La participation des jeunes dans les processus de paix ne doit plus se limiter à leur présence dans les salles de réunion ou à leur mobilisation pour exécuter des activités. Elle doit leur permettre d’influencer les décisions, de proposer des solutions et de suivre les engagements pris. C’est le message porté par Deborah Nyamugabo, experte en paix et sécurité et coordonnatrice nationale adjointe du Secrétariat technique national de la Résolution 2250 en RDC (STN2250-RDC), lors du lancement du programme de formation des Ambassadeurs 2250 organisé par la Dynamique Jeunesse Responsable (DYJERES).
Son intervention a principalement porté sur la participation des jeunes dans les processus de paix, les enjeux, les défis et les opportunités qui s’offrent à eux, notamment dans le contexte congolais.
La Résolution 2250 change le regard porté sur la jeunesse
Pour Deborah Nyamugabo, parler de la Résolution 2250 implique avant tout de changer la perception que l’on a des jeunes dans les situations de conflit.
Adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies en 2015, la Résolution 2250 reconnaît le rôle positif que les jeunes peuvent jouer dans la prévention et la résolution des conflits ainsi que dans la consolidation de la paix.
La jeunesse ne doit donc pas être considérée uniquement comme une population vulnérable à protéger.
« La jeunesse n’est pas seulement une population à protéger, elle est une partie prenante de la prévention, de la gestion et de la consolidation de la paix », a-t-elle rappelé.
Cette évolution de regard constitue, selon elle, l’un des principaux apports de l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité. Les jeunes doivent être considérés comme des acteurs et des actrices capables de contribuer à la construction de solutions, et non uniquement comme des victimes des conflits.
La Résolution 2250 repose notamment sur cinq piliers entre autres participation, prévention, protection, partenariats et désengagement/réinsertion. Au cœur de cette dynamique se trouvent les jeunes, appelés à devenir de véritables acteurs de paix.
La participation se mesure à l’influence et non au nombre de jeunes présents
L’une des principales questions soulevées par Deborah Nyamugabo concerne la manière dont la participation des jeunes est évaluée.
Pour elle, il ne suffit pas de demander combien de jeunes ont participé à une activité, une consultation ou une rencontre.
La véritable question est plutôt : combien de jeunes ont réellement pu influencer la décision ?
Cette distinction permet de passer d’une participation symbolique à une participation significative.
Les jeunes présents dans les communautés sont souvent ceux qui connaissent le mieux les réalités locales. Ils sensibilisent, mobilisent, recueillent les préoccupations de la population et vivent directement les problèmes auxquels les politiques publiques doivent répondre.
Ils doivent donc pouvoir faire entendre leur expertise dans les espaces où les décisions sont prises.
Les jeunes doivent s’informer avant de vouloir influencer
Pour mener un plaidoyer efficace ou participer à une prise de décision, la première étape reste, selon la formatrice, l’accès à l’information.
Avant de défendre une cause, les jeunes doivent comprendre le problème, identifier les acteurs concernés et connaître les textes juridiques et politiques qui encadrent la question.
Cette maîtrise du cadre légal permet de donner davantage de poids à leurs revendications et de construire des arguments solides.
Deborah Nyamugabo a également insisté sur l’importance de connaître les politiques et plans nationaux existants afin d’aligner les initiatives de jeunesse sur les priorités du pays.
La consultation permet de construire un plaidoyer plus solide
La participation ne s’arrête toutefois pas à l’information. Elle passe également par la consultation.
Pour Deborah Nyamugabo, il est essentiel de consulter les communautés et les autres acteurs avant de prendre position ou de formuler une revendication.
« Il ne faut jamais faire un plaidoyer sans consulter les autres », a-t-elle insisté.
La communauté constitue en effet une source importante d’informations. Elle permet de confronter les idées aux réalités du terrain, d’identifier les véritables priorités et de renforcer les arguments présentés aux décideurs.
La formatrice encourage également les jeunes organisations à travailler en coalition ou en consortium. Une cause portée collectivement peut bénéficier d’une plus grande crédibilité et d’une capacité d’influence plus importante qu’une initiative portée isolément.
Être associé signifie aussi participer à la codécision
Pour Deborah Nyamugabo, les jeunes doivent apprendre à se rendre visibles et à proposer leurs compétences.
Elle encourage ainsi les jeunes à ne pas attendre systématiquement d’être invités dans les commissions, dialogues ou espaces de concertation.
Ils peuvent eux-mêmes se manifester, proposer leur expertise et demander à être associés.
