Au terme de trois jours de formation intensive, les 50 jeunes de la première cohorte du programme Ambassadeurs 2250 ont prêté serment et reçu leurs certificats, mercredi 2 septembre, au Mémorial du GENOCOST à Kinshasa. Pour Djessy Bukasa, président de la Dynamique Jeunesse Responsable (DYJERES) et initiateur du programme, cette certification ne marque pas la fin d’un parcours, mais le point de départ d’une génération appelée à transformer ses connaissances en actions concrètes pour la paix.
Il y a quelques jours encore, ils étaient des candidats retenus pour intégrer une première cohorte. Trois jours plus tard, après des modules de formation, des échanges avec des experts et un exercice de production intellectuelle autour des enjeux de paix en République démocratique du Congo, ils sont devenus les premiers Ambassadeurs 2250.
Au Mémorial du GENOCOST, lieu choisi pour accueillir la cérémonie de prestation de serment et de certification, Djessy Bukasa a donné une dimension particulière à cette étape. Pour l’initiateur du programme, il ne s’agissait pas simplement de clôturer une formation, mais de poser les fondations d’une dynamique nationale portée par une jeunesse davantage impliquée dans les questions de paix, de mémoire et de cohésion sociale.
« Nous sommes ici pour consacrer l’aboutissement du premier parcours des 50 jeunes de la première cohorte des Ambassadeurs 2250, mais surtout pour marquer le début d’un nouvel élan. Celui d’une génération de jeunes qui choisit de prendre sa part de responsabilité dans la construction de la paix, de la cohésion sociale et de l’avenir de notre pays », a déclaré Djessy Bukasa.
Au Mémorial du GENOCOST, la paix se pense aussi à travers la mémoire
Le choix du Mémorial du GENOCOST pour cette cérémonie n’était pas anodin. Djessy Bukasa a insisté sur le lien indissociable entre mémoire et construction de la paix, dans un pays marqué par plusieurs décennies de conflits, de violences et de traumatismes collectifs.
« On ne peut parler de paix sans connaître l’histoire. On ne peut prétendre construire des solutions pour demain si l’on refuse de regarder les blessures d’hier. La mémoire est une responsabilité », a-t-il souligné.

Le programme Ambassadeurs 2250 a ainsi voulu replacer les victimes au cœur de la réflexion. Pour le président de la DYJERES, elles ne doivent pas être considérées uniquement à travers les violences qu’elles ont subies, mais également comme des actrices capables de contribuer aux solutions.
« Elles ne sont pas seulement celles qui ont subi les conséquences des violences, elles sont aussi des personnes capables de transformer leur expérience en voix, en plaidoyer, en engagement et en contribution aux solutions », a-t-il poursuivi.

Cette approche a traversé les trois jours de formation, notamment à travers les modules consacrés à la justice transitionnelle, à la réparation des victimes, à la mémoire collective et à la non-répétition des violences.
Trois jours pour passer de la connaissance à la proposition
La particularité de cette première cohorte résidait également dans l’approche pratique adoptée par les organisateurs.
Outre la compréhension de la Résolution 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies et de l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité, les 50 participants ont été mis face à l’exercice d’analyser des problématiques, d’identifier des réalités de terrain et de formuler des réponses susceptibles d’alimenter le débat public.
Répartis en cinq groupes, les jeunes ont travaillé autour des cinq piliers de la Résolution 2250 notamment la participation, la prévention, la protection, les partenariats, ainsi que le désengagement et la réintégration.
Le résultat de cet exercice s’est matérialisé par la production de cinq notes de politique publique, ensuite défendues devant un jury composé d’experts et de partenaires.
« Cette exigence était volontaire. Nous ne voulons pas simplement vous apprendre à connaître la Résolution 2250, nous voulions vous amener à comprendre un problème, à chercher des données, construire une analyse, formuler des recommandations et défendre une proposition », a expliqué Djessy Bukasa.

