Les professionnels des médias ont été invités à repenser leur rôle dans la promotion de la paix et de la sécurité en République démocratique du Congo. Lors de l’atelier de renforcement des capacités sur les agendas « Femmes, Paix et Sécurité » (FPS) et « Jeunesse, Paix et Sécurité » (JPS), organisé vendredi 17 juillet à Kinshasa par le Cadre permanent de concertation de la femme congolaise (CAFCO), en partenariat avec le Global Network of Women Peacebuilders (GNWP) et le Canada, l’experte Annie Matundu a insisté sur la responsabilité des journalistes dans la vulgarisation de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies.
Pour cette spécialiste des questions liées aux agendas FPS et JPS, les médias ne doivent plus seulement couvrir les conflits et leurs conséquences, mais contribuer à transformer les perceptions et à donner une place centrale aux femmes dans les processus de paix.

« Les professionnels des médias doivent aider la masse à déconstruire les stéréotypes dans le cadre des agendas FPS et JPS, utiliser un langage inclusif et respectueux qui valorise la femme », a-t-elle déclaré devant les journalistes réunis dans la salle Marini de la Cathédrale du Centenaire.
Adoptée à l’unanimité le 31 octobre 2000 par le Conseil de sécurité de l’ONU, la Résolution 1325 constitue un tournant majeur dans la reconnaissance du rôle des femmes dans la prévention des conflits, la consolidation de la paix et la reconstruction post-conflit. Vingt-cinq ans après son adoption, Annie Matundu estime toutefois que son appropriation demeure insuffisante, notamment auprès des communautés et des professionnels de l’information.
« La résolution 1325 ne doit pas rester un texte connu seulement des experts »

Au cours de son intervention, l’experte a relevé plusieurs défis qui limitent la mise en œuvre effective de cet agenda en RDC. Le premier, selon elle, reste le manque d’information.
« Vingt-cinq ans après, la Résolution 1325 n’est toujours pas suffisamment connue par les femmes et les hommes du milieu. Pourquoi ? Parce que soit vous considérez que cette thématique n’a pas sa place dans vos écrits, soit personne ne vous donne cette information », a-t-elle expliqué.
Pour Annie Matundu, cette méconnaissance empêche les journalistes de produire des contenus capables d’influencer les politiques publiques et de favoriser une meilleure participation des femmes dans les espaces de décision.

Elle a également évoqué les difficultés liées aux stéréotypes persistants dans le traitement médiatique des femmes, particulièrement celles qui occupent des responsabilités publiques ou participent aux processus politiques.
« Vous devez déconstruire les stéréotypes. Ne mettez pas toujours en avant ce que les femmes ne font pas, mais valorisez ce qu’elles accomplissent », a-t-elle recommandé aux professionnels des médias.
Revenant sur la place des femmes dans les négociations et mécanismes de résolution des conflits, Annie Matundu a regretté leur faible représentation dans plusieurs processus de paix, alors même qu’elles sont parmi les premières victimes des violences liées aux conflits.
Selon elle, leur participation est pourtant essentielle, car leur expérience permet d’apporter des réponses adaptées aux réalités vécues par les communautés.
Elle a notamment illustré son propos par les besoins spécifiques des femmes déplacées dans les zones de conflit, souvent oubliés lorsque les décisions humanitaires sont prises sans leur implication.
« Si les femmes étaient présentes au moment de préparer les réponses humanitaires, certaines réalités spécifiques seraient davantage prises en compte », a-t-elle souligné.

L’experte a encouragé les journalistes à s’approprier davantage ces thématiques afin de produire des reportages, analyses et enquêtes capables d’influencer les décideurs.
« Votre voix compte dans la mise en œuvre de cette résolution. Vous pouvez aider. Si chacun de vous, en sortant d’ici, publie un article pour expliquer ce qu’est la Résolution 1325, les gens commenceront à se poser des questions », a-t-elle lancé.
Elle a également appelé les médias à lutter contre la désinformation, particulièrement dans un contexte marqué par les conflits et les tensions sociales.
« Informer, c’est transformer. Donnez la parole aux femmes », a-t-elle insisté, rappelant que la paix ne peut être durable sans une participation inclusive des femmes et des jeunes.

Annie Matundu a également évoqué la question du financement des agendas FPS et JPS, estimant que l’absence de ressources dédiées demeure un frein important à leur mise en œuvre.
Elle a encouragé les professionnels des médias à développer des projets et à rechercher des partenariats afin de maintenir cette dynamique au-delà des ateliers de formation.
Autrice du « Glossaire de la Résolution 1325 » et d’un ouvrage consacré à son évaluation après 25 ans, Annie Matundu poursuit son engagement pour rendre ces mécanismes plus accessibles au grand public.
Elle espère voir émerger une nouvelle génération de journalistes capables de porter les questions de paix, d’égalité et de participation citoyenne au cœur du débat public congolais.
Lydia Mangala


