Le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) a documenté 382 violations et atteintes aux droits humains en République démocratique du Congo au cours du mois d’avril 2026. Si ce chiffre représente une baisse de 27 % par rapport aux 524 cas enregistrés en mars, l’agence onusienne prévient que ce recul ne traduit pas nécessairement une amélioration de la situation sécuritaire dans le pays.
Dans son rapport mensuel publié ce mercredi 8 juillet, le BCNUDH explique que cette diminution est principalement liée aux difficultés d’accès à plusieurs zones touchées par les conflits armés, qui ont limité les capacités de surveillance et de documentation des équipes sur le terrain.
Les provinces affectées par les violences concentrent à elles seules 334 violations, soit 87,4 % de l’ensemble des cas recensés, confirmant que l’est de la RDC demeure l’épicentre des atteintes aux droits humains.
Les groupes armés restent les principaux auteurs présumés de ces violations, représentant près de 80 % des cas documentés. L’Alliance Fleuve Congo/M23 (AFC/M23) arrive en tête avec 130 violations, suivie des groupes Wazalendo (58), des milices Maï-Maï (23) et des ADF (21).
Les agents de l’État sont également mis en cause dans 109 violations, principalement attribuées aux Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et à la Police nationale congolaise (PNC).
Le rapport met particulièrement en lumière la persistance des violences sexuelles liées au conflit, utilisées comme une véritable stratégie de guerre contre les populations civiles.
En avril, le BCNUDH a documenté 37 incidents de violences sexuelles, ayant fait 52 victimes, dont 36 femmes et 16 filles.
Selon les Nations unies, ces violences prennent principalement la forme de viols et de viols collectifs, souvent commis lors de pillages, d’enlèvements, de déplacements forcés ou d’opérations militaires.
Le Bureau souligne que ces actes servent de représailles contre les communautés civiles et aggravent durablement leur vulnérabilité sociale et économique.
Les femmes figurent parmi les principales cibles. Elles sont fréquemment agressées alors qu’elles travaillent dans les champs, se rendent aux marchés ou se trouvent à leur domicile.
Le Nord-Kivu concentre à lui seul 60 % des victimes recensées, devant les provinces de l’Ituri et du Sud-Kivu.
Concernant les auteurs présumés, les FARDC sont citées dans des faits ayant touché 15 victimes, tandis que l’AFC/M23 est mise en cause pour 12 victimes. Des forces armées étrangères, les ADF ainsi que des groupes Maï-Maï figurent également parmi les responsables présumés.
Le BCNUDH a également enregistré 12 violations de l’espace civique, affectant 23 personnes. Ces atteintes concernent principalement les libertés d’expression, de réunion pacifique et de manifestation dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et du Kongo-Central.
Le rapport fait en outre état de huit cas visant des défenseurs des droits humains et des journalistes ayant fait l’objet de menaces ciblées, illustrant les risques persistants auxquels sont exposés ces acteurs.
Sur le plan judiciaire, 66 affaires relatives à des violations des droits humains ont été examinées devant les juridictions militaires.
À l’issue de ces procédures, dix personnes, dont trois militaires des FARDC, trois policiers et quatre civils, ont été condamnées à la peine de mort.
Avec l’appui du BCNUDH, 23 victimes, parmi lesquelles 12 femmes, ont également bénéficié de mesures de protection judiciaire.
Parallèlement, sept sessions de formation ont été organisées au profit des autorités judiciaires, administratives et sécuritaires ainsi que des organisations de la société civile afin de renforcer les capacités de prévention des violations des droits humains.
La publication de ce rapport intervient alors que la question des violences sexuelles liées aux conflits est au centre d’un débat public de haut niveau du Conseil de sécurité des Nations unies, présidé ce mercredi par la Première ministre congolaise, Judith Suminwa Tuluka.
Placée sous le thème « Honorer la promesse du droit international envers les survivantes et survivants de violences sexuelles liées aux conflits », cette réunion vise à mobiliser la communauté internationale autour du renforcement de la protection des victimes, de la lutte contre l’impunité et de la prévention de ces crimes, qui continuent de frapper durement les populations civiles dans l’est de la République démocratique du Congo.
Lydia Mangala