Pour lui, ces documents constituent bien plus qu’un exercice académique réalisé dans le cadre d’une formation.
« Ces cinq notes de politique publique constituent donc votre première contribution au débat public. C’est précisément ce que nous voulons faire émerger à travers ce programme : des jeunes capables de transformer leur expérience, leur connaissance et leur conviction en propositions utiles à leur communauté et à leur pays », a-t-il martelé.
Une première cohorte appelée à devenir un réseau national
Si cinquante jeunes ont constitué le premier noyau du programme, l’ambition de la DYJERES dépasse largement cette première promotion.
Djessy Bukasa envisage progressivement la mise en place d’un réseau national des Ambassadeurs 2250, avec une présence dans les 26 provinces de la République démocratique du Congo et, à terme, au sein de la diaspora congolaise.
L’objectif est de faire émerger une communauté de jeunes formés et capables d’intervenir sur les questions liées à la vulgarisation de l’Agenda Jeunesse, Paix et Sécurité, à la prévention des conflits, à la mémoire, à la cohésion sociale, au plaidoyer et à la participation des jeunes dans les espaces de décision.

« Nous voulons surtout que ces ambassadeurs deviennent des partenaires crédibles de l’action publique, des jeunes capables de dialoguer avec les institutions, de produire des connaissances, de faire remonter les réalités de terrain, de formuler des propositions et de contribuer au développement de leur pays », a affirmé l’initiateur du programme.
L’ambition est de dépasser la logique des formations ponctuelles pour construire, dans la durée, un réseau actif et engagé.
Des institutions et des partenaires au cœur du parcours
La première cohorte a bénéficié de l’accompagnement de plusieurs institutions et structures intervenant notamment dans les domaines de la jeunesse, de la mémoire et de la justice transitionnelle.
Dans son intervention, Djessy Bukasa a salué l’appui du ministère de la Jeunesse et de l’Éveil patriotique, à travers le secrétariat national chargé de la mise en œuvre de la Résolution 2250.

Il a également remercié les structures ayant accompagné la formation sur les questions de réparation, de mémoire, de dignité des victimes et de justice transitionnelle, ainsi que l’Institut Di Angelo & Camille pour son apport académique et technique.
Ces différentes contributions ont permis aux participants de croiser les approches institutionnelles, académiques et communautaires, tout en confrontant leurs réflexions aux réalités de terrain.

« En donnant aux jeunes les moyens de documenter, d’analyser et de porter ces questions, nous contribuons à faire émerger une génération capable de participer pleinement à la construction de la mémoire nationale et à la consolidation d’une paix durable », a estimé le président de la DYJERES.
« Un ambassadeur ne doit pas seulement porter un titre, il doit porter une mission »
Devant les 50 membres de cette première cohorte, Djessy Bukasa a finalement insisté sur la responsabilité qui accompagne désormais leur certification.
Le certificat reçu au Mémorial du GENOCOST ne doit pas, selon lui, constituer une simple ligne supplémentaire sur un curriculum vitae. Il doit devenir le symbole d’un engagement concret au sein des communautés.
« Faites de votre savoir un instrument de paix. Faites de votre connaissance une force de proposition. Faites de votre jeunesse une force au service de la République. N’attendez pas que toutes les conditions soient réunies pour commencer à agir », leur a-t-il lancé.
L’initiateur des Ambassadeurs 2250 a rappelé que l’engagement dépasse la reconnaissance symbolique.

« Parce qu’un ambassadeur, à son compte, ne doit pas seulement porter un titre, il doit porter une mission », a-t-il insisté.
Pour les 50 jeunes, le passage du statut de participants à celui d’Ambassadeurs 2250 ouvre désormais une nouvelle séquence. Celle où les enseignements reçus devront trouver un prolongement dans les communautés, les institutions, les espaces de dialogue et les initiatives citoyennes.
« Vous avez commencé ce parcours comme des participants. Vous le terminez aujourd’hui comme des ambassadeurs. La formation s’achève, certes, mais l’engagement, lui, commence maintenant », a conclu Djessy Bukasa.

Au terme de cette première expérience, la DYJERES veut donc inscrire le programme dans la durée. Et si cette cohorte inaugurale doit laisser une empreinte, son initiateur souhaite qu’elle soit celle d’une jeunesse qui ne se contente plus de réclamer une place dans les processus décisionnels, mais qui se prépare à l’occuper par la compétence, le travail et la capacité à proposer des solutions.
Transformer la connaissance en action, la mémoire en responsabilité et la jeunesse en force de paix telle est la mission confiée aux premiers Ambassadeurs 2250.
Lydia Mangala


