De la prévention au diagnostic, des traitements à l’accompagnement psychologique et spirituel, en passant par la solidarité financière, la conférence « Combat quotidien », organisée par Chaz-Lune Medical Center ASBL, le samedi 17 octobre 2026 à l’hôtel Golden Tulip, à Kinshasa, a réuni plusieurs acteurs engagés dans la lutte contre le cancer du sein.
Placée sous le thème « Entre sciences, foi et tradition face au cancer du sein : quelle démarche intégrée pour la prévention et la prise en charge ? », cette rencontre, initiée par le Dr Aaron Kondolo Masengo, président de Chaz-Lune Medical Center ASBL, a rassemblé des professionnels de santé, des responsables religieux, des représentants d’institutions, des entrepreneurs et des acteurs associatifs autour d’une approche multidisciplinaire de la maladie.
Prévention et diagnostic, premiers leviers de la lutte

Pédiatre et présidente du conseil d’administration du Fonds de solidarité de santé (FSS), la Dre Francine Ilela Ekila a insisté sur l’importance de la détection précoce et de la consultation médicale dès l’apparition d’une anomalie.
« Dès que vous sentez une anomalie, mes chères sœurs, mes filles, tout ce que vous constatez sur votre sein d’anormal, ne jouez pas aux apprentis sorcières. Allez consulter », a-t-elle insisté.

Pour sa part, le Dr Arsène Tshivuadi, médecin oncologue engagé dans la lutte contre le cancer en RDC, a alerté sur le manque de spécialistes et d’infrastructures. Selon les chiffres qu’il a présentés, Kinshasa, avec environ 17 millions d’habitants, ne compterait que quatre oncologues médicaux.
« Si vous faites 17 millions divisés par 4, vous avez le chiffre. Donc c’est un oncologue pour 4 250 000. Vous imaginez un peu. C’est énorme. On n’a pas assez de moyens. On n’est pas assez nombreux », a-t-il déploré, appelant à renforcer la sensibilisation et l’accès à des informations médicales fiables.

Pour le Dr Mardoché Binangu, anatomopathologiste aux Cliniques universitaires de Kinshasa (CUK), la précision du diagnostic est tout aussi déterminante pour orienter le traitement.
« On ne peut pas soigner le cancer lorsqu’on n’a pas posé le diagnostic », a-t-il rappelé.

Il a souligné l’importance des biopsies et des examens complémentaires pour identifier le type de tumeur et adapter la prise en charge.
Médicaments et solidarité financière au cœur des préoccupations

Juriste et médecin diplômé en épidémiologie des cancers, le Dr Benjamin Penge Libe, coordonnateur technique du Centre national de lutte contre le cancer (CNLC), a abordé la pharmacovigilance et la disponibilité des traitements anticancéreux.
Selon les chiffres avancés durant son intervention, environ 80 médicaments anticancéreux sur les 300 recensés seraient disponibles dans le pays.
Il a également évoqué une livraison de médicaments évaluée à 11 millions de dollars américains, destinée à contribuer à la prise en charge de plus de 10 000 patients, ainsi que des thérapies ciblées fournies gratuitement dans le cadre d’un partenariat avec Roche.
« Aujourd’hui, au regard de l’ampleur de la problématique du cancer, la lutte contre le cancer est un devoir civique », a-t-il déclaré, insistant sur la sécurité des médicaments et le suivi médical des patients.

La question du financement des soins a également occupé une place importante. La Dre Francine Ilela Ekila a défendu la mutualisation des contributions pour réduire les inégalités d’accès aux soins et éviter que les difficultés financières ne compromettent la prise en charge.
Lors de la levée de fonds organisée pendant la conférence, elle a appelé les participants à traduire leur mobilisation en actions concrètes.

« Pas assez de médecins. Pas assez de structures. Pas assez d’accompagnateurs. Pas assez, pas assez, pas assez. Quand est-ce que ça va devenir assez ? Comment ça va devenir assez ? C’est pour ça qu’on est ici », a-t-elle lancé.
La foi et l’accompagnement humain en complément des soins
L’apôtre Marcello J. Tunasi, visionnaire des Églises Compassion et du CREFM, a insisté sur la complémentarité entre la foi et la médecine. Dans son intervention sur l’accompagnement spirituel en fin de vie, il a appelé les familles et les responsables religieux à soutenir les malades sans les culpabiliser ni les détourner des traitements.
« Les miracles de guérison ne s’opposent pas au fait d’aller voir un médecin, prendre des produits ne t’empêche pas de prier et prier ne t’empêche pas de croire en la médecine, car c’est Dieu qui a donné l’intelligence aux médecins », a-t-il affirmé.