Cela peut commencer par des contributions simples telles que rédiger une note, proposer un projet, produire un rapport, réaliser une analyse ou apporter une idée.
L’objectif est progressivement de passer du statut de participant à celui d’acteur capable de codécider, de négocier et d’influencer les résultats.
« Quand vous arrivez déjà à être associés, vous devez aussi savoir être parmi les personnes qui vont codécider, modifier les choses, négocier et influencer », a-t-elle expliqué.
Cette évolution est importante dans un contexte où les jeunes sont souvent mobilisés pour exécuter des activités, mais restent éloignés des espaces où les orientations sont définies.
Les jeunes doivent aussi suivre les engagements pris par les décideurs

La participation significative implique également un travail de suivi et de redevabilité.
Après avoir participé à une consultation ou présenté une revendication, les jeunes doivent pouvoir vérifier ce qui a été décidé, quelles recommandations ont été retenues et quelles actions ont effectivement été mises en œuvre.
Cette capacité de suivi permet d’éviter que les consultations ne deviennent de simples exercices symboliques.
Elle renforce également la confiance entre les jeunes et les institutions, une confiance indispensable à une participation citoyenne durable.
Les défis restent nombreux, mais les opportunités existent
Deborah Nyamugabo a identifié plusieurs obstacles auxquels les jeunes sont confrontés : être admis dans les espaces de décision sans disposer d’un véritable pouvoir d’agir, le manque de ressources, l’insuffisance d’informations, la faible prise en compte des initiatives de jeunesse et l’accès limité aux mécanismes institutionnels.
Pour elle, l’une des réponses consiste à créer des espaces de décision avec des mandats clairs.
La constitution de coalitions et l’harmonisation des messages constituent également des opportunités importantes. En travaillant ensemble, les jeunes peuvent renforcer leur capacité à se faire entendre auprès des autorités et des partenaires.
Elle a également encouragé les jeunes à diversifier leurs partenaires et leurs sources de financement, tout en présentant des projets chiffrés, crédibles et alignés sur les priorités nationales.
Les Accords de Washington ouvrent aussi une réflexion sur la place des jeunes
Dans son intervention, Deborah Nyamugabo a également établi un lien avec les Accords de Washington pour la paix et la prospérité, conclus entre la RDC et le Rwanda sous facilitation américaine. Les accords visent notamment à restaurer la confiance, renforcer la sécurité, favoriser l’intégration économique régionale et contribuer à une paix durable.
Pour la jeunesse congolaise, l’enjeu ne consiste donc pas seulement à connaître l’existence de ces accords, mais à comprendre leurs implications et à prendre part aux dynamiques qui en découlent.
Les discussions autour de leur mise en œuvre concernent directement l’avenir des jeunes, notamment à travers les questions de paix, de sécurité, de stabilité, de développement et d’opportunités économiques. Des initiatives de vulgarisation des Accords de Washington ont d’ailleurs déjà ciblé spécifiquement les jeunes et les étudiants afin de leur permettre de mieux comprendre les enjeux du processus de paix.
L’accord prévoit notamment des engagements liés à la sécurité, au rétablissement de l’autorité de l’État, au retour des personnes déplacées et réfugiées ainsi qu’à l’intégration économique régionale, avec des perspectives de coopération et d’investissement dans plusieurs secteurs.
Pour les jeunes, cela signifie que la paix ne doit pas être pensée uniquement comme l’absence de conflit, mais aussi comme la possibilité de vivre dans un environnement stable, d’accéder aux opportunités économiques, de participer aux décisions et de contribuer au développement de leur pays.
De la présence à l’influence, les jeunes sont appelés à changer de posture
Au terme de son intervention, Deborah Nyamugabo a encouragé les futurs ambassadeurs 2250 à ne pas attendre que la participation leur soit accordée, mais apprendre à la construire et à la rendre significative.
S’informer, consulter, se faire associer, proposer, codécider, négocier, influencer et suivre les engagements constituent autant d’étapes permettant aux jeunes de passer d’une participation passive à une véritable capacité d’action.
Dans cette perspective, les jeunes ne sont plus seulement ceux qui subissent les conséquences des conflits ou qui sont mobilisés pour porter des messages. Ils deviennent des interlocuteurs, des négociateurs, des experts, des mobilisateurs et des acteurs à part entière de la paix.
C’est précisément cette transformation de posture que la Résolution 2250 cherche à encourager afin de faire de la jeunesse non pas une génération à laquelle on promet la paix, mais une génération qui participe activement à sa construction.
Lydia Mangala


