La République démocratique du Congo a marqué, dimanche 2 août 2026, la quatrième commémoration nationale du GENOCOST (Génocide congolais pour des fins économiques) au Mémorial du GENOCOST à Kinshasa. Placée sous le thème « Maintenant que tu sais, que fais-tu ? », cette édition a invité la nation à dépasser le simple devoir de mémoire pour s’interroger sur sa responsabilité face aux souffrances des victimes et sur les actions à engager pour faire triompher la vérité, la justice et la réparation.
Dans un moment chargé d’émotion et de recueillement, les plus hautes autorités du pays, les survivants des conflits, les familles des victimes, les représentants diplomatiques et les partenaires internationaux se sont réunis pour honorer la mémoire de millions de Congolais touchés par des décennies de violences et faire de la mémoire un véritable levier de reconstruction et de paix durable.
Présidée par le Chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi, en présence de la Première Dame Denise Nyakeru Tshisekedi, de la Première ministre Judith Suminwa, des membres du gouvernement, des élus, des représentants des organisations internationales, des chefs coutumiers, des confessions religieuses et des survivants, cette cérémonie, modérée par Guy Christian Moju, a placé les victimes au centre du récit national.
La cérémonie a démontré que se souvenir ne suffit plus. La mémoire doit conduire à des actes concrets pour restaurer la dignité de celles et ceux qui ont subi les conséquences des conflits.
Dans son adresse, le Président Félix Tshisekedi a rappelé que cette commémoration ne devait pas être perçue comme un simple retour sur les blessures du passé, mais comme une démarche de vérité et de reconstruction.
« Les nations se construisent par les victoires qu’elles remportent. Elles se forgent aussi dans les épreuves qu’elles surmontent et dans la vérité qu’elles ont le courage de regarder en face », a déclaré le Chef de l’État.
Pour lui, rendre hommage aux victimes implique également de leur garantir justice et réparation.
« Les réparations ne sont ni une faveur ni un acte de charité. Elles constituent une obligation de justice, une expression concrète de la solidarité nationale et une étape indispensable dans la restauration de la dignité des victimes », a-t-il affirmé.
Félix Tshisekedi a également annoncé la poursuite de la mise en place du Musée national du GENOCOST, appelé à préserver les archives, les témoignages et les preuves liées aux crimes commis en République démocratique du Congo, afin de transmettre cette mémoire aux générations futures.
Prenant la parole au nom du Fonds national de réparation des victimes (FONAREV), son directeur général Patrick Fata Makunga a appelé à dépasser la seule commémoration pour faire de la mémoire une action concrète au service des survivants.
« Il est des jours où une nation célèbre ses victoires. Il existe des jours où une nation célèbre ses héros. Et puis, il existe des jours où une nation regarde son histoire en face. Le 2 août est de ceux-là », a-t-il déclaré.
Selon lui, cette journée impose une responsabilité collective : celle de ne jamais laisser les victimes disparaître une seconde fois dans l’oubli.
« Une nation qui commémore sans réparer risque de prolonger la souffrance qu’elle prétend honorer », a averti le directeur général du FONAREV.
Il a rappelé les avancées enregistrées dans l’identification et l’accompagnement des victimes. Plus de 1,2 million de victimes potentielles ont déjà été enregistrées dans le processus national, avec des actions comprenant notamment des soins médicaux spécialisés, un accompagnement psychosocial, des programmes de réinsertion économique et des réparations administratives.
« Pour la première fois dans notre pays, les victimes sortent progressivement de l’invisibilité. Chaque enregistrement est un nom retrouvé, une histoire reconnue, une souffrance que la nation accepte de regarder en face », a-t-il souligné.
De son côté, le coordonnateur de la Commission interinstitutionnelle d’appui à la justice transitionnelle (CIA-VAR), François Kakese Kimaza, a présenté les avancées enregistrées dans la construction d’un cadre national associant mémoire, justice, réparation et réforme.
« Cette année marque une étape importante pour la CIA-VAR : celle du passage de la mise en place des fondements à la consolidation de l’action. La mémoire s’est transformée en action, le narratif national s’est enrichi d’un argumentaire partagé, les réformes se sont approfondies et la voix des victimes a gagné en force dans les enceintes internationales », a-t-il déclaré.
