-il martelé.
Il a également indiqué que le processus de Doha demeure le cadre approprié pour traiter directement avec l’AFC/M23 des questions liées à la cessation des hostilités, au désengagement, au cantonnement et au désarmement.
« Le processus de Doha demeure le cadre approprié pour traiter avec l’AFC M23 des questions relatives à la cessation des hostilités, au désengagement, au cantonnement, au désarmement et aux autres modalités directement liées au conflit », a-t-il insisté.
Pour le président congolais, les deux démarches doivent donc avancer parallèlement, chacune dans son domaine, sans que le dialogue national ne vienne brouiller les responsabilités.
Cette articulation entre diplomatie extérieure et reconstruction intérieure constitue ainsi l’un des messages forts de l’adresse présidentielle. Washington et Doha doivent contribuer à la cessation du conflit et à la stabilisation régionale, tandis que le dialogue national doit permettre aux Congolais de s’attaquer aux fractures institutionnelles, politiques, sociales et communautaires qui fragilisent durablement la République.
Félix Tshisekedi a enfin appelé les partenaires internationaux à poursuivre leur accompagnement, notamment pour contribuer au retrait des troupes rwandaises du territoire congolais, au dépôt des armes par l’AFC/M23 et à l’aboutissement des processus engagés à Washington et à Doha.
Lydia Mangala


