Un important dispositif sanitaire a été déployé au port de Maluku, à l’entrée de Kinshasa, après le signalement d’un cas suspect de maladie à virus Ebola à bord du bateau Yingfeng 2, qui transportait plus de 200 passagers. Face aux nombreuses rumeurs relayées sur les réseaux sociaux, le Gouvernement congolais rassure qu’aucun cas d’Ebola n’a été confirmé à Kinshasa et toutes les mesures de prévention ont été immédiatement mises en œuvre.
À l’issue d’une réunion de haut niveau présidée mercredi 5 août par le Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, le ministre de la Santé publique, Roger Kamba, a tenu à rassurer la population, soulignant que le bateau avait été maintenu à environ 65 kilomètres de la capitale par mesure de précaution.
« Nous avons suspecté un cas au niveau de la zone de santé de Pimu, dans la Mongala. Cette personne était sur le bateau. Elle est descendue du bateau et c’est en dehors du bateau qu’elle a présenté des symptômes avant de décéder. Dès que nous avons été alertés, nous avons commencé à suivre ce bateau. Il est maintenu à une distance de 65 kilomètres de Kinshasa et c’est vraiment par prévention que nous le faisons », a déclaré le ministre.
Selon les autorités sanitaires, le bateau avait quitté Kisangani, dans la province de la Tshopo, entre le 19 et le 21 juillet, avant de descendre le fleuve Congo en direction de Kinshasa.
Au cours de son passage dans la province de la Mongala, un passager a développé des symptômes compatibles avec ceux de la maladie à virus Ebola. Descendu de l’embarcation, il a été pris en charge dans un centre de santé avant de décéder lors de son transfert vers l’hôpital de référence de la zone de santé de Pimu.
Aucun prélèvement biologique n’ayant été réalisé avant son inhumation, les autorités ont décidé de considérer ce décès comme un cas suspect et de déclencher les procédures de surveillance épidémiologique afin de retracer le parcours du patient et d’identifier toutes les personnes susceptibles d’avoir été en contact avec lui.
À son arrivée au port de Maluku, le bateau a été immédiatement pris en charge par un important dispositif réunissant le ministère de la Santé, l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) ainsi que plusieurs partenaires de la riposte.
Des tentes médicales ont été installées sur le site afin de procéder au dépistage systématique de l’ensemble des passagers et de l’équipage.
Les autorités ont annoncé que toutes les personnes présentant des symptômes seront isolées et soumises à des analyses de laboratoire, tandis que les contacts identifiés feront l’objet d’une surveillance renforcée ou d’une quarantaine lorsque cela sera nécessaire. Le bateau sera également entièrement désinfecté avant toute nouvelle autorisation de navigation.
Pour renforcer les capacités de diagnostic, un laboratoire mobile de l’INRB a été déployé sur place sous la supervision du professeur Jean-Jacques Muyembe et des équipes spécialisées.
Le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, a confirmé que tous les passagers seraient testés avant toute décision concernant leur déplacement.
Face à la multiplication des publications alarmistes sur les réseaux sociaux évoquant plusieurs décès à bord du bateau, Roger Kamba a appelé la population à ne pas relayer des informations non vérifiées.
« Je voudrais arrêter cette infodémie qui dit qu’il y a déjà eu six ou sept morts sur le bateau. Ce n’est pas vrai. Il n’y a pas eu d’autres décès sur cette embarcation. Nous n’avons pas dit qu’il s’agit d’Ebola, mais d’un cas suspect pour lequel nous prenons toutes les précautions nécessaires », a insisté le ministre.
Il a rappelé que la localité de Pimu, où le décès est survenu, se situe dans la province de la Mongala et non à Kinshasa, contrairement à certaines affirmations largement diffusées sur Internet.
Cette alerte intervient alors que la République démocratique du Congo poursuit la lutte contre sa 17ᵉ épidémie de maladie à virus Ebola, provoquée par la souche Bundibugyo.
Selon le dernier rapport du ministère de la Santé publié le 3 août, le pays comptabilise 3 874 cas confirmés, 1 751 décès et 749 guérisons, l’épidémie restant concentrée dans cinq provinces : l’Ituri, le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, le Haut-Uélé et la Tshopo.
Les autorités rappellent que la détection précoce, le suivi rigoureux des contacts, la surveillance aux points d’entrée et l’implication des communautés demeurent les principaux outils pour empêcher toute propagation vers les grandes agglomérations.
En maintenant le bateau sous surveillance avant son arrivée à Kinshasa et en déployant immédiatement des équipes spécialisées, le Gouvernement entend privilégier le principe de précaution afin de protéger la population tout en évitant toute psychose. Les résultats des analyses en cours permettront de déterminer si le décès enregistré dans la Mongala est effectivement lié à la maladie à virus Ebola.
Lydia Mangala


