« Elles ont gagné la loi. Ont-elles gagné le pouvoir ? » Cette interrogation a résonné le jeudi 6 août au Musée national de la République démocratique du Congo à l’occasion de la 4ᵉ édition de la Journée internationale de la femme africaine (JIFA), organisée sous le thème « Femmes, paix et parité ». Une rencontre qui a placé au centre des débats la question de la représentation effective des femmes dans les espaces de décision, vingt ans après l’inscription du principe de parité dans les instruments juridiques congolais.
Organisée par la Cadre permanent de concertation de la femme congolaise (CAFCO) en collaboration avec la Salama Women’s Institute et plusieurs partenaires techniques et financiers, cette célébration a réuni des membres du gouvernement, des représentants des institutions, des organisations de la société civile, des partenaires internationaux ainsi que des femmes engagées dans le combat pour l’égalité.
Cette édition a constitué un moment de réflexion sur les avancées réalisées et les défis qui persistent pour une participation pleine et entière des femmes à la gouvernance du pays.

Prenant la parole, la présidente du CAFCO, Grâce Lula, a rappelé que l’inscription de la parité dans les textes constitue une étape importante, mais qu’elle doit désormais être accompagnée d’une application concrète.
« Elles ont gagné la loi. Ont-elles gagné le pouvoir ? C’est la seule question que nous posons aujourd’hui », a-t-elle déclaré, appelant les autorités à accélérer la mise en œuvre effective des dispositions relatives à la représentation des femmes.
Pour elle, le combat actuel ne porte plus uniquement sur la reconnaissance des droits, mais sur l’accès réel aux responsabilités.
« Nous ne sollicitons pas une faveur : nous demandons l’application d’une loi que ce pays s’est donnée à lui-même », a-t-elle insisté.
Elle a également annoncé la production d’un document de recommandations destiné au gouvernement, notamment sur les postes nominatifs qui, selon elle, peuvent permettre une meilleure représentativité des femmes sans attendre les prochaines échéances électorales.
Présente à cette cérémonie, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a salué le parcours des femmes qui ont porté le combat de la parité en République démocratique du Congo et reconnu les progrès accomplis ces dernières années.
Elle a notamment rappelé que son accession à la tête du gouvernement constitue une avancée historique dans l’histoire politique du pays, tout en soulignant que la présence d’une femme à ce niveau de responsabilité ne suffit pas à elle seule à achever le combat pour l’égalité.
« La parité ne se résume pas à une simple question de chiffres. Elle exige au contraire que les compétences féminines soient reconnues, valorisées et placées au service de la République », a déclaré la cheffe du gouvernement.
Elle a réaffirmé l’engagement de l’exécutif à renforcer l’accès des femmes aux responsabilités publiques, à soutenir l’éducation des filles, la formation professionnelle et l’autonomisation économique.
« La République a besoin de votre intelligence, de votre créativité, de votre génie, de votre engagement et de votre détermination », a-t-elle lancé aux femmes congolaises.
La Première ministre a également rendu hommage aux femmes de l’Est du pays qui, malgré les conflits et les violences, continuent de jouer un rôle majeur dans la consolidation de la paix, la solidarité communautaire et le développement local.
La cérémonie a été marquée par la reconnaissance des femmes ayant contribué à l’inscription du principe de parité dans la Constitution congolaise. Des brevets de mérite leur ont été remis en hommage à leur engagement.

À travers la projection du documentaire « L’histoire de la parité en RDC », réalisé par Marie-Rose Tshite, les participants ont également revisité le parcours des militantes, chercheuses et actrices politiques qui ont œuvré pour faire avancer la cause féminine dans le pays.
Evelyne Mbata, représentante des femmes pionnières, a appelé la nouvelle génération à poursuivre ce combat avec détermination.
« Le premier conseil que je donnerai à ces jeunes femmes-là, c’est d’être persévérantes, de croire en elles-mêmes et de se battre pour la concrétisation de cette parité que nous avons pu inscrire dans la Constitution », a-t-elle déclaré.
Cette 4ᵉ édition de la JIFA a également mis en avant le rôle des femmes dans les processus de paix en RDC, notamment à travers la présentation d’une stèle dédiée aux femmes congolaises bâtisseuses de paix entre 1998 et 2003, ainsi qu’une exposition d’archives consacrée à leur implication dans les différents processus de paix.
Les échanges ont aussi porté sur les réformes électorales inclusives et la nécessité de garantir une meilleure participation des femmes dans les institutions.
Le CAFCO a annoncé l’organisation prochaine d’un forum national des femmes pour une paix durable et inclusive, prévu les 11 et 12 août prochains, afin de renforcer la participation des femmes dans les processus de dialogue et de décision.
Vingt ans après l’inscription de la parité dans les textes, la JIFA aura ainsi posé une question centrale : comment transformer une conquête juridique en une réalité quotidienne dans les institutions et dans la société ? Une réflexion qui rappelle que l’égalité ne se mesure pas seulement aux lois adoptées, mais aussi aux responsabilités effectivement confiées aux femmes.
Lydia Mangala


