« Même si on ne vous réserve pas une place autour de la table, s’il n’y a plus de chaises, trouvez un tabouret et faites valoir votre valeur. » C’est l’un des messages forts adressés par Prisca Nsanga Landu aux participantes du Forum national de la jeune fille, organisé du 29 au 30 octobre 2026 au gymnase de la Police nationale congolaise, à Kinshasa.
Vice-présidente du Conseil national de la jeunesse de la RDC (CNJ-RDC), chargée des jeunes vivant avec handicap, elle a partagé son parcours et plaidé pour une société qui garantit aux jeunes filles handicapées les mêmes possibilités d’éducation, d’expression et d’épanouissement.
Intervenant lors d’un panel consacré à la santé sexuelle et reproductive ainsi qu’à la femme, la paix et la sécurité, elle s’est présentée à la fois comme responsable au sein du CNJ-RDC, professionnelle de santé et femme vivant avec handicap. Orthoprothésiste de formation, elle affirme être la première femme handicapée à exercer cette spécialité. Son témoignage a mis en lumière les obstacles rencontrés dans son parcours, entre bâtiments inaccessibles, regards discriminatoires et portes fermées en raison de son handicap.
Le handicap ne doit pas limiter les ambitions
Revenant sur ses études et son parcours professionnel, Prisca Landu a expliqué avoir dû fournir des efforts supplémentaires pour surmonter les difficultés liées à l’accessibilité et aux préjugés. Même lorsqu’elle a obtenu une bourse pour poursuivre sa spécialisation en orthopédie à l’étranger, certaines personnes doutaient de sa capacité à voyager et à étudier hors du pays.
Elle a également évoqué des opportunités professionnelles qui lui ont échappé faute d’aménagements adaptés aux personnes handicapées. Mais ces expériences n’ont pas entamé sa détermination.
« Mon handicap m’a poussée à m’efforcer à faire mieux et à doubler les efforts », a-t-elle expliqué.
Elle a encouragé les jeunes filles à ne pas se laisser définir par le regard des autres.
Pour elle, la paix ne se limite pas à l’absence de conflits armés. Elle suppose également l’égalité des chances, la possibilité pour chacun de s’exprimer et l’accès aux opportunités, particulièrement pour les personnes vivant avec handicap.
Santé sexuelle et reproductive, une réalité à ne pas invisibiliser
La vice-présidente du CNJ-RDC a également attiré l’attention sur la faible prise en compte des jeunes filles handicapées dans les actions de sensibilisation à la santé sexuelle et reproductive.
Elle a dénoncé les préjugés qui tendent à les considérer comme des personnes dépourvues de vie affective et sexuelle.
« Les jeunes filles handicapées consentent aussi. Nous sommes entièrement humaines », a-t-elle rappelé.
Elle a notamment alerté sur leur exposition aux violences sexuelles, favorisée par leur vulnérabilité et le manque d’accès à l’information sur leurs droits et leur santé. Elle a cité le cas d’une jeune fille de 19 ans victime de viol, dont la famille ne disposait pas des moyens nécessaires pour accéder à une prise en charge médicale.
Face à cette situation, elle a insisté sur la nécessité de renforcer la sensibilisation, l’accès aux services de santé et les mécanismes de protection, afin qu’aucune jeune fille ne soit laissée de côté.
Une base de données pour mieux représenter les jeunes vivant avec handicap
Sur le plan institutionnel, Prisca Landu a présenté les avancées engagées depuis sa désignation à la tête du secteur des jeunes vivant avec handicap au sein du CNJ-RDC.
Elle a notamment fait état de la mise en place d’une base de données destinée à identifier les jeunes concernés, les structures qui les accompagnent et les besoins existants.
Cette cartographie doit contribuer à améliorer leur suivi et à faciliter leur accès aux opportunités. Elle a invité les jeunes à consulter les plateformes du Conseil national de la jeunesse, mais aussi à se rapprocher directement de ses bureaux pour obtenir des informations et un accompagnement.
Elle a par ailleurs lancé un appel aux familles, particulièrement aux parents qui privent leurs enfants handicapés d’accès à l’éducation, en soulignant l’importance de la sensibilisation et de la valorisation de leurs capacités.
« Chaque personne est exceptionnelle et chaque personne a ses compétences à elle seule », a-t-elle insisté, évoquant notamment des enfants capables de développer des aptitudes remarquables lorsque leur potentiel est encouragé.
Pour finir, elle a défendu le principe de la discrimination positive pour corriger certaines inégalités d’accès aux opportunités, sans pour autant faire du handicap un motif de faveur systématique. Elle a encouragé les jeunes filles concernées à poursuivre leurs études, à se former et à développer leurs compétences.

« Rien ne peut se donner parce qu’on est handicapé », a-t-elle souligné, rappelant que l’inclusion doit aller de pair avec la reconnaissance des capacités et des efforts de chacun.
Par ce témoignage, Prisca Landu a rappelé que la paix et la cohésion sociale passent aussi par la protection, la représentation et l’autonomisation des jeunes filles vivant avec handicap.
Selon elle, cet engagement nécessite une responsabilité partagée entre les familles, les institutions et l’ensemble de la société.
Lydia Mangala