Il a également plaidé pour un accompagnement respectueux de la liberté et de la dignité des patients, tout en exprimant son opposition à l’euthanasie sur la base de ses convictions chrétiennes.

Sur le plan psychologique, le Pr Augustin Mamba Mubiayi, psychologue clinicien, psychothérapeute, général-major des FARDC et directeur général du Collège des hautes études de stratégie et de défense (CHESD), a appelé à annoncer le diagnostic avec empathie et à préserver la dignité des personnes malades.
« Il faut donner des informations exactes et compréhensibles, oui, mais vérifier également ce que le patient a compris », a-t-il souligné.

De son côté, Miracle Almansi, entrepreneure dans le secteur de la beauté et directrice générale de MiraMakeup, a présenté les soins esthétiques comme un moyen de soutenir le moral des femmes confrontées aux transformations physiques liées à la maladie et aux traitements.
« J’ai compris qu’au-delà du fait d’être esthéticienne-maquilleuse, j’ai bien plus à apporter aux personnes qui viennent vers moi », a-t-elle confié, plaidant pour une collaboration entre professionnels de santé, esthéticiens, familles et responsables religieux.
Le témoignage de Mariam, entre épreuves et espoir
Âgée de 39 ans, Mariam a partagé son parcours depuis son diagnostic en juillet 2025. Initialement prise en charge pour un cancer du sein de stade III sans métastases, elle a suivi une chimiothérapie avant de bénéficier de l’appui de la Fondation LONA, portée par la Première dame Denise Nyakeru Tshisekedi, pour poursuivre ses soins au Kenya.
Après quatre séances supplémentaires, la maladie a progressé avec l’apparition de métastases pulmonaires, correspondant à un stade IV.
Face à cette évolution et aux difficultés annoncées par son oncologue, Mariam a témoigné de l’importance de la foi dans son combat.
« Avec Dieu, il y a de l’espoir », a-t-elle déclaré, tout en rappelant que la maladie existe et que sa découverte précoce peut permettre de mieux la prendre en charge.

Son témoignage a rappelé la nécessité d’un accompagnement qui ne se limite pas aux traitements, mais intègre également les dimensions psychologique, sociale et spirituelle.
Les partenaires appelés à renforcer leur engagement
Les partenaires de la conférence ont également présenté des initiatives destinées à améliorer l’accès aux soins et la sensibilisation.
Directeur général de Medi Afric Congo SARL, Emmanuel Ntalaja Mukengeshai a évoqué les solutions proposées par son entreprise en matière de chaîne du froid vaccinale, d’équipements de laboratoire et de blocs opératoires, ainsi que sa participation à des programmes de déploiement d’équipements, dont un partenariat avec l’UNICEF.

De son côté, Dan Ngoyi, représentant de la Clinique et Laboratoire Le Magnolia-B2A, partenaire de l’événement, a rappelé la nécessité pour les femmes d’assurer un suivi gynécologique régulier.
« Chaque dame doit avoir son gynécologue. Et si tout va bien, elle doit avoir son gynécologue une seule fois par an », a-t-il recommandé, insistant sur la prévention et le suivi médical.

Kizzy Tuluka, directrice des ressources humaines du Golden Tulip et ambassadrice de l’éducation de la Fondation Tuluka, a pour sa part présenté l’initiative « Yoka Biso », qui vise notamment à rapprocher la sensibilisation, le dépistage et l’accompagnement des femmes vivant dans des zones reculées.
« Ce n’est pas simplement un discours, ce n’est pas simplement un ruban qu’on porte, c’est un engagement », a-t-elle déclaré.

Elle a également annoncé des promotions au Golden Tulip durant le mois d’octobre, notamment dans les espaces de sport et de restauration, dans le cadre de la mobilisation autour d’Octobre Rose.
Faire d’Octobre Rose un engagement permanent
Au terme de la conférence, la Dr Francine Ilela a appelé à maintenir cet engagement au-delà de la campagne annuelle, rappelant que les besoins des personnes atteintes de cancer ne disparaissent pas à la fin du mois d’octobre.
« Octobre Rose, ce n’est pas un mois, ce n’est pas un jour, c’est toute l’année », a-t-elle insisté.

Cette rencontre organisée par Chaz-Lune Medical Center ASBL aura ainsj mis en lumière les défis persistants en RDC, notamment le manque de spécialistes et les difficultés d’accès aux examens diagnostiques et aux traitements.
Les échanges ont souligné la nécessité d’une mobilisation durable associant institutions, professionnels de santé, familles, communautés religieuses, entreprises et associations.

« Ensemble, puisque nous sommes tous concernés, nous vaincrons le cancer », a lancé la Dr Francine Ilela au terme de la conférence.
Lydia Mangala


