Lors de la journée de clôture la deuxième édition de la Semaine de l’Étudiant, tenue jeudi 13 août au qsillikin Village, le ministre de la Communication et Médias et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, a échangé avec les étudiants autour du thème « Partenariats RDC–États-Unis : quelles opportunités pour la jeunesse congolaise ? ». Entre perspectives économiques, choix de formation et insertion professionnelle, le ministre a appelé les jeunes à se préparer aux nouvelles opportunités qui pourraient découler de ce partenariat stratégique.
Avant d’aborder les perspectives du partenariat RDC–États-Unis, Patrick Muyaya a choisi de partir de sa propre expérience. Celui qui rêvait de devenir pilote a finalement étudié à l’Institut du bâtiment et des travaux publics avant de découvrir progressivement le journalisme.

« Moi, l’histoire de ma vie, c’est des rêves brisés pour en construire d’autres », a-t-il raconté.
Son parcours lui permet de rappeler aux étudiants que la trajectoire professionnelle n’est pas toujours linéaire et que l’adaptation constitue une compétence essentielle.

« Il ne faut pas considérer que votre parcours doit relever d’un parcours classique, forcément. Les conditions de vie dans notre société nécessitent, de votre part, une adaptation permanente », a-t-il conseillé.
Pour Patrick Muyaya, la RDC dispose d’un potentiel considérable, mais doit désormais apprendre à mieux valoriser ses ressources naturelles et humaines.

« La République démocratique du Congo est un pays indispensable pour le monde », a-t-il affirmé.
Il a rappelé le rôle joué par les ressources congolaises dans différentes transformations industrielles et l’importance actuelle du cobalt, du cuivre, du coltan, de l’uranium et de la forêt.
Le partenariat stratégique avec les États-Unis doit, selon lui, permettre à la RDC de mieux tirer profit de cette position.
« Les Américains ont besoin, pour les industries nouvelles et les industries militaires, d’avoir du matériel, des intrants qui viennent de chez nous. Nous, nous avons besoin de créer des opportunités d’emploi pour donner des réponses à nos jeunes », a expliqué le porte-parole du gouvernement.

Il a précisé que ce partenariat couvre quatre grands domaines notamment l’économie, la sécurité et la défense, la coopération scientifique, technologique et éducative, ainsi que la gouvernance et le renforcement institutionnel.
Mais pour que ces perspectives bénéficient réellement aux Congolais, le pays devra, selon lui, sortir du modèle consistant à exporter principalement des matières premières.

« Il faut donner de la plus-value, il faut donner une première transformation. Il y a tout de suite un besoin de création de l’industrie locale, il y a tout de suite un besoin des formations », a-t-il insisté.
Cette transformation devrait notamment générer des besoins dans les secteurs miniers, industriels et dans la sous-traitance.
Le ministre a ainsi invité les jeunes à regarder avec davantage d’attention les filières techniques et scientifiques.
« Il faut qu’on commence progressivement à opérer un virage », a-t-il estimé, en encourageant les étudiants à s’intéresser notamment à l’ingénierie, à la polytechnique et à la métallurgie.

Il a interrogé l’assistance sur le faible engouement pour certaines de ces filières.
« Combien d’entre nous ici font la polytechnique ? Combien d’entre nous ici font la métallurgie ? Ce sont des questions que nous devons nous poser », a-t-il lancé.

Pour lui, la RDC ne peut ambitionner de développer ses infrastructures et son industrie sans disposer des compétences nécessaires.
« Comment pensez-vous qu’on va construire 50 000 kilomètres de routes pour relier le pays si on ne forme pas assez d’ingénieurs ? », a-t-il questionné.

Le ministre a toutefois précisé qu’il ne s’agissait pas de dévaloriser le droit, la médecine ou les sciences sociales, mais de parvenir à une meilleure adéquation entre les formations et les besoins du pays.
La formation professionnelle constitue également, selon lui, un pilier indispensable pour absorber les nombreux jeunes qui ne suivent pas un parcours universitaire.

« La formation professionnelle est pour nous un pilier », a-t-il souligné.
Patrick Muyaya a également attiré l’attention des jeunes sur les possibilités liées à la sous-traitance et au contenu local.

