Face à l’ampleur de l’insalubrité dans la capitale, le gouvernement provincial passe à une nouvelle étape dans l’organisation de la gestion des déchets. Plus de 400 zones de décharge sont actuellement en construction à travers Kinshasa, dans le cadre du programme de gouvernance « Kinshasa Ezo Bonga » porté par le gouverneur Daniel Bumba Lubaki.
L’initiative intervient dans une ville qui produit quotidiennement entre 15 000 et 20 000 tonnes de déchets, selon les données communiquées par les autorités provinciales. Des estimations antérieures de la Régie de gestion des déchets évoquaient déjà près de 15 000 tonnes par jour.
Les nouvelles infrastructures ne constituent pas des centres d’enfouissement définitifs. Elles sont conçues comme des points de regroupement temporaire, où les déchets pourront être stockés avant leur évacuation vers les centres d’enfouissement technique, notamment celui de Mpasa.
Plusieurs chantiers sont déjà ouverts dans différentes communes. Le site situé au croisement des avenues Saio et Ngiringiri, dans la commune de Ngiringiri, illustre ce dispositif. Les ouvrages comprennent notamment des murs en béton armé, des bacs à ordures, un système d’éclairage et une porte d’accès.
L’objectif est de créer des espaces identifiés et sécurisés pour le dépôt des déchets, afin de réduire progressivement les dépôts sauvages dans les rues, les parcelles et les caniveaux.
L’enjeu est aussi logistique. La construction de ces zones de regroupement n’aura d’effet durable que si elle est accompagnée d’une collecte régulière et d’une évacuation efficace.
La ville indique avoir renforcé ses moyens matériels avec l’acquisition de plusieurs centaines de camions-bennes et de camions-compresseurs destinés à transporter les déchets vers les sites d’enfouissement.
Cette approche s’inscrit dans une réflexion plus large sur la gestion intégrée des déchets. En mai 2026, le ministère du Plan avait présenté les études de faisabilité d’un projet visant notamment la mise en place d’infrastructures modernes de tri et de valorisation des déchets.
Le centre d’enfouissement technique de Mpasa, situé à Nsele, constitue l’un des principaux points de destination des déchets collectés à Kinshasa. Le site, créé dans le cadre d’un projet d’assainissement urbain, fait également l’objet de travaux visant notamment à améliorer son accessibilité.
La logique recherchée est donc celle d’une chaîne comprenant la production des déchets, le regroupement dans les quartiers, la collecte, le transport, l’enfouissement ou, à terme, la valorisation.
Cette organisation doit permettre de rompre avec une gestion essentiellement ponctuelle de l’insalubrité. Radio Okapi rapportait en 2025 que moins de 10 % des flux de déchets de Kinshasa bénéficiaient alors d’un traitement adéquat, dans un contexte marqué par la prolifération des dépotoirs sauvages et l’obstruction des caniveaux.
La construction de plus de 400 zones de décharge constitue ainsi une infrastructure de base, mais elle ne règle pas à elle seule la question des déchets à Kinshasa.
La réussite du dispositif dépendra notamment de la régularité de la collecte, de la disponibilité des équipements, de l’entretien des sites, du contrôle des dépôts et de l’adhésion des habitants. La sensibilisation des ménages et le respect des points de regroupement seront également déterminants pour éviter que ces nouvelles infrastructures ne deviennent elles-mêmes de nouveaux dépotoirs anarchiques.
Avec une production quotidienne qui se chiffre en dizaines de milliers de tonnes, Kinshasa doit désormais passer d’une logique d’évacuation ponctuelle à une véritable filière structurée de gestion des déchets, allant de la collecte jusqu’au traitement et à la valorisation.
Le chantier engagé autour de ces plus de 400 zones de décharge constitue une étape dans cette transformation. Son véritable impact se mesurera toutefois à la capacité de la capitale à faire fonctionner durablement l’ensemble de la chaîne.
Lydia Mangala