Il a notamment cité l’adoption des mesures d’application de la loi sur les réparations, la mise en place des mécanismes de gouvernance, la consolidation de la liste unique des victimes avec le FONAREV ainsi que les réformes engagées pour renforcer la justice transitionnelle en République démocratique du Congo.
François Kakese a également insisté sur la dimension collective du GENOCOST, estimant qu’il dépasse les institutions pour devenir une responsabilité nationale.
« Le Génocost, en tant que référentiel mémoriel, n’appartient ni au Gouvernement, ni au FONAREV, ni à une organisation particulière. Il appartient à toute la nation. Il est l’affaire de chaque Congolais », a-t-il affirmé.

Le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba Kabuya, a pour sa part rappelé les fondements juridiques du concept de GENOCOST, soulignant qu’il permet de mettre en lumière les massacres, les pillages et les violences commises en RDC dans un contexte marqué par des intérêts économiques.
« Le Génocost est plus large que le génocide en ce qu’il évoque tous les massacres, tous les pillages, en particulier les génocides perpétrés en RDC depuis 1996, les mobiles économiques de ceux-ci ainsi que la mémoire des victimes », a expliqué le ministre.
Il a appelé la justice congolaise à exploiter les différents rapports et documents disponibles afin de poursuivre les auteurs des crimes accessibles aux juridictions nationales, rappelant que la vérité et la justice demeurent des attentes majeures des victimes.
Outre les discours officiels, l’émotion a atteint son paroxysme avec la présence de 34 survivants venus de plusieurs zones affectées par les conflits. Portant des chaussures et des bougies en hommage aux disparus, ils ont rappelé que derrière les chiffres se cachent des vies, des familles et des histoires brisées.
John Kalubi, aujourd’hui âgé de 29 ans, a raconté les violences vécues alors qu’il n’avait que 5 ans.
« À l’âge de 10 ans, je n’ai pas étudié, je n’ai pas joué, je n’ai pas vu beaucoup de choses. Mais moi, j’ai fini mes études. Aujourd’hui, je vis avec des cicatrices qui parlent avant même que je commence à expliquer ce que j’ai vécu », a-t-il témoigné.
Mamie Kahambu, autre survivante, a insisté sur la nécessité de transformer les récits des victimes en engagement pour la paix.
« Notre rôle, en partageant notre histoire, ce n’est pas seulement de vous faire pleurer, mais de vous donner conscience de ce qui menace notre peuple. Nous devons contribuer à la recherche d’une paix durable », a-t-elle déclaré.

Par un message vidéo diffusé lors de la cérémonie, la Première Dame Denise Nyakeru Tshisekedi a, quant à elle, appelé à reconnaître les souffrances des victimes et à soutenir la pétition pour la reconnaissance des génocides commis en RDC, avec un objectif de deux millions de signatures.
« Reconnaître n’est pas diviser. Reconnaître, c’est humaniser. Reconnaître, c’est permettre aux victimes de retrouver leur place dans notre mémoire collective », a-t-elle lancé.
Elle a invité les Congolais, la diaspora et toutes les personnes attachées aux valeurs de justice à s’engager dans cette démarche afin de porter davantage la voix des victimes et de contribuer à la reconnaissance de leur souffrance.
Les personnes souhaitant participer à cette mobilisation peuvent signer la pétition via le lien : https://c.org/TsZ9TzsPnR.
La cérémonie s’est achevée par un moment de recueillement au Mémorial du GENOCOST. Après l’exécution de l’hymne national et un instant de silence observé devant les milliers de noms de victimes inscrits sur le mémorial, le Président de la République Félix-Antoine Tshisekedi et la Première Dame Denise Nyakeru Tshisekedi ont déposé une gerbe de fleurs en hommage à celles et ceux dont les vies ont été fauchées par les conflits qui ont marqué la République démocratique du Congo.
Accompagné des autorités et des invités, le couple présidentiel a ensuite visité le mémorial retraçant les atrocités commises sur le territoire national dans le but de préserver la mémoire et de transmettre cette histoire aux générations futures.
Cette quatrième commémoration du GENOCOST aura ainsi rappelé que la mémoire doit devenir un engagement permanent pour la vérité, la justice, la réparation et la non-répétition des violences.
Lydia Mangala