Selon lui, les futurs investissements devront progressivement permettre à des entreprises congolaises de produire localement certains biens et services actuellement importés.
« Les entreprises ne peuvent pas importer des choses qui peuvent être fabriquées localement, pour autant qu’on se donne les compétences pour y arriver », a-t-il expliqué.

Il a ainsi invité les jeunes à ne pas attendre uniquement les recrutements directs dans les grandes entreprises, mais à réfléchir également aux activités économiques qu’ils peuvent créer autour de ces nouveaux marchés.
« Votre rôle, ce n’est pas forcément d’être quelqu’un qui attend de l’État, mais quelqu’un qui peut être un point de départ des solutions pour l’État et des solutions pour les autres », a-t-il déclaré.

Le ministre a également insisté sur la nécessité de penser au-delà de Kinshasa.
« Ne regardez pas le Congo sous les prismes de Kinshasa. Il faut regarder le Congo dans sa grandeur », a-t-il lancé.
Face au ministre, plusieurs jeunes ont présenté leurs attentes.
Sublime Koyi, major de la promotion 2025-2026 en communication sociale à l’Université Catholique du Congo, a insisté sur le paradoxe vécu par les jeunes diplômés.
« C’est une fierté et en même temps c’est une inquiétude », a-t-elle expliqué.

Elle a plaidé pour une meilleure adéquation entre les formations universitaires et le marché de l’emploi, davantage de stages obligatoires, des partenariats structurés avec les entreprises et une plus grande transparence dans les recrutements publics.

De son côté, Cephas Ngole, président des jeunes parlementaires, a plaidé pour l’application concrète des textes existants en faveur de l’insertion professionnelle des jeunes.
Il a notamment demandé la généralisation des stages obligatoires, un meilleur accès aux opportunités d’emploi et l’intégration du Parlement des jeunes dans le budget 2027 du gouvernement.

Chris Matewa, étudiant à la HEC, a, lui, appelé à renforcer le lien entre l’université et le monde professionnel.
« L’université devrait plutôt être un pont pour nous, pour nous emmener vers des emplois », a-t-il plaidé, demandant notamment un meilleur suivi des étudiants et des stages plus étroitement connectés aux réalités professionnelles.

La rencontre a pris une tournure particulière lorsque le ministre Patrick Muyaya a proposé aux jeunes de citer les 26 provinces de la RDC et leurs chefs-lieux.
« Notre premier travail, à nous Congolais, c’est de connaître le Congo », a-t-il rappelé.

L’exercice, initialement présenté comme un défi permettant de gagner un téléphone, a finalement débouché sur plusieurs opportunités.
Un étudiant ayant interrompu ses études à l’Université de Kinshasa faute de moyens a correctement cité 12 provinces et leurs chefs-lieux. Touché par sa situation, le ministre lui a accordé une bourse pour lui permettre de reprendre et terminer ses études.
Un autre participant, qui a également cité 12 provinces, a été invité à poursuivre les échanges avec le ministre autour de son projet agricole, en vue d’un accompagnement.
Cephas Ngole a, pour sa part, réussi à citer 25 provinces et leurs chefs-lieux. Il a profité de cette séquence pour renouveler son plaidoyer en faveur de l’intégration du Parlement des jeunes dans le budget 2027.
Un autre jeune, engagé dans un projet de lutte contre la désinformation, a également obtenu la promesse d’un accompagnement.
Une jeune participante a enfin sollicité une bourse pour suivre une formation en anglais. Patrick Muyaya a saisi cette demande pour insister sur l’importance de la maîtrise de cette langue dans le contexte professionnel et international actuel.
« Apprenez l’anglais. C’est prioritaire. Et pour moi, si on change la Constitution, on mettra l’anglais comme langue officielle aussi », a-t-il lancé.

Le ministre a ensuite sollicité à Christian Biaya, CEO de New Hope College, centre de formation qui avait déjà octroyé des bourses de formation gratuite en anglais, afin qu’il puisse également faire bénéficier cette jeune participante du même accompagnement.
Pour Patrick Muyaya, le véritable enjeu reste toutefois de préparer la jeunesse à saisir les opportunités qui pourraient émerger.
Le partenariat RDC–États-Unis ne sera donc pas seulement une affaire de diplomatie ou d’investissements. Il pose aussi la question de la capacité du pays à former les compétences dont auront besoin ses futures industries.
Lydia Mangala


